Crise du Covid-19 : conséquence d'une communication politique mensongère

La destruction des services publics et la politique de régression sociale inconventionnelle font que l’hôpital public n’est plus en mesure de remplir sa mission (1). Si l’épidémie est fortuite - à condition de démontrer l'existence d'un contrôle sanitaire efficace de la chaîne alimentaire - la majorité est seule responsable d’une crise sanitaire prévisible du fait de sa mauvaise gestion publique.

Le pouvoir actuel n’a en effet rien fait pour résoudre la désertification médicale, la fermeture des hôpitaux, la réduction des effectifs. Au contraire, et malgré de nombreuses alertes, il a persisté et poursuivi une gestion de restriction et d’austérité. Abandonnant de plus en plus les populations malgré leurs appels. Le pouvoir a durablement mal agi et de mauvaise foi.

En plus d’avoir été l’artisan de la destruction de l’outil efficace pour juguler l’épidémie dont il s’alarme, alors qu’il avait mission de la prévenirgouverner c’est prévoir-  le pouvoir ne lance pas de souscription nationale pour financer l’hôpital public - comme il l’a fait pour sauver la cathédrale de Paris – afin de permettre aux personnels hospitalier de répondre efficacement et en toute sécurité - pour eux comme pour leurs familles - au défi que le président leur demande de relever, tout en persistant à ignorer les revendications depuis des années.

Cette abstention du pouvoir à écouter et à mobiliser immédiatement des fonds est très intrigante.

La santé des populations lui paraîtrait-elle moins importante que le redressement d’un édifice ?

Le président comme ses ministres ou sa majorité n’ont lancé aucun appel pour financer la santé publique à hauteur des besoins et de l’urgence qui menace le pays. Au contraire. Une ministre s’est félicitée de l’opportunité du Coronavirus pour spéculer en bourse. Comment s’étonner du sentiment de la population à être méprisée, ignorée, exclue ?

Les réformes démontrent que la majorité ne remplit pas ses responsabilités politiques que lui impose le cadre juridique intangible du mandat qu’elle a reçu lors des dernières élections et dont le respect impératif seul confère la légitimité de l’autorité publique qu’elle prétend exercer.

Malgré ses déclarations qui l’engagent, le président persévère à agir en ignorant que les droits de l’Homme sont l’ordre public français, européen et international.

L’épidémie de Coronavirus vient rappeler que le droit à la santé est un droit de l’Homme dont l’État – c’est-à-dire la majorité, le pouvoir exécutif, les directeurs de l’administration - a l’obligation positive de garantir l’efficacité, c’est-à-dire d’en assurer l’égal accès à tous.

Le Comité des Nations Unies des droits économiques et sociaux dit que les Etats doivent adopter une fiscalité permettant la bonne exécution de cette obligation positive.

Fiscalité

  • 16. Le Comité est préoccupé par la taxation avantageuse de certains types de revenus par rapport à la taxation des revenus salariaux. Le Comité note également avec préoccupation que la fiscalité des entreprises a été réduite. Le Comité est en outre préoccupé par le niveau estimé très élevé du manque à gagner résultant de l’évasion et la fraude fiscale (art. 2).
  • 17. Le Comité recommande à l’État partie de veiller à ce que son système de fiscalité permet la mobilisation d’un maximum de ressources pour la réalisation progressive des droits économiques et sociaux, en particulier pour les populations marginalisées. A cet égard, le Comité recommande à l’État partie de réexaminer la fiscalité des entreprises afin d’éviter un nivellement par le bas qui réduirait sa capacité à mobiliser les revenus internes et contribuerait à l’accroissement des inégalités. Le Comité recommande également à l’État partie de renforcer les mesures contre l’évasion et la fraude fiscale.

Source : Comité des droits économiques, sociaux et culturels - Observations finales concernant le cinquième rapport périodique de la Belgique réf. E/C.12/BEL/CO/5 6 mars 2020

Cette appréciation in concreto de la bonne exécution de l’obligation positive à garantir l’efficacité des droits de l’Homme en considération de la politique fiscale met en défaut le gouvernement actuel. La fraude fiscale élude 150 milliards d’euros d’impôts et taxes tous les ans en France. Ce sont 2000 milliards d’euros au niveau de l’Union européenne chaque année. L’hôpital public souffre d’une restriction budgétaire de 8 milliards (comparer ég. le montant de cette fraude annuelle aux motifs budgétaires invoqués pour les réformes des retraites, de la sécurité sociale, de la baisse des Apl, etc.)

L’épidémie de Coronavirus Covid-19 fait ainsi tomber le masque d’un discours contraire à l’obligation positive de l’État en matière de droit à la santé (ég. les droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels, environnementaux, …).

Ces choix budgétaires ne sont pas politiques ni idéologiques mais comptables, étrangers au souci de dirigeants raisonnables d’un Etat démocratique moderne, dont le droit énonce depuis plus de deux siècles que le but d’une société est de garantir le bien-être général (bloc de constitutionnalité français et US).

A contrario d’un discours qui s’en prend aux structures ou au système, l’État n’est pas fautif ni la démocratie. C’est l’absence d’élus sincèrement démocrates dignes de la fonction et respectueux des lois fondamentales qui fait défaut. La démocratie n’est pas réductible à la loi des nombres.

L’épidémie qui frappe une partie grandissante de la planète montre où mène la gestion qui s’est imposée au sommet des institutions ces dernières décennies. Le Coronavirus fait dramatiquement la démonstration d’une impéritie des cadres d’une gouvernance – et non d'une politique - malgré les alertes de l’OIT2 qui annonçaient le soulèvement populaire, comme celui des gilets jaunes.

L’élection n’est qu’un mode de désignation du mandataire temporaire de la direction des affaires publiques. La légitimité du mandataire est usurpée s’il n’agit pas dans l’intérêt général et celui du bien-être général. Il ne peut pas avoir comme seul argument d’invoquer un scrutin en réponse à la contestation qui dénonce la régression sociale illégale. La formation du contrat ne couvre pas sa violation.

Contrairement à ce qu’affirment des majorité successives - qui ont ainsi détourné les institutions, tant nationales qu’européennes ou mondiales - le raisonnement comptable n'est pas substituable à la politique ; tout comme ils ne peuvent pas s’exonérer du cadre juridique impératif qui garantit l’État de droit démocratique moderne dont le but est de garantir le bien-être général (et non pas la seule satisfaction d’un tout petit groupe de population privilégiée dont l’utilité sociale est à démontrer).

L'épidémie de Covid-19 démasque les affabulateurs et la superficialité d'une société de communicants, du storytelling de Barack Obama au clash de Donal Trump

A l'instar de la conquête de l'affirmation de la parole des femmes, le débat public doit s'émanciper  du mensonge et de la mansuétude médiatique pour le mensonge. Les médias ne sont pas là pour valider de la propagande. Le rôle des médias dans une démocratie est de porter des exigences.

Force est de constater que le discours du président de la République n'a pas fait l'objet d'une critique sérieuse alors qu'il est important et urgent que le pouvoir mette en place une politique de solidarité nationale, « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ».

Cela suppose de mettre un terme définitif au niveau persistant inadmissible d’évasion fiscale qui témoigne d’une absence de volonté à respecter le droit constitutionnel et finit d’interroger sur l’adhésion démocratique des personnels politiques et de la haute fonction publique qui laissent prospérer une illégalité notoire, dont le résultat est d’exposer la population à une épidémie en conséquence de leur comportement fautif.

Cela fait des années que cela dure sans qu'aucune campagne de presse n'ait été menée contre ce scandale qui est responsable de la misère des hôpitaux, notamment.

Mises à jour :

Municipales : crise sanitaire, amateurisme politique 15 mars 2020 Par Ellen Salvi

À peine les résultats du premier tour des municipales prononcés, l’exécutif a fait savoir qu’il réfléchissait à reporter le second. Depuis trois jours, le pouvoir n’en finit pas de renforcer les mesures de confinement, sur la base des recommandations d’un conseil scientifique créé sur le tard. Sans avoir anticipé la crise politique qui accompagne désormais la crise sanitaire.

 

La crise du coronavirus en direct: avec ses «regrets», Buzyn fragilise le gouvernement

17 mars 2020 Par La rédaction de Mediapart

La crise du coronavirus, partie de Chine, touche désormais le monde entier. La France est depuis midi en confinement strict. L'ancienne ministre de la santé Agnès Buzyn a affirmé avoir lancé des alertes dès la fin janvier. Le premier ministre Edouard Philippe lui répond que tous les scientifiques n'étaient « pas d'accord » avec elle. Retrouvez les dernières infos grâce à ce fil d’actu en accès libre.

Après les propos de Buzyn, le gouvernement assume

Dans un article du Monde, Agnès Buzyn, ancienne ministre de la santé qui a quitté son ministère pour briguer la mairie de Paris mi-février, déclare notamment : « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. » Mais encore : « Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Édouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. »

En réponse, lors d'une conférence de presse, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, a rétorqué: « Nous assumons parfaitement les décisions que nous avons prises. » Puis de poursuivre : « Nous avons considéré sur la base d’un avis scientifique et d’un consensus politique que les élections municipales pouvaient se tenir dans de bonnes conditions. Donc notre stratégie a été de faire en sorte que ça puisse se passer dans de bonnes conditions, donc l’application de gestes-barrières – la disposition de points d’eau pour se laver les mains ou de gel hydroalcoolique – a permis la tenue de ces élections dans de bonnes conditions. […] Par ailleurs, notre volonté a toujours été d’être dans une stratégie de graduation, alimentée depuis plusieurs semaines par la connaissance scientifique que nous avons du Covid-19. »

Lire l'article du Monde sur Agnès Buzyn.

Lire la réponse du gouvernement sur le site de BFM

Et enfin le communiqué envoyé par Agnès Buzyn dans l'après-midi :

« À la suite de la parution de l’article du Monde ce jour, intitulé "Entre campagne municipale et crise du coronavirus, le chemin de croix d’Agnès Buzyn", je tiens à éclairer les propos qui ont été les miens.

Lorsque j’ai appris l’émergence du coronavirus en Chine, j’ai eu l’intuition qu’une épidémie pouvait se profiler et ne pas se cantonner à la Chine. C’est vrai, j’ai exprimé mon inquiétude depuis le premier jour parce que c’était mon rôle. J’ai reçu le soutien immédiat du président de la République et du premier ministre. Ainsi, très tôt, nous avons considéré le virus comme une menace sérieuse. Sans délai, nous avons organisé des réunions de travail autour du premier ministre, avec le Directeur général de la santé, pour analyser et préparer la réponse sanitaire le cas échéant. Et des conseils de défense autour du président.

J’en prends pour preuve le rapatriement organisé par l’État pour les Français expatriés de Wuhan dès le 28 janvier 2020, en prenant toutes les mesures de confinement qui s’imposaient. Nous avons été le seul pays européen à organiser une telle opération. Et lorsque les premiers malades ont été identifiés sur le territoire français, parce que nous étions préparés, nous avons su réagir, et empêcher le virus de circuler. Depuis le premier jour, nous avons ainsi préparé la stratégie de ralentissement de l’entrée en phase épidémique.

En janvier, il n’y avait aucune alerte sérieuse de l'OMS, aucun consensus entre les médecins, les avis n’étaient pas unanimes quant à la diffusion possible en tant que pandémie du coronavirus. Nous avons cependant toujours choisi de prendre en compte les hypothèses les plus sévères.

Il est vrai que je me suis adressée au premier ministre en lui disant "si la France en arrive à être touchée par un pic épidémique alors il se pourrait que les municipales ne puissent pas se tenir". Je tiens à le préciser car toutes les mesures anticipées ont été mises en œuvre pour assurer la sécurité sanitaire de nos concitoyens et ce sont les avis et les faits scientifiques qui ont - à chaque étape - fondé les décisions prises par le gouvernement. J'en suis totalement solidaire.

Les propos, recueillis en pleine crise, doivent être pris dans leur contexte. Je regrette l'utilisation du terme de "mascarade", qui dans mes propos concernait le fait de débuter des discussions de fusions de listes électorales dans le contexte que l'on connaît. Je regrette la tonalité de cet article et l’utilisation qui en est faite en cette actualité où tout le pays doit être tourné vers la gestion de crise. »

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1. Baisse de la capacité d’accueil des malades, absence de moyens matériels, sous-effectifs, diminution des budgets, restriction des programmes de recherches médicales…)

2. Mise en garde de l’OIT contre le risque grandissant d’agitation sociale en EuropeSelon l'OIT, la mondialisation et la croissance ne créent pas d'emplois décents ;

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