Le mythe de la classe moyenne

Après avoir dit que la classe ouvrière n'existait plus, que même la lutte des classes était révolue, le discours politique majoritaire s'adresse à la classe moyenne (preuve qu'il reste des classes). Le problème est de savoir qu'est-ce que la classe moyenne ? Il n'existe pas de définition.

La classe moyenne est une Arlésienne, une négation du droit et traduit une conception archaïque, censitaire, la Démocratie.

Après avoir dit que la classe ouvrière n'existait plus, que même la lutte des classes était révolue, le discours politique majoritaire s'adresse à la classe moyenne (preuve qu'il reste des classes). Le problème est de savoir qu'est-ce que la classe moyenne ? Il n'existe pas de définition. Cette Arlésienne de l'opinion cache une négation politique du droit et paraît trouver son inspiration dans une conception archaïque de l'exercice démocratique.

 

Comme son nom l'indique, cette classe moyenne se situe entre les pauvres et les riches. Une personne de la classe moyenne serait donc plus riche qu'un pauvre et plus pauvre qu'un riche.

La notion de riche est subjective. L'actualité montre qu'il existe des personne très fortunées qui ne se sentent jamais assez riches.

La division entre une classe moyenne supérieure et une classe moyenne inférieure finit de souligner l'artificialité de la classe moyenne. Une distinction des moyens-riches et des moyens-pauvres confirme que la société s'articule en fait autour d'une seule distinction : celle des pauvres et des riches. L'idée de classe moyenne est donc un leurre.

 

Comment classer les populations ?

 

Un classement socio-professionnel fixe des limites au sein desquelles des disparités de revenus dans l'exercice d'une même profession ne permettent pas de prétendre que la référence à un emploi soit le critère pertinent de classification.

 

Le droit offre, lui, un critère objectif de distinction, celui de l'exercice des droits économiques, sociaux et culturels.

 

Une personne qui touche des aides pour l'instruction, l'alimentation, l'emploi (ou l'absence d'emploi), le logement, la culture, n'a pas, par ses propres revenus, un niveau de vie suffisant pour lui permettre un épanouissement conforme aux standards fixés par le droit.

 

La pauvreté, plutôt qu'un jugement de valeur, est avant tout une situation juridique en contravention avec le droit.

 

Cette contravention au droit est la conséquence de l'inadaptation du modèle économique à émanciper toute la population de la misère. La France est une République sociale, selon la Constitution. Le but de toute société démocratique est d'assurer le bien-être général. La République sociale doit améliorer sa politique de solidarité pour satisfaire aux normes internationales contraignantes qu'elle a ratifiées.

 

Le mot pauvre qualifie, dans ce propos, une réalité sur laquelle le politique a le pouvoir d'agir, par des mesures de régulation, d'encadrement de contrôle de la production et de la circulation des biens et de la finance, par l'action législative. "Pauvre" n'est pas un jugement de valeur. Des personnes peuvent avoir le sentiment d'être pauvres mais ne souhaitent pas être qualifiées comme telles en ignorant que "pauvre" est une situation juridique, d'exclusion, qui fait échec au droit.

 

L'invocation d'une classe moyenne, une population hétérogène, est donc un moyen de travestir cette "illégalité" et détourner l'attention de celle-ci, abusivement. Parce que l'Etat a l'obligation positive de garantir à tous l'accès aux droits économiques, sociaux et culturels. Non seulement il ne le fait pas, mais en plus il agit dans le sens d'une régression continue de ces droits.

 

Le mouvement des indignés revendique le respect de ces droits bafoués. Il témoigne du ressenti négatif au discours politique qui s'adresse à une abstraction, une classe moyenne introuvable, pour ne pas avoir à répondre aux victimes de cette régression, qui se sentent exclues du débat.

 

Cette régression est le résultat de l'échec d'un modèle politique. Ignorer ce constat permet d'éviter de débattre du problème et d'avoir à le résoudre. Le mouvement des indignés révèle la supercherie d'un discours qui tente d'imposer l'idée d'une classe sociale comme prédominante alors qu'elle ne concerne que très peu de gens.

Le niveau socio-professionnel des indignés témoigne que le chômage n'est pas qu'une absence de qualification. Il atteste aussi de l'émancipation de la misère matérielle et de la misère intellectuelle, la capacité des populations à s'approprier et engager le débat. Il n'y a plus de monopole du discours. Il ne s'exerce plus verticalement. Celui-ci sait s'organiser horizontalement. Il n'est plus subi.

 

Le critère objectif de la pauvreté est donc bien juridique, en considération de l'exercice efficace des droits économiques sociaux et culturels. Lequel dépend d'un revenu suffisant et stable pour acquérir un logement sans prêt aidé, pour accéder à la culture non subventionnée , aux soins de qualité, ...

 

La notion de stabilité du revenu est importante, parce que l'incertitude du revenu fait obstacle à l'exercice des droits. La précarité de l'emploi compromet l'accès au logement, mais aussi aux autres droits. L'emploi précaire est discriminatoire. C'est la faiblesse de la "mobilité" qui n'est pas soulignée. Les petits salaires ne bénéficient pas des mêmes prises en charges que les cadres dirigeants.

 

L'exercice effectif des droits économiques sociaux et culturels est le critère objectif permettant d'apprécier le développement d'une société. 

Le discours sur un classe moyenne invisible vise la suppression des aides sociales. Il ne peut que s'adresser à ceux et être accepté par ceux qui n'en bénéficient pas, qui n'en ont pas besoin, qui sont émancipés de la misère et de la promiscuité financière, qui connaissent une certaine forme d'aisance.

Un tel discours vise à mépriser les droits économiques sociaux et culturels et signale que ceux qui le tiennent pensent que les pauvres coûtent trop chers alors que la pauvreté est une notion contraire aux droits fondamentaux, lesquels sont la base d'une société démocratique moderne.

Le discours sur les classes moyennes renvoie au modèle censitaire, où la politique ne s'adresse aux personnes qui ont un certain revenu. "Travailler plus pour gagner plus" fait  écho à "Enrichissez-vous". Le discours sur la classes moyenne traduit une logique de confiscation du pouvoir.

Le discours ciblé sur une classe moyenne, qui n'existe pas, n'implique donc pas seulement un régression sociale, juridique, mais aussi une régression politique, démocratique.

 

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INSEE : Niveaux de vie moyens par décile en 2010

France métropolitaine, population des ménages, individus dont le revenu déclaré au fisc est positif ou nul et dont la personne de référence n'est pas étudiante.

90% des foyers fiscaux ont un revenu imposable de 31 860 euros par an, soit 2655 euros par mois.

60% des foyers fiscaux ont un revenu imposable de 20 380 euros par an soit 1698 euros par mois

10% des foyers fiscaux ont un revenu imposable inférieur à 7 940 euros par an soit 662 euros par mois.

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=NATnon04249

Médiapart

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Que sais-je ?

" Dans le Que sais-je ? qu'il vient de leur consacrer, Julien Damon, professeur à Sciences po, relève que, du début des années 80 à celui des années 2000, moins de cinq dépêches AFP par an étaient titrées sur les classes moyennes. Mais il y en a eu quinze en 2006, trente en 2009, plus de soixante en 2012. " (Le Point)

L'Humanité

Politique - le 18 Janvier 2012

Doit-on accepter toutes les notions de sociologie sans s’interroger sur leur rôle ?

La classe moyenne, cette anticlasse censée les absorber toutes

Par Jean Lojkine, sociologue.

Le Seuil

De l'abandon au mépris - Comment le PS a tourné le dos à la classe ouvrière

Bertrand Rothé

Date de parution 10/01/2013

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