Ce contre-sens historique est porté aujourd’hui en étendard par les droites extrêmes et les extrêmes droites occidentales, de Bruno Retailleau jusqu’à Benyamin Nétanyahou. À quoi renvoie au juste ce concept ? Que signifie cette appropriation récente par la culture européenne et nord-américaine de la judéité, après une histoire pluriséculaire de pogroms anti-juifs sur le Vieux continent ? Quels en sont les mécanismes ? Et contre quels nouveaux ennemis de l’Occident ce doublon est-il mobilisé ? Nous explorerons toutes ces questions avec l’historienne et ancienne journaliste tuniso-française Sophie Bessis, à l’occasion de la sortie de son dernier livre La Civilisation judéo-chrétienne : anatomie d’une imposture, aux éditions Les Liens qui libèrent (mars 2025).
Pour cette première de HorizonsXXI, Sarra Grira, Rédactrice en chef du journal Orientxxi.info, sera aux manettes. Et Au Poste est bien fier! HorizonsXXI est une carte blanche laissée aux rédactions de OrientXXI et AfriqueXXI qui revient sur l’actualité ou l’histoire de l’Afrique et des mondes arabe et musulman à travers des entretiens. A retrouver une fois par mois sur Au Poste.
📢 #AuPoste Libertés publiques, politique, cinéma, Histoire, littérature & contre-filatures. Depuis 2021, auposte.fr invite en direct chercheur·es, écrivain·es, philosophes, siociologues, avocat·es, historien·nes, punks et punkettes, cinéastes, artistes et hacktivistes, policier·es en rupture, écoterroristes, féministes. Le site a été lancé par l’écrivain-réalisateur David Dufresne (Un pays qui se tient sage) comme un espace d’analyse et de défense des libertés fondamentales. auposte.fr porte un regard critique et en mouvement sur le monde. https://www.auposte.fr
_______________
Prolonger :
Démystifier Albert Camus
Cette conférence-dédicace a été organisée en partenariat avec The Markaz Review et Orient XXI. Elle s’est tenue au CAREP Paris le 19 septembre 2023 à 18h30.
Des programmes scolaires aux discours politiques, dans les médias et les conversations mondaines, Camus est partout le parangon d’un humanisme abstrait qui a ceci de commode – et de suspect – qu’il plait à droite comme à gauche. Peu de chercheurs se sont penchés sur les contradictions du personnage comme le fait Olivier Gloag dans son ouvrage Oublier Camus (La Fabrique, sept. 2023), à partir d’une relecture de Camus dans le texte – contradictions qui constituent pourtant la force motrice de l’œuvre camusienne, une clé de son « style », et expliquent sa popularité actuelle.
Olivier Gloag rappelle l’attachement viscéral de Camus au colonialisme et au mode de vie des colons qui traverse ses trois romans majeurs, L’Étranger, La Peste et Le Premier Homme. Il examine ses engagements politiques à la lumière de sa brouille avec Sartre : la tension entre révolte et révolution, son recours à l’absurde comme refus du cours de l’Histoire, son anticommunisme et son déni de la lutte des peuples colonisés. Il se penche enfin sur les récupérations de Camus : l’auteur le plus populaire en France et le Français le plus lu dans le monde est devenu un enjeu politique et idéologique. L’invocation d’un Camus mythifié projette un reflet flatteur mais falsificateur de l’histoire coloniale. C’est ce Camus-là qu’il faut oublier pour reconnaître les déchirements d’un écrivain tout aussi passionnément attaché aux acquis sociaux du Front populaire qu’à la présence française en Algérie.