Les fausses notes d'Amazon, Google, Facebook, Doctolib, Uber, Airbnb, etc.

Combien de fois avez-vous été sollicités pour attribuer une note ? Pensez à vos derniers achats en ligne, aux étoiles qu’on attribue à un chauffeur ou un livreur... on ne les voit même plus. Cette mode est aussi silencieuse qu’irrésistible : hôpitaux, services publics, tous ont vocation à être comparés, classés. Mais, comme dans le privé, le système porte en germe de graves dérives.

https://www.editionskero.com/livre/la-nouvelle-guerre-des-etoiles-9782366585148


Des collèges jésuites du XVIe  siècle où elle est née jusqu’aujourd’hui, la notation pose un ensemble de questions auxquelles il devenait urgent de répondre. Vincent Coquaz et Ismaël Halissat ont enquêté  : de TripAdvisor à Amazon, en passant par Uber, jusqu’aux notes citoyennes expérimentées en Chine, ils se sont plongés dans les méandres des avis clients, où une bonne étoile peut faire ou défaire une réputation et mettre en péril un emploi.

Inventé par un gourou américain du marketing, le questionnaire de satisfaction moderne est devenu dans le meilleur des cas une fin en soi absurde. Dans le pire, il impose un stress infernal aux employés. Dans certaines entreprises, les salariés se notent même entre eux. Et, comme à l’école, la tentation de tricher pour améliorer sa note est souvent grande…

Pire, une partie des notes qui nous sont attribuées sont totalement invisibles. En tant que consommateurs, travailleurs, et demain peut-être en tant que citoyens, nous sommes pour l’instant totalement désarmés devant cette nouvelle guerre des étoiles.
 
 
Vincent Coquaz est journaliste à la rubrique CheckNews de Libération et formateur en école de journalisme. Il a précédemment travaillé pour Arrêt sur Images.
 
Ismaël Halissat est journaliste au service police/justice de Libération. Il a enquêté récemment sur les armes du maintien de l'ordre et sur plusieurs faits de violences policières.

 

A 31'06" dans Soft Power sur France culture

Le livre veut d'abord réinscrire la tendance contemporaine dans une généalogie de la notation, instaurée en France par les Jésuites à qui l'on doit le fameux barème sur 20. Il s'agit cependant ici surtout d'en comprendre la tendance contemporaines, ces fameuses "étoiles" de notation, qui systématise ce procédé à toutes les interactions humaines. 

Une course en taxi ? Un service public ? Un passage aux toilettes d'un aéroport ? Une nuit à l'hôtel ? Tout est soumis à l'évaluation a posteriori et standardisée. On pourrait supposer qu'il s'agit-là d'une bonne chose: la note ne vient plus d'en haut, dans un mouvement vertical du pouvoir central, mais d'à côté, du voisin ou de l'ami. Plus démocratique ? Sans doute. Mais en sortons-nous plus libres ? Les notes d'évaluation inaugurent en fait la nouvelle orientation du contrôle social, horizontal et continuel, où chacun se mesure et se vérifie en permanence. 

L'inventeur de la notation : Fred Reichel - Une note inférieure à 9 emporte un licenciement

Amazon achète des faux commentaires pour augmenter ses ventes sur des produits.

 

Prolonger :

 

Le Soir : «5 étoiles contre un casque gratuit»: comment le marché noir des faux avis trompe le consommateur

Aussi vieilles que le commerce en ligne, les « fake reviews » pourrissent la vie des plateformes, étouffent la concurrence et trompent le consommateur. A la faveur du Covid-19, la supercherie a atteint des sommets.

Besoin d’un casque Bluetooth, d’une bouilloire électrique, de gélules amaigrissantes ou d’une montre connectée ? Inutile d’attendre les promos du Black Friday. Sur Amazon, il est possible, aujourd’hui, moyennant quelques discrets arrangements avec le vendeur, de se faire livrer à peu près tout et n’importe quoi, gratuitement. Le deal ? Une cotation « 5 étoiles » et quelques mots de commentaires forcément dithyrambiques sur la page du produit. « Super cool, vraiment top, à recommander ;-) » feront l’affaire. On connaissait les fake news, capables de manipuler l’opinion publique. Bienvenue dans l’univers des « fake reviews », ces avis bidon qui pullulent sur les plateformes, empoisonnent la vie des géants de l’e-commerce, étrillent la concurrence. Et bernent le consommateur. (...)

(...) selon Fakespot, certaines catégories sont devenues de vrais nids à recommandations corrompues : les compléments alimentaires (64 % de fakes), les cosmétiques (63 %), l’électronique (61 %), les vêtements (59 %)…

(...) trois chercheurs américains de l’Université de Californie Los Angeles (Ucla) et celle de Californie du Sud (USC), en juillet, ont publié la plus importante étude jamais réalisée sur le sujet (« The Market for Fake Reviews »). Leur verdict est cinglant : [Amazon] pullule d’avis bidon. « Combiné aux robots et aux fermes à clics qui permettent de booster les ventes d’un produit, le phénomène a augmenté de manière exponentielle. » Au point, disent les auteurs, de créer de vives tensions entre Amazon et des vendeurs tiers légitimes, et non des moindres, comme Nike qui a rompu ses relations avec la plateforme.

(...) Neuf mois durant, les trois chercheurs américains de l’Ucla et l’USC ont scruté les vingt groupes les plus actifs aux Etats-Unis. Comptant une moyenne de 16.000 membres, ils auraient produit 560 « fake reviews » par jour.

 

La cancel culture

La "cancel culture", c'est la culture de l'effacement, de l'annulation, de l’annihilation même. Il s'agit de mettre au ban et de faire disparaître le contenu ou la personne qui dérange. Réinvention contemporaine du vieux châtiment antique de l'exil ? "Faites disparaître cet opposant que je ne saurais voir."

Ivan Illich : " L'école enseigne à l'enfant qu'il doit être inévitablement classé par un bureaucrate "

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.