« Gilets jaunes » : la stratégie policière critiquée

Plusieurs voix s’élèvent dans les rangs des policiers pour critiquer les choix de la Préfecture de police de Paris. Le gouvernement reconnaît des « dysfonctionnements ». Par Nicolas Chapuis Lire aussi « Gilets jaunes » : la rue met de nouveau Macron sous pression ; « Il n’y a que quand ça casse qu’on est entendu » : récit d’une journée à Paris

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/17/apres-l-acte-xviii-des-gilets-jaunes-la-maire-de-paris-attend-des-explications-des-reponses_5437323_3224.html

Ce sont des rangs même de la police que les critiques les plus virulentes sont montées, au long du week-end. « L’opérationnalisation du maintien de l’ordre a été un échec hier », estime Yves Lefebvre, le patron du syndicat Unité SGP-Police-FO, première organisation au ministère de l’intérieur, qui pointe la responsabilité de la Préfecture de police de Paris, responsable du dispositif.

 

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« Gilets jaunes » : le gouvernement sous le feu des critiques

Alors que l’opposition dénonce « le laxisme sécuritaire » de l’exécutif, Edouard Philippe fera « ses propositions d’adaptation à Emmanuel Macron lundi à 11 h 30 ».

Le Monde avec AFP et Reuters Publié aujourd’hui à 10h41, mis à jour à 21h20

Quatre mois après le début du mouvement des « gilets jaunes » et au moment où s’achève le grand débat national, l’acte XVIII de la mobilisation met de nouveau Emmanuel Macron sous pression.

Une réunion de plusieurs membres du gouvernement, autour du premier ministre Edouard Philippe, a débuté dimanche peu après 17 h 30. Au terme de cette réunion, le gouvernement a admis des « dysfonctionnements » dans le dispositif de sécurité mis en place samedi à Paris. Edouard Philippe fera « ses propositions d’adaptation à Emmanuel Macron lundi à 11 h 30 », a annoncé Matignon.

« L’analyse des événements d’hier met en évidence qu’il s’est révélé insuffisant dans son exécution pour contenir ces violences et éviter les agissements des casseurs. Il faut tirer toutes les conséquences de ces dysfonctionnements », a ajouté dimanche Matignon, à l’issue d’une réunion du chef du gouvernement avec plusieurs ministres.

Lire aussi « Il n’y a que quand ça casse qu’on est entendu » : récit d’une journée de violence parmi les « gilets jaunes » à Paris

Castaner et Le Maire entendus par le Sénat

Les ministres de l’intérieur Christophe Castaner et de l’Economie Bruno Le Maire seront auditionnés mardi par les commissions des Lois et des Affaires économiques du Sénat, pour s’expliquer sur les violences « d’une réelle gravité » qui ont émaillé la mobilisation de samedi.

Les deux ministres seront entendus par les deux commissions réunies « sur les moyens mis en place pour faire face à ces troubles et sur les conséquences de ces nouvelles dégradations sur la situation du commerce et l’attractivité économique de notre pays », a précisé dimanche, dans un communiqué, le Sénat dominé par l’opposition de droite.

La commission des Lois et la commission des Affaires économiques, présidées respectivement par Philippe Bas (LR) et Sophie Primas (LR), procéderont chacune « à des auditions complémentaires », dont la liste sera publiée « dans les prochains jours ». Le Sénat affirme haut et fort sa mission de « contrôle » du gouvernement, face à une Assemblée nationale massivement dominée par la majorité présidentielle.

La colère de la maire de Paris

Dans un entretien au Parisien, la maire de Paris Anne Hidalgo se dit « extrêmement choquée par ces violences » : « J’ai assisté à des scènes incroyables, j’ai vu le nombre de boutiques dévastées… Ce qui s’est passé est d’une violence inouïe. Je pense aux forces de l’ordre, aux pompiers, aux citoyens. »

Elle souhaite rencontrer le premier ministre : « J’attends du gouvernement des explications, des réponses, qui n’excuseront en rien ces violences. Mais il faut sortir de ce cauchemar. Cette fois, ça suffit. (…) Mon sentiment, c’est qu’on devrait effectivement être capables de maîtriser une situation comme celle que nous venons de vivre. (…) Nous sommes au cœur d’une crise sociale et politique majeure. Ces fractures ne peuvent pas durer. On ne peut plus continuer comme ça ! »

L’Elysée promet des « décisions fortes »

Critiqué par l’opposition qui dénonce « l’incompétence » de l’exécutif, Emmanuel Macron a promis samedi soir des « décisions fortes » en réponse aux dégâts commis sur les Champs-Elysées.

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Critiques de l’opposition

(La dénonciation d'un pouvoir qui esquive la question de fond d'une république sociale telle qu'elle est inscrite dans la Constitution)

A gauche, Olivier Faure, premier secrétaire du PS s’est interrogé « sur la stratégie du gouvernement, on voit bien qu’ils sont entrés dans une logique sécuritaire et que ça leur permet d’esquiver un autre débat, le débat social ».

(Les théoriciens de la force brutale)

Samedi soir, le chef des Républicains (LR), Laurent Wauquiez, a fustigé « un samedi de plus de violences qu’on laisse dégénérer au cœur de notre capitale. Jusqu’à quand @EmmanuelMacron, @EPhilippePM ? Il est temps de réagir. Il est temps d’agir », a-t-il tweeté.

Eric Ciotti a de son côté critiqué la volonté du président de la République de demander au Conseil constitutionnel de se prononcer sur la loi anticasseurs. François-Xavier Bellamy, tête de liste LR pour les élections européennes, a appelé à « mettre fin à l’impuissance de l’Etat ».

Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France estime que les forces de l’ordre auraient du d’avantage « faire usage de la force » :

« Ça ne s’arrêtera pas comme ça. Le gouvernement ne doit pas avoir peur de faire usage de la force et de la force du droit. Pourquoi les forces de l’ordre ne sont pas intervenues, quelles consignes ont été données ? »

« Personne ne peut croire que les moyens nécessaires à la sécurité ont été mis. Si la loi anticasseurs, votée au Parlement, n’était pas bloquée par @EmmanuelMacron on serait plus efficace ! », a fait valoir le centriste (UDI) Jean-Christophe Lagarde.

« Les black blocs détruisent, brûlent, violentent toujours en toute impunité », a relevé Marine Le Pen sur Twitter, en publiant une photo… du 1er mai 2018.

Une photo #AFP datée du 1er mai 2018 à Paris 1/2 https://t.co/EdMzJ7Zn6g

— AfpFactuel (@AFP Factuel

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