Pour Shlomo Sand, de plus en plus de pseudo-intellectuels occupent l’espace public

Pour Shlomo Sand, de plus en plus de pseudo-intellectuels, conservateurs, racistes et xénophobes occupent l’espace public

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Opinions (tous les articles sur Shlomo Sand)

Chaque livre de Sand suscite la polémique. Le dernier en date analyse au vitriol la déchéance de l’intellectuel français. Plus question d’attribuer ce titre aux "réacs" ultramédiatisés dont le discours conventionnel et identitaire l’inquiète! Un vrai intellectuel critique vise le pouvoir en place et pas les petites gens. Et il y a danger, dit-il, vu l’islamophobie ambiante.

Dans votre dernier ouvrage, vous analysez ce qui, selon vous, constitue l’histoire du déclin de l’intellectuel français. Votre titre, pourtant, a la forme d’une question. Vous reste-t-il donc un peu d’espoir ?

Non, je suis pessimiste. Pour moi, l’intellectuel critique a disparu. Tant qu’il y a des états, tant qu’il y a des régimes, il y aura bien sûr toujours des gens et des idées pour les soutenir, le pouvoir s’appuie même dessus. Par contre, la critique des idées dominantes, elle, a complètement disparu de la place publique. Quelques rares voix critiques font bien entendre un discours discordant, mais en coulisses. Elles sont trop discrètes. Les possibilités qu’elles parviennent jusqu’au centre de la scène me paraissent très réduites voire impossibles dans la situation médiatique actuelle.

Jeune homme, vous avez été marqué par plusieurs penseurs au point de rêver de faire un jour partie des leurs. Aujourd’hui, on dirait que même vos idoles de jadis ne trouvent plus grâce à vos yeux. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Mon regard a changé. Je suis moins romantique. J’idéalise beaucoup moins que quand j’étais jeune… Rares sont les intellectuels qui ont échappé aux trois grands pièges idéologiques de la modernité que constituent le colonialisme, le stalinisme et le nazisme. Très peu d’entre eux ont eu une position juste face à ces trois phénomènes. Simone Weil, André Breton et Daniel Guérin ont réussi à résister et je leur rends hommage pour cela.

(...)

La fin de l'intellectuel français ? - Shlomo SAND - La Découverte

 

Mises à jour :

 

L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques (Le Monde)

Alors que l’un d’entre eux vient de mourir [André Glucksmann, voir Le Monde du 12 novembre 2015], lesintellectuels envahissent plus que jamais l’espace public. Ils profitent de la prudence des chercheurs, qui, souvent, hésitent à livrer des diagnostics complexes dans un format réduit, et de celle des écrivains, qui préfèrent laisser la parole aux experts. Ceux-ci comme ceux-là ont retenu la leçon du philosophe Michel Foucault, qui invitait les intellectuels à se cantonner dans leur domaine de spécialisation plutôt que de parler à tort et à travers, sans pour autant renoncer à porter un regard critique sur la société à la manière de l’expert. Foucault opposait ce mode d’intervention de « l’intellectuel spécifique » à la figure sartrienne de « l’intellectuel total ». 

Or, ce qui caractérise les intellectuels médiatiques, c’est précisément qu’ils sont capables de parler de tout sans être spécialistes de rien. Pénétrés de leur importance, ils donnent leur avis sur tous les sujets, par conviction sans doute, mais aussi et surtout pour conserver leur visibilité. Car la visibilité médiatique n’est pas donnée, elle se construit, elle s’entretient. Aussi sont-ils prompts à s’attaquer les uns les autres pour tenir en haleine les médias et le public, même si force est de constater qu’on est loin du panache d’un duel entre Mauriac et Camus. (...)

Gisèle Sapiro, sociologue, est directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Auteure de « La Responsabilité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXe-XXe siècle) », Seuil, 2011. Elle a participé au livre dirigé par Pascal Durand et Sarah Sindaco « Le discours “ néo-réactionnaire”», CNRS éditions, 25 euros.

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