Reconstruire Notre-Dame en 5 ans ?

Hier soir, lors de son allocution en direct, le président de la République a affirmé sa volonté de voir Notre-Dame reconstruite en cinq ans. Une telle promesse est-elle réellement tenable ? Par Anne-Sophie Lesage-Münch

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6 minutes d’allocution et une déclaration choc qui fait déjà polémique : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore et je veux que ce soit achevé d’ici cinq années ». Si la détermination d’Emmanuel Macron a de quoi nous rassurer quant à l’engagement de l’État pour le sauvetage de Notre-Dame, les délais semblent bien courts alors que l’on parlait jusque-là de 10 à 20 ans de travaux minimum pour ce chantier qui s’annonce d’ores et déjà pharaonique. Cinq années peuvent-elles suffire pour procéder à toutes les expertises et analyses nécessaires, déterminer les grands axes de la rénovation, statuer sur les modalités de restitution de la charpente, programmer les travaux et mener à bien ces derniers dans des conditions de sécurité optimales ? Faut-il que la renaissance de Notre-Dame se fasse dans la joyeuse cacophonie des Jeux olympiques de 2024 ? L’équipe de communication de la cathédrale se réjouit, quand les historiens d’art, les architectes et les professionnels des métiers du patrimoine s’interrogent sur la sagesse d’une telle décision. De fait, en matière de patrimoine, et plus particulièrement de restauration de bâtiment illustre, la précipitation est toujours source d’inquiétude. (...)

L’un des temps forts de la réflexion qui doit à présent être menée va concerner l’édification d’une nouvelle charpente dans le respect de la Charte de Venise qui précise notamment, à l’article 9, que toute restauration « a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques ». Faudra-t-il opter pour des techniques modernes de construction et préférer au bois le béton ou le titane, une option défendue notamment par l’architecte Jean-Michel Wilmotte et dont la mise en œuvre pourrait, certes, être plus rapide. Quid de la flèche de Viollet-Le-Duc et de la portion de voûte effondrée ? Seule une étude approfondie de la structure, et non l’urgence imposée de la reconstruction, devra répondre à cette question.

Un autre aspect de la déclaration du président pose question. Tel un roi bâtisseur, ce dernier affirme en effet que Notre-Dame sera « encore plus belle » au terme de sa rénovation. Quel est donc ce niveau de beauté auquel un tel fleuron de l’architecture, qui conjugue toute la multiplicité des arts, n’était pas déjà parvenu ? Si le XXIe et ses innovations techniques vont heureusement contribuer à l’histoire de Notre-Dame, doit-il se fixer pour but de faire mieux que les maîtres d’œuvre du passé au risque de trop vouloir s’approprier un symbole éternel ?

 

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