La presse doit cesser de tromper l'opinion avec le galvaudage du mot "Gauche"

"Gauche" définit la situation d'un siège par rapport au président de l'assemblée des députés ou des sénateurs. L'histoire et l'actualité comptent un nombre de personnes qui, assises à "gauche", ont fait réprimer la population et favorisé le profit des "investisseurs" et imposé une politique de régression sociale. Une information honnête commande l'abandon de cette expression.

Il y a une imposture à simplifier les idées différentes qui animent l'ensemble des élus siégeant à gauche dans l'hémicycle.

Gauche n'est qu'une indication géométrique, géographique ; pas du tout politique. Suivant les majorités, des élus dits de "droite" (nationaliste, conservateur, réactionnaire)  siègent à gauche et, inversement, des élus dits de "gauche" (réformiste, progressiste, ?) siègent à droite.

Une même fluidité, une même porosité des idées accompagne ce phénomène de marée électorale. Certains "penseurs" l'illustrent par leur capacité à suivre le courant pour passer de babord à tribord, s'y échouer, et se faire naufrageurs.

La "gauche" n'est donc qu'une convention de langage, une simplification rhétorique qui n'a rien d'idéologique.

La "gauche" n'est pas un projet de société qui s'attache à garantir à chacun(e) - et à tout(e)s - un égal exercice efficace de tous de ses - leurs - droits.

La "gauche"est l'appellation générique d'un produit sans marque.

Y aura-t-il une ruée dans les bureaux de vote pour voter communiste ou socialiste, comme il y a eu une ruée sur les promos de Nutella, lorsque l'électorat sera convaincu d'un projet de société qui n'est pas un ersatz mensonger ? Comme ce fut le cas du quinquennat de François Hollande et de son aimable premier ministre Manuel Valls qui, une fois en Espagne, a manifesté avec l'extrême-droite. Voilà ce que recouvre le mot "gauche".

L'honnêteté intellectuelle à chroniquer la politique commanderait donc, pour l'avenir et dès à présent, que les rédactions abandonnent cette appellation abusive "gauche" qui trompe l'opinion sur l'idéologie réelle des politiques.

Le vote des parlementaires dits de "gauche" illustre le fossé avec une idéologie ayant pour priorité bien-être général, but d'une société démocratique moderne (depuis plus de deux siècles, ... quand même).

A moins que la presse emploie "gauche" comme synonyme de maladroit, incapable, empoté,  incompétent, inepte, branque, ...

L'emploi du mot "gauche" est aussi le signe d'une paresse intellectuelle.

La presse perd peut-être des lecteurs à cause de cela plutôt que de chroniquer sérieusement la politique en faisant références à des courants de pensée, des auteurs et une histoire politiques.

Gauche ne qualifie en rien un discours ou un mouvement politique. En revanche, il trompe l'opinion, l'induit en erreur, par une simplification qui n'a aucune signification précise.

Persister dans cette simplification trompeuse interroge sur une presse de classe qui associe sans s'en étonner, des défenseurs des ouvriers et des relais de l'anarcho-syndicalisme - en grande minorité -, d'une part, et des promoteurs d'une répression fascistoïde et de la régression des droits humains, qu'il s'agisse des libertés publiques ou des droits sociaux, d'autre part.

Cela finit de démontrer que le mot "gauche" n'est qu'un mot-valise, un fourre-tout. Son emploi en politique se résume à une escroquerie intellectuelle.

Il est probable que l'électorat se soit rendu compte de la mystification que constitue cette simplification ; puisque l'abstention existe avant tout parmi les personnes modestes qui forment le réservoir de voix historique de ce que la "Gauche" est censée représenter et qu'elle a trahi.

Cette "Gauche" a asséché le vote ouvrier, des employés, de la majorité des électeurs au profit de la minorité des notables, des CSP+, du "bloc bourgeois" (50% des travailleurs en France ne gagnent que le SMIC ou moins - 10% seulement ont un revenu supérieur à 3000 euros par mois), comme l'illustre l'élection d'Emmanuel Macron.

Il est donc nécessaire dès à présent, dans la perspective des prochaines élections présidentielles, de distinguer clairement les discours en faisant références à leurs courants de pensée ; plutôt que d'entretenir une confusion qui permet d'élire à "Gauche" des personnes qui défendent le capital et détruisent les acquis sociaux ou le cautionnent.

Paresseuse sur les courants de pensée comme l'illustre la reductio ad sinistrum de la "Gauche" ; la presse l'est aussi sur la validité des programmes.

L'électeur ne connaît pas la situation précise économique et social du pays. Comment est ventilé le patrimoine, l'épargne, les salaires, le taux d'imposition par rapport aux revenus. L'électorat est ainsi maintenu dans l'ignorance des problèmes sociaux et de leur importance au niveau national qui lui permettrait d'apprécier et comprendre les mouvements de grève, par exemple.

En l'absence de possibilité de contextualiser et mettre en perspective son choix, l'électeur  n'a pas non plus les moyens d'apprécier la pertinence des programmes à corriger les injustices sociales.

Il ignore également comment les candidats vont financer leurs propositions et la validité des propositions par rapport à la situation économique et sociale du pays qu'il est indispensable de connaître en permanence. Ce n'est pas du tout le cas. La démocratie impose une connaissance éclairée permanente de la situation économique et sociale du pays qui ne peut pas se réduire à un commentaire de tiercé durant les 15 jours qui précèdent l'élection. 

Le droit à l'information n'existe donc pas en matière politique si la presse n'informe pas l'opinion - comme elle en a la mission - sur l'état permanent du pays. Au contraire, par sa simplification caricaturale du débat public, comme l'usage du mot "gauche" l'illustre, les rédactions soulèvent la question de leur responsabilité dans la montée de l'extrême-droite en France.

 

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