Mein Kampf

" On est prié d'ouvrir les yeux : faut-il lire "Mein Kampf" ? ". Michel Juffé pose la question et répond oui, " sans aucun doute", dans la Quinzaine littéraire à propos de la prochaine parution chez Fayard de l'ouvrage annoté. Il explique pourquoi en considération du discours politique stigmatisant dominant actuel.

https://www.nouvelle-quinzaine-litteraire.fr/mode-lecture/on-est-prie-d-ouvrir-les-yeux-faut-il-lire-mein-kampf-1183

Michel Juffé affirme qu'il est nécessaire de lire la prochaine publication annotée chez Fayard de " Mein Kampf " pour notre propre édification, en considération de la montée de la xénophobie, alors que la raison commande au contraire à l'ouverture et la concorde, au sein même de l'Europe où un espèce de nouveau mouvement völkisch s'affirme, notamment en France.

La discrimination à l'égard des Roms n'a été qu'un préliminaire à celle qui s'applique aujourd'hui aux réfugiés - au mépris du droit international dont l'Etat a l'obligation positive de grantir l'effectivité - aux musulmans mais auissi aux mouvements sociaux dans la répression violente des manifestants (voir "Roms et riverains" aux éditions la Frabrique, cf. la politique identique de Manuel Valls et de Nicolas Sarkozy).

La promotion et l'affirmation d'un discours identitaire - qu'il soit nationaliste ou patriotique - conduit à une "dépréciation des autres peuples", mais aussi une négation du respect de la dignité humaine, norme fondamentale de l'ordre public et matrice de tous les droits de l'Homme.

Les partis politiques qui se livrent abusivement à cette promotion et cette affirmation discriminatoires ne sont pas républicains - ni conformes à la loi fondamentale de la République - puisqu'ils méprisent l'obligation constitutionnelle que leur impose l'article deux de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, celle que toute association politique a de défendre et promouvoir les droits "imprescriptibles ", qui s'entendent aujourd'hui comme tous les droits de l'homme, selon la jurisprudence téléologique et évolutive de la Cour européenne des droits de l'Homme.

Un programme politique discriminatoire fondé sur la préférence nationale est contraire à la Constitution. Ses candidats ne devraient pas pouvoir se présenter aux élections. Personne ne s'émeut de cette incompatibilité constitutionnelle - d'ordre public donc - qui fait également grief à l'article 6 du Traité de l'Union européenne - également d'ordre public.

Un(e) politique qui méprise le droit révèle sa tendance totalitaire.

Michel Juffé détaille et rappelle comment le totalistarisme s'est diffusé, afffirmé puis imposé en Allemagne, notamment par l'intermédiation de l'église luthérienne (cf. Pierre Savy sur Médiapart à 22"27'). Cela alerte sur l'invocation du religieux dans un discours politique nationaliste (cf. François Fillon ou Marine Le Pen - la déclaration de Marine Le Pen est à critiquer avec la dernière étude de Johann Chapoutot)

Il est très anormal que la France, pays des droits de l'Homme, accepte ainsi sur son sol des politiques qui méprisent ouvertement ses valeurs fondamentales en stigmatisant l'altérité par l'invocation abusive de croyances religieuses - et la dénaturation de la laïcité (cf. Jean Baubérot Ici et )- ou en invoquant le "choc des cultures ", " la guerre des civilisations ".

Ces personne se permettent de juger perémptoirement qu'il y en auraient des bonnes et d'autres qui seraient mauvaises, sans avoir de connaissance précise du sujet. Elles propagent des préjugés, des informations fausses.

Michel Juffé rapelle qu'une campagne politique fondée sur le mensonge et les préjugés a permis la prise du pouvoir par les nazis. D'où l'importance démocratique essentielle de la rigueur du débat public et de ceux qui l'animent.

Michel Juffé précise que le programme antisémite nazi était exposé dans le Völlkischer Beobachter dès 1920 (N°20 10 mars 1920). Albert Londres a témoigné de l'importance de l'antisémitisme en Europe dans les mêmes années. Des réfugiés juifs fuyant le crime nazi et demandant l'asile ont été refoulés malgré la dénonciation publique du caractère criminel du régime dès 1936.

Aulnay-sous-bois illustre un déni politique en France malgré les alertes publiques.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.