La répression sanglante de Castaner favorise la visibilité de l'extrême-droite

La violence de la répression sanglante dissuade les personnes raisonnables de manifester favorise la visibilité de l'extrême-droite d'autant plus grande. Ces groupes n'ont jamais réussi à prendre le leadership sur le mouvement des gilets jaunes. La DGSI recense et suit 1000 personnes d'extrême-droite. Rien à voir avec les dizaines de milliers de gilets jaunes.

http://www.leparisien.fr/faits-divers/terrorisme-ingerence-etrangere-les-confidences-de-nicolas-lerner-patron-du-contre-espionnage-18-02-2019-8015070.php

Le mouvement des Gilets jaunes fait-il émerger de nouvelles radicalités ? L’un des manifestants les plus virulents envers le philosophe Alain Finkielkraut est connu des services de renseignement…

NICOLAS LERNER. Le suivi général de ce mouvement social et sociétal ne relève pas des attributions de la DGSI. Pour autant, ma direction a la mission de prévenir les violences émanant d’individus ou de groupes radicalisés. Notamment des groupuscules de l’ultragauche ou de l’ultradroite qui, profitant de l’opportunité offerte par le mouvement, se livrent à des actes inqualifiables à l’encontre des symboles de la République, des élus ou des forces de l’ordre. Ce sont ces groupes qui font l’objet d’un suivi avec pour seule finalité de prévenir les violences et d’en identifier leurs auteurs.

Les manifestants radicaux sont-ils plus nombreux aujourd’hui qu’au début du mouvement ?

En proportion oui, car le nombre de manifestants diminue. Outre leurs propres agissements, ces individus, que je ne confonds pas avec les personnes qui prennent part aux manifestations de manière pacifique, ont par ailleurs contribué à la radicalisation de certains profils qui ne sont pas connus pour leur appartenance à une mouvance ultra. À Toulouse, Bordeaux, Nantes ou Caen par exemple, ils ont généré une forme de violence totalement décomplexée et débridée chez des individus qui n’étaient connus ni pour leur appartenance à l’ultragauche, ni à l’ultradroite.

Les thèses de l’ultragauche ou de l’ultradroite ont-elles de l’influence sur les Gilets jaunes ?

À aucun moment les groupes ultras n’ont réussi à prendre le leadership sur ce mouvement même s’ils voient en lui une opportunité de s’en prendre aux symboles de la République, qui sont leurs cibles habituelles.

Quel est aujourd’hui l’état de l’ultradroite ?

Schématiquement, on dénombre aujourd’hui quatre tendances principales. Une obédience néo-nazie, antisémite et identitaire déstabilisée par une série de mesures administratives récentes, continue cependant de diffuser son discours de haine. Des groupes néo-populaires ou survivalistes, apparus après la vague d’attentats en France, nourris par le discours complotiste. L’un d’entre eux voulait s’attaquer à des imams radicalisés, des femmes voilés ou des détenus islamistes. Troisième courant, les groupes identitaires qui cherchent à se parer d’une apparence de légalité pour investir les champs politiques ou sociétaux -immigration, politique de l’emploi, préférence nationale- comme le Bastion social ou Génération identitaire. Quatrième tendance, les petits groupes de type brigadiste et violent qui peuvent se constituer autour d’une personnalité charismatique. Nous suivons près de 1000 profils de ce type.

Qu’en est-il de l’ultragauche ?

Sa capacité à faire dégénérer des manifestations, mais aussi à conduire des actions de nature plus clandestines n’est plus à démontrer. Nous suivons près de 2000 profils de ce type.

 

Emmanuelle Wargon sur France Info :

" Ces manifestations ne sont pas des manifestations comme les autres. Ce qui se passe week-end après week-end, c’est de plus en plus un concentré de violence et de haine. Et je ne pense pas qu’on puisse assimiler le mouvement des "gilets jaunes" qui pour une partie est pacifiste. "

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