Comment l'Allemagne a gagné le combat du CO2 contre la France

Automobile : comment l'Allemagne a gagné le combat du CO2 contre la France à Bruxelles - Le règlement européen fixe un objectif d'émission différent aux constructeurs automobiles selon le poids de leurs véhicules, une bénédiction pour Volkswagen, BMW et Mercedes. Par Julien Dupont-Calbo Les Echos Publié le 05/03/18

https://www.lesechos.fr/2018/03/automobile-comment-lallemagne-a-gagne-le-combat-du-co2-contre-la-france-a-bruxelles-985777

Pour qui découvre les arcanes des règlements C02 en Europe, c'est le grand point d'interrogation : pourquoi les constructeurs automobiles n'ont pas tous le même objectif de réduction des gaz à effet de serre ? Pourquoi Bruxelles est-il moins exigeant avec les industriels allemands qu'avec les groupes français ? « Les objectifs de chacun assignés en fonction du poids de la gamme, c'est quelque chose qui a été négocié il y a dix ans entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel », confie un acteur du secteur. « Il y a eu des discussions, nous sommes arrivés à un compromis politique que tout le monde a accepté », se rappelle un lobbyiste.

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L'arrangement a été acté un lundi à Straubing, une cité bavaroise installée le long du Danube. Le 9 juin 2009, l'Allemagne et la France ont conseil des ministres commun. A l'ordre du jour, le « paquet climat » de l'Union européenne. L'Hexagone, qui avait alors la présidence européenne, doit amadouer son allié pour obtenir son soutien avant la conférence internationale sur le climat de Copenhague, qui se tient quelques mois plus tard. Quoi de mieux pour cela de lâcher du lest au profit de l'industrie automobile allemande ?

Guerre larvée

Depuis des mois, les constructeurs des deux pays mènent une guerre larvée par lobbyistes interposés sur le front du C02. Tous savent que Bruxelles ne les lâchera pas, mais il est encore possible d'obtenir des assouplissements. En gros, Volkswagen, BMW et Mercedes réclament un traitement différencié car leurs véhicules sont en moyenne plus lourds que ceux des autres. De leur côté, Renault et PSA privilégient le dispositif construit sur l'emprise au sol, soit la taille des véhicules. Ce seront les premiers qui auront gain de cause. A Straubing, l'entourage de Nicolas Sarkozy explique que de toute façon, les grosses et imposantes cylindrées allemandes sont « peu viables » sur le long terme face à la concurrence internationale…

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Si tout le monde fait plus ou moins le même effort, les plus vertueux jusqu'alors ne sont pas récompensés, puisque les groupes les plus émetteurs de C02 deviennent ceux qui ont le droit de plus émettre. « La France a accepté un système deux poids deux mesures qui le désavantage clairement. Si Bruxelles avait retenu le paramètre de la prise au sol, les Français auraient été dans une position plus favorable, car ils avaient déjà travaillé sur l'allégement de leurs véhicules », conclut Bernard Jullien, un chercheur spécialiste de l'histoire automobile.

Julien Dupont-Calbo

 

Cette information de Julien Dupont-Calbo est évoquée dans l'émission  Les marchés de l'électricité (3/4) : La voiture électrique : une mythologie contemporaine - France Culture

 

 

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