Le mythe de la «théorie du ruissellement»

La « théorie du ruissellement », selon laquelle les réformes fiscales en faveur des plus riches profitent indirectement aux plus pauvres, est un mythe, soutient Arnaud Parienty, professeur de sciences économiques et sociales, dans ce petit livre enlevé et instructif. Par Vincent Lefort Sciences Humaines Mars 2019

https://www.scienceshumaines.com/le-mythe-de-la-theorie-du-ruissellement_fr_40518.html

Un mythe est par définition une construction imaginaire, et ce serait le cas ici puisque, rappelle l’auteur, aucun économiste n’a jamais démontré la validité de l’effet de ruissellement. La « théorie » du trickle down effect (effet de ruissellement) a été énoncée pour la première fois en 1932 par un humoriste américain, Will Rogers, qui moquait le programme de baisse d’impôts du président George Hoover. Mais elle a été reprise par le directeur du budget de Ronald Reagan : « Donner les réductions d’impôts aux individus les plus riches et aux plus grandes entreprises, et laisser les bons effets “ruisseler” à travers l’économie pour atteindre tout le monde. » A. Parienty reprend cette formulation pour montrer qu’elle n’a aucun fondement sérieux, que ce soit sous sa forme faible (l’argent cédé aux riches par les pauvres stimule la croissance) ou sa forme forte (l’effet est suffisamment important pour compenser le coût initial des baisses d’impôts).

De plus, l’argument selon lequel les réformes favorables aux plus riches sont une réponse à la mondialisation permettant d’éviter une fuite des capitaux ne résiste pas à l’analyse. Dix mille contribuables ont quitté la France en quinze ans pour une perte de recettes de 40 millions par an, alors que la suppression de l’ISF coûte 3,5 milliards. Un prétexte, en quelque sorte, masquant une obéissance de principe aux lois du marché.

À propos du débat français sur l’ISF, l’auteur fait remarquer que « les adeptes de la théorie du ruissellement, confrontés à l’invalidation de leur paradigme, présentent leurs idées comme ne relevant pas du ruissellement, contre toute évidence. Ce qui leur permet de préserver leurs croyances tout en reconnaissant que la notion de ruissellement n’est pas valide. » Une démonstration critique, donc, qui permet de se faire une idée du statut de cette théorie qui n’en est pas une. 

Le mythe de la « théorie du ruissellement », Arnaud Parienty, La Découverte, 2018, 152 p., 11 €.

 

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