Les hautes rémunérations dans la fonction publique

En 2016, 1 % des agents, fonctionnaires ou non, gagnent plus de 6 410 euros nets par mois Par Julie Goussen, division Salaires et revenus d’activité, Insee et Fanny Godet, département des études, des statistiques et des systèmes d’information, DGAFP

https://www.insee.fr/fr/statistiques/3719595

En 2016, les 1 % des salariés de la fonction publique les mieux rémunérés gagnent plus de 6 410 euros nets par mois en équivalent temps plein. Ces 48 500 agents, fonctionnaires ou non, perçoivent en moyenne 7 850 euros mensuels, soit 4 fois le salaire médian dans la fonction publique. Plus de la moitié d’entre eux travaillent dans les hôpitaux. Les autres se concentrent dans la fonction publique d’État, principalement au sein des administrations centrales. La fonction publique territoriale n’est quasiment pas représentée parmi les plus hautes rémunérations. Les plus hauts salaires dans le privé sont plus élevés que dans le public (le dernier centile excède de 30 % celui de la fonction publique) et l’éventail des revenus d’activité y est plus étendu.

 

Dans la fonction publique, les 1 % des agents les mieux rémunérés perçoivent un salaire net mensuel moyen de 7 850 euros

En 2016, les 1 % des agents les mieux rémunérés dans la fonction publique, soit 48 500 emplois (sources et définitions), perçoivent au moins 6 410 euros nets par mois en équivalent temps plein (figure 1). Leur rémunération moyenne atteint 7 850 euros, soit 4 fois plus que le salaire médian (D5) dans la fonction publique.

Jusqu’au 9e décile (D9), la distribution des rémunérations est à l’avantage de la fonction publique d’État (FPE). Au-delà, les salaires sont plus élevés dans la fonction publique hospitalière (FPH). Le seuil de salaire délimitant les 1 % des agents les mieux rémunérés de la FPH est nettement plus élevé que dans les autres versants : 7 560 euros par mois contre 6 370 euros dans la FPE et 4 580 euros dans la FPT. Les rémunérations dans la FPH sont plus dispersées, avec un ratio de 4,0 entre le dernier centile (C99) et le salaire médian alors qu’il est de 3,2 sur l’ensemble des trois versants de la fonction publique. En revanche, les niveaux de rémunération sont plus faibles dans la fonction publique territoriale (FPT). Moins de 0,2 % des emplois de la FPT ont une rémunération nette supérieure à 6 410 euros par mois.

Les postes à très hautes rémunérations sont occupés plus fréquemment par les hommes et les plus de 55 ans

Alors que les femmes représentent 63 % des agents de la fonction publique, leur part diminue quand les revenus s’élèvent. Elles représentent 45 % des 10 % des agents les mieux rémunérés, mais seulement 33 % dans le dernier centile (figure 2). D’une part, les femmes sont surreprésentées dans certains corps aux rémunérations inférieures. Par exemple, dans l’Éducation nationale, elles sont plus nombreuses parmi les enseignants du premier degré que du second degré. D’autre part, pour un même type d’emploi, elles ont souvent des profils de carrière moins favorables que ceux des hommes.

Les salariés du centile le mieux rémunéré sont essentiellement des fonctionnaires (43 %) et des agents au statut particulier (51 %), parmi lesquels figurent notamment des médecins (praticiens hospitaliers et personnels hospitalo-universitaires). Par contre, il y a peu de contractuels parmi les hautes rémunérations : 7 % contre 16 % sur l’ensemble de la fonction publique.

La rémunération croît avec l’âge. Ainsi, en 2016, les plus de 55 ans représentent plus de la moitié du dernier centile, contre 21 % de l’ensemble de la fonction publique.

Plus de la moitié des postes les plus rémunérateurs sont situés dans les hôpitaux

Dans le dernier centile des rémunérations, 26 260 emplois sont situés dans la fonction publique hospitalière (figure 3), essentiellement dans les hôpitaux. Ils représentent 54 % des emplois du dernier centile, alors que la FPH rassemble 22 % des effectifs de la fonction publique.

Avec 19 640 emplois, la FPE représente 40 % des effectifs du dernier centile (contre 42 % dans l’ensemble de la fonction publique). Les trois quarts de ces agents travaillent dans les ministères et leurs services déconcentrés et le dernier quart dans des établissements publics. Le ministère en charge de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie emploie plus de 4 000 agents dans ce cas, de même que les ministères économiques et financiers.

Enfin, 2 650 emplois sont dans le champ de la fonction publique territoriale, soit seulement 5 % du dernier centile.

Dans la FPE, 42 % des postes à haute rémunération (plus de 6 410 euros) se concentrent à Paris et dans sa petite couronne, où se situent les administrations centrales, alors qu’un peu moins de 16 % des emplois de la FPE y sont localisés. Par contre, dans la FPH, les postes les plus rémunérateurs sont peu concentrés, leur répartition géographique correspondant à celle des hôpitaux sur le territoire.

La composition par corps ou cadre d’emploi des catégories les mieux rémunérées est très liée à celle de chaque versant. Ainsi, 34 % des praticiens hospitaliers ont une rémunération mensuelle nette supérieure à 6 410 euros (figure 4) : en 2016, ils représentent plus de 4 salariés sur 10 dans le dernier centile de rémunération.

Un peu plus de 6 % des salariés appartenant au dernier centile des rémunérations occupent un emploi de direction dans la FPE. Parmi eux figurent la totalité des agents nommés sur décision du gouvernement (hors ambassadeurs), dont la rémunération mensuelle s’élève en moyenne à 10 460 euros nets. Les autres emplois de direction de la FPE perçoivent en moyenne 8 020 euros par mois (85 % d’entre eux sont situés dans le dernier centile de rémunération). Leur salaire moyen peut atteindre, par exemple, 8 270 euros pour les administrateurs généraux des finances publiques et les chefs de service comptable, 8 240 euros pour les emplois de direction d’administration centrale et 7 150 euros pour les directeurs d’administration territoriale de l’État. Parmi les postes d’encadrement supérieur, le salaire moyen des ingénieurs de catégorie A+ est de 6 100 euros et 41 % d’entre eux font partie du dernier centile. Les ingénieurs et cadres techniques de l’aviation civile ont des niveaux de rémunération comparables.

Parmi les agents de catégorie A+ de la FPE, les chercheurs, les enseignants-chercheurs et les inspecteurs de l’enseignement sont beaucoup plus rares (1 %) à percevoir un salaire mensuel supérieur à 6 410 euros.

Des revenus d’activité moins dispersés que dans le privé

Les hautes rémunérations sont plus fréquentes dans le secteur privé, tant chez les salariés que chez les non-salariés. En 2015, les 1 % de salariés les mieux rémunérés du secteur privé perçoivent plus de 8 280 euros nets par mois en EQTP. Dans le privé, le niveau du dernier centile de salaire est ainsi supérieur de 30 % à celui de la fonction publique. Corrélativement, 2,1 % des salariés du privé perçoivent davantage que le seuil au-delà duquel sont rémunérés les 1 % supérieurs de la fonction publique. Les 1 % de salariés les mieux rémunérés du privé sont pour l’essentiel des dirigeants salariés de leurs entreprises, des cadres et des ingénieurs ; les activités financières, d’assurance et de conseil de gestion sont celles où ils sont les plus représentés. Parmi eux, 17 % sont des femmes contre 33 % des 1 % les plus rémunérés de la fonction publique. La dispersion des salaires est globalement plus importante dans le privé : le rapport entre le dernier centile et le salaire médian est de 4,6 dans le privé, contre 3,2 dans le public. Au sein du dernier centile, la dispersion des salaires est également plus forte dans le privé que dans le public : le salaire moyen des 1 % les mieux rémunérés correspond à 1,7 fois le dernier centile dans le privé, contre 1,2 dans le public.

En 2016, parmi les actifs affiliés à un régime de protection sociale des non-salariés non agricoles – hors micro-entrepreneurs – qui retirent un bénéfice net de leur activité, 1 % gagne plus de 23 700 euros en moyenne par mois. Ces 17 000 non-salariés les mieux rémunérés sont majoritairement des hommes (85 %, contre 63 % des non-salariés dans leur ensemble) exerçant en moyenne une activité indépendante depuis près de 20 ans. Ils sont souvent médecins, dentistes ou pharmaciens (45 % d’entre eux) ou exercent des activités juridiques et comptables (30 %). Le revenu d’activité des non-salariés n’est toutefois pas directement comparable à celui des salariés du privé et de la fonction publique : il ne prend en compte la durée du travail qu’à travers la durée d’affiliation au régime de protection sociale des non-salariés dans l’année ; il intègre les contributions sociales (CSG et CRDS, qui seraient de l’ordre de 2 300 euros en première approximation au niveau du dernier centile) ; il couvre une part de risque qu’assument dans une moindre mesure les salariés. Surtout, leur revenu couvre une part des investissements que les non-salariés doivent entreprendre pour l’exercice de leur activité. Ces différents facteurs concourent à ce que la rémunération moyenne des praticiens libéraux (8 620 euros par mois en 2016) est, par exemple, supérieure à celle des praticiens hospitaliers (5 550 euros par mois) et que parmi les premiers, ceux exerçant exclusivement à titre libéral perçoivent de leur activité non salariée 28 % de plus en moyenne que ceux qui cumulent une activité en hôpital. En outre, les revenus d’activité des non-salariés sont bien plus dispersés que ceux des salariés du privé, et plus encore que ceux de la fonction publique. En particulier, le rapport entre le dernier centile et le salaire médian atteint 10,0 pour les premiers contre 3,2 pour les derniers.

Encadrés

Encadré 1 - Les agents de la FPE en poste à l’étranger

Le système d’information des agents du service public permet de suivre également les agents de la FPE en poste à l’étranger, absents des statistiques usuelles d’emploi et de salaires. Ce sont notamment les personnels des ambassades, des consulats et des établissements français à l’étranger rémunérés depuis la France. 37 % de ces agents dépassent le seuil de 6 410 euros de rémunération nette mensuelle. Ils représentent ainsi 8 % de l’ensemble des agents de la fonction publique rémunérés au-dessus de 6 410 euros. Cette concentration résulte d’une part d’un effet de structure, avec davantage de postes de catégorie A et A+ parmi les postes à l’étranger. D’autre part, outre leur rémunération statutaire, ces personnels perçoivent des indemnités pour service à l’étranger. Pour les corps représentés à l’étranger, le fait d’être en poste à l’étranger fait plus que doubler en moyenne le salaire, cet effet étant variable selon le pays, pour tenir compte du coût de la vie, des sujétions particulières et des situations à risques éventuels.

Encadré 2 - Éléments de comparaison internationale

Les comparaisons internationales sur les rémunérations dans la fonction publique sont très complexes, car le contour de la fonction publique et les classifications des agents diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre.

Les données présentées ici portent sur des rémunérations moyennes par catégorie de niveau de responsabilité et correspondent aux « cadres supérieurs » que l’on pourrait assimiler, dans le contexte de la fonction publique de l’État français, à des emplois de direction et d’encadrement supérieur.

L’enquête de l’OCDE menée en 2016 sur la rémunération des agents des administrations centrales des États membres porte sur le champ des administrations nationales et fédérales. Compte tenu de la différence des systèmes sociaux et de l’organisation du travail, et afin de rendre comparables les niveaux de rémunération dans une approche « coût pour les finances publiques », sont incluses les cotisations de retraite et d’assurance-sociale. Les rémunérations sont converties en dollars en utilisant les parités de pouvoir d’achat et sont corrigées des différences en matière de congés.

Les rémunérations des cadres supérieurs collectées dans cette enquête sont ainsi légèrement plus élevées en France qu’en moyenne dans les pays de l’OCDE. Elles sont proches de celle de l’Allemagne et du Royaume-Uni mais inférieures aux niveaux observés en Italie ou en Belgique.

 

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Rémunération annuelle moyenne en dollars en parité de pouvoir d’achat des cadres supérieurs de l'administration centrale dans les pays de l'OCDE en 2015 et en France en 2014

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