" Je suis socialiste mais ne le dites pas à ma mère, elle croit que je suis pian... "

Etonnant week-end où des candidats putatifs de la gauche paraissent confirmer que le PS recommence l'erreur de 2002. Leur discours traduit une prise de distance avec l'idéologie socialiste, comme s'ils avaient honte de leur électorat. Le problème est que ce n'est pas l'électeur de droite ou du centre qui votera pour eux.

Coup sur coup, deux membres de la majorité, un ancien ministre et un actuel marquent une distance avec le socialisme :

« Je ne suis pas socialiste » : la déclaration de Macron au Puy du Fou agace la gauche

Présidentielle : Montebourg défend un projet " socialiste mais pas seulement "

Ces deux réserves s'inscrivent dans celle du président, " candidat seulement en cas de possible victoire ", qui fait du " social-libéralisme " avec un premier ministre qui exprime le souhait de ne plus s'appeler socialiste. Une étude de sciences po montre que l'électorat " social libéral " - oxymore ou novlangue - ne représente que 6% des voix au maximum (ce qu'a fait Manuel Valls au primaire du PS).

Ces personnalités donnent le sentiment d'avoir honte d'être socialiste : " Je suis socialiste mais ne le dites pas à ma mère, elle croit que je suis pianiste dans un bordel " ? Ce n'est pas ce qui va mobiliser l'électorat de gauche. Il est également fort peu probable que l'électorat de droite ou du centre vote pour eux. Des personnes qui se sentent aussi mal à gauche devraient adhérer à l'UDI ou aux LR.

Pierre Mauroy s'inquiétait du mépris de la condition ouvrière lors de la campagne de 2002.

Un article de Gérard Grunberg rappelle que : " La notion de classe sociale est quasiment absente de la réflexion et du discours du Premier ministre britannique. Bien que cette différence de lecture des sociétés contemporaines ne constitue pas l'élément central du désaccord que les socialistes français expriment désormais publiquement à l'égard du « social-libéralisme » de Tony Blair, il ne fait pas de doute qu'elle est au fondement des divergences entre les deux projets politiques. "

Les adhérents du parti travailliste anglais tournent le dos au blairisme quand les cadres du PS paraissent vouloir l'imposer à son électorat en oubliant l'échec qu'ils ont déjà connu. Leur discours donne le sentiment que la souffrance des populations est méprisée, culpabilisant les victimes de l'accroissement des inégalités, au prétexte qu'elles ne feraient rien pour améliorer leur sort ou qu'elles bloquent les " réformes ".

Ceux-là mêmes qui aujourd'hui prétendent faire barrage au FN s'inscrivent dans un discours qui a déjà été rejeté en 2002 :

Lionel Jospin "Le projet que je propose au pays n'est pas un projet socialiste" INA

Jospin: «Mon projet est moderne, pas socialiste» - Libération

L'erreur du PS est d'autant plus incompréhensible qu'il y a eu depuis la fraude bancaire ayant entrainé la crise de 2008, engendrant celle de la dette, servant de prétexte à une régression sociale favorisant l'augmentation des inégalités. Le discours de Lionel Jospin avait été rejeté alors que la France avait connu une embellie économique. Sa rhétorique et ses éléments de langage sont donc encore moins pertinents aujourd'hui qu'ils ne l'étaient en 2002.

Cette incohérence ne peut être que volontaire, comme le sera donc l'échec, au mépris de ses conséquences déjà prévisibles. Ces gens ne sont pas sérieux.

 

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L'autodestruction du Parti socialiste - Le Monde diplomatique

 

François Hollande salue une tendance à la baisse du chômage 24 août 2016 | Par Agence Reuters

François Hollande a salué mercredi le recul du nombre de chômeurs n'ayant eu aucune activité en juillet en déclarant que la "tendance" à la "baisse du chômage" s'était "amplifiée depuis le début de l'année".

Sauf que :

Le Canard enchaîné du trois août a dénoncé la manipulation des chiffres du chômage avec les instructions de basculer d'une catégorie de chômage dans une autres en envoyant en stage 500 000 chômeurs.

Trucage des chiffres du chômage : Pôle emploi a reçu des ...

Le forcing de Pôle emploi pour faire entrer 500.000 chômeurs en ...

Les articles de Fabrice L'Homme et Gérard Davet ne sont pas de nature à rassurer sur la validité des propos de François Hollande :

Le jour où… François Hollande a imposé la loi travail

Le jour où… François Hollande a limogé Jean-Marc Ayrault

Ni l'éditorial du Canard d'aujourd'hui qui, s'il égratigne Nicolas Sarkozy, massacre aussi François Hollande.

Voir aussi la réaction de Jean Glavany sur l'affirmation de François Hollande d'avoir "manque de bol" à propos des chômeurs. (Le « malaise » de Jean Glavany face au « pas de bol » de François...)

 

Valls déplore la "violence" de Montebourg, Hamon et Duflot 23 août 2016 | Par Agence Reuters

Manuel Valls dénonce dans une interview à paraître cette semaine dans L'Express la "violence" verbale des anciens ministres de gauche qui se sont récemment déclarés candidats à l'élection présidentielle de 2017.

Sauf que :

  • 23/08/2016 15:22
  • Par ask75

"Valls déplore la "violence" de Montebourg, Hamon et Duflot."

Surpris

 

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