Arrêt sur images : Macron a mal dosé ses stigmatisations et ses flatteries

Le code Jupiter, écrit sous le pseudonyme de Démosthène, Dany-Robert Dufour, professeur de philosophie à Paris VIII, révèle qu'il est l'auteur du pamphlet anti-Macron. Il est l'invité unique de notre émission, en nom propre et à visage découvert. ASI lui avait proposé de garder son pseudonyme et de flouter son visage, mais inutile : Dufour assume Démosthène.

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Démosthène contre l'hubris.

Son travail, Dany-Robert Dufour le présente comme une "ethnologie de la tribu des jupitériens", tribu dans laquelle il se targue d'avoir de bonnes sources. Première révélation : les jupitériens redoutaient un mouvement semblable au mouvement actuel, dans lequel différentes colères "coagulent". C'est exactement ce qui s'est passé avec l'augmentation de la taxe sur les carburants. "C'était la peur immense qu'ils avaient, et voilà nous y sommes."

"Macron a mal dosé ses stigmatisations et ses flatteries"

Débarque alors sur le plateau le nom d'un écrivain du XVIIIe siècle largement inconnu, et pourtant essentiel pour Dufour : Bernard de Mandeville, psy et philosophe. Cet écrivain, dont le nom est beaucoup moins connu que ceux d'Adam Smith ou de Friedrich Hayek, serait pourtant l'un des plus importants maîtres à penser de l'école de Chicago, qui a imposé sa théorie néolibérale dans les années 1980. Dans la Fable de l'abeille, Mandeville racontait l'histoire d'une ruche qui fonctionnait à merveille parce que tout le monde "était un peu voleur", et qui périclite dès lors que les abeilles se décident à être vertueuses. Morale : "les vices privés font la vertu publique". Dans cette fable, Dufour voit l'une des premières évocations de la "théorie du ruissellement", revisitée par Macron avec les "premiers de cordée". Et dans le comportement loué par Mandeville, celui par exemple de Carlos Ghosn, le patron de Renault récemment incarcéré au Japon pour minoration de ses revenus. 

Si Mandeville est resté largement inconnu du grand public, certains connaissent très bien cet auteur, poursuit notre invité. "Il est considéré comme le maître à penser de l'école de Chicago, qui dirige le monde depuis 30 ans." Mais étant donné la théorie clairement immorale, ou détachée de toute préoccupation morale que développe Mandeville, il ne serait pas mis en avant à tout bout de champ par les penseurs de cette école. Cette discrétion n'est d'ailleurs pas propre aux néolibéraux, assure Dufour : de leurs temps, les philosophes et sociologues Voltaire et Max Weber ont déjà fait de larges emprunts au psy, sans jamais le citer.

Mais quel rapport avec Macron? "Il a baigné dans les théories libérales et néolibérales, et évidement celles en vigueur depuis les années 80, celles de Hayek et de Friedman", eux-mêmes largement influencés par Mandeville, d'après l'auteur du Code Jupiter. Problème, Macron aurait appliqué un peu vite les théories de Mandeville, notamment, comme Dufour l'expliquait en début d'émission, en "dosant mal" les flatteries et les blâmes. Aujourd'hui le président "apparaît comme un manipulateur qui a utilisé les histoires qu'il a appris à la banque Rothschild pour manipuler les gens. Mais il a été très maladroit dans le dosage des maximes mandeviliennes de la flatterie et du blâme." Et le voilà avec tout le peuple contre lui. 

Dans ce peuple, et c'est le mot de la fin, on voit apparaître "un sentiment altruiste", inexistant chez les gouvernants. Un sentiment dû notamment à la tradition française des services publics, mais un sentiment inutile pour le pouvoir, parce qu'inexploitable économiquement, car ne rentrant pas dans le "gouvernement par les nombres"

Le gouvernement par les nombres détruit le gouvernement par les lois.

 

 

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