Répression de la liberté d'opinion et de la contestation politique

A Toulouse, une jeune femme a été placée en garde à vue pendant plusieurs heures pour avoir mis une banderole "Macronavirus, à quand la fin ?" sur sa maison. Associations, Ligue des droits de l'homme, partis politiques ou syndicats dénoncent ce vendredi une "police politique". Par Laurence Boffet Publié le 24/04/2020 - Une procédure illégale soulève la question du faux

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Cette banderole affichée sur le mur d'une maison du quartier de la Roseraie à Toulouse a valu à une jeune femme d'être placée en garde à vue pour outrage au chef de l'Etat. / © DR

 

C'est une manifestation silencieuse qui n'est visiblement pas du goût de tout le monde. A Toulouse, une jeune femme a été placée en garde à vue pour outrage au chef de l'Etat. On lui reproche d'avoir placé sur sa maison une banderole où était écrit "Macronavirus, à quand la fin ?"

Une banderole pour interroger les passants

Avec ses six colocataires, Raphaëlle (prénom d'emprunt) voulait "dénoncer et questionner la population sur la gestion de la crise sanitaire due au Covid-19". Alors, il y a environ un mois, ils ont affiché une banderole sur le mur extérieur de leur maison, dans le quartier de la Roseraie à Toulouse. "Macronavirus, à quand la fin ?" interroge le drap tendu.


Quelques jours plus tard, leur boulangère leur indique avoir été interrogée par la police à leur sujet. Sont-ils des squatteurs ? Des "gilets jaunes" ? A partir de là, ils notent le passage régulier de voitures de police devant chez eux.

 

Lorsqu'elle se présente au commissariat à 11h00, le 23 avril 2020, la jeune femme apprend qu'elle est en garde à vue. "La capitaine m'a directement notifié que j'étais placée en garde à vue pour outrage au chef de l'Etat et on m'a immédiatement placée dans une cellule." Elle y restera 2 heures, avant de voir son avocate et d'être interrogée. "J'ai vraiment été interpellée par les conditions d'hygiène, en pleine crise sanitaire" dit-elle ce vendredi. "Les distances ne sont pas respectées, il n'y a pas de gants, pas de masques, pas de savon, pas de gel hydroalcoolique, une couverture pas nettoyée sur le matelas..."

Raphaëlle est interrogée sur l'affichage, ses opinions politiques, l'identité de ses colocataires.

Pour l'avocate de la jeune femme, Claire Dujardin, "cette garde à vue est totalement disproportionnée. Elle a donné spontanément son identité, s'est présentée spontanément au commisssariat, elle aurait très bien pu être entendue en audition libre. Là, on l'a placée sous la contrainte et elle est restée 4 heures."

Une action policière disproportionnée et un délit qui n'est pas caractérisé pour l'avocate. "Ce n'est pas un outrage. C'est une banderole à caractère politique sur la façade d'une maison. Ce n'est que de la liberté d'expression, d'autant que la banderole reprend un terme publié en Une de Charlie Hebdo en janvier 2020. L'outrage ce n'est pas ça. On exprime seulement une opinion politique". Et l'avocate de rappeler qu'en France, il n'existe plus de délit d'offense au chef de l'Etat. Il a en effet été abrogé après plusieurs condamnations de la France, notamment celle de la Cour européenne des droits de l'Homme dans l'affaire de l'affichette "Casse toi pov'con" brandie à l'intention de Nicolas Sarkozy lors d'une visite à Laval en 2008

 

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