Pourquoi est-il si difficile de réformer la banque ?

Des centaines de hauts fonctionnaires partent chaque année dans le privé, avec une nette préférence pour les banques et la finance. Une spécialité française qui renforce le lobby bancaire.

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/faites-sauter-les-banques-24-lobby-bancaires-et-banquiers-pantouflards

« Mon ennemi, c’est la finance », disait François Hollande au Bourget peu avant son élection. Un quinquennat plus tard, un ancien associé de la banque Rothschild est à l’Elysée et la finance a encore de beaux jours devant elle. Ce second épisode de la série décrypte les mécanismes de l’immobilisme du secteur bancaire. En fil rouge, l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran établi, exemples à l’appui, une typologie des arguments opposés par les banques devant toute forme de contrainte et de régulation. En tête, le chantage à la croissance : « La réglementation des banques va tuer les investissements et l’emploi ». En second lieu, l’argument du risque est souvent mobilisé : « Le remède sera pire que le mal ! ». Troisième argument identifié par la chercheuse, celui de l’inanité : « Cela ne sert à rien de réformer ».

Au-delà de la rhétorique bien huilée du secteur, le puissant lobby bancaire se charge de paralyser de manière structurelle toute velléité de réglementation. L’émission trace les contours de ce lobby protéiforme et en décrit le redoutable fonctionnement, les fameuses « revolving doors » ou encore le détricotage systématique de lois timidement contraignantes.

La quasi-totalité des grands dirigeants bancaires viennent de ce que l'on appelle la botte de L'ENA c'est-à-dire les 10 premiers qui sont inspecteurs des finances. Ils se retrouvent d'abord à Bercy puis Ils vont être dans les cabinets ministériels et après pour pouvoir multiplier leur salaire par 5 ou 10, ils vont "pantoufler" c'est-à-dire se retrouver de l'autre côté de la rue au siège d'une grande banque. Ça crée un climat de connivence caractéristique du système français. Dominique Plihon

Est-ce possible de conseiller en toute impartialité un ministre si on vient soi-même du secteur bancaire ? On sait aussi qu'il y a un fort esprit de corps au sein de l'inspection des finances donc est-ce qu'on peut donner des avis désintéressés sur le secteur bancaire quand la moitié de ses camarades va travailler dans ce secteur ? Agnès Rousseaux

L'argument typique du lobby bancaire consiste à dire : Si on régule davantage le secteur financier on aura moins de crédit, moins de financement pour l'économie, moins de croissance. C'est l'idée d'une sorte de prix à payer. Jezabel Couppey-Soubeyrand

Le citoyen lambda a très bien compris qu'on a pas changé le secteur financier. Il sait très bien qu'il y a eu une sorte de hold-up énorme en 2007-2008 quand on a renfloué les banques. Benoît Lallemand

Avec

  • Dominique Plihon, économiste
  • Jezabel Couppey-Soubeyrand, économiste
  • Agnès Rousseaux, co-auteure de «Le Livre noir de la banque» (éd. Les liens qui libèrent)
  • Benoît Lallemand, secrétaire générale de Finance Watch
  • Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales
  • Manon Aubry, responsable plaidoyer justice fiscale à l’OXFAM.

Une série documentaire de Rémi Douat, réalisée par Assia Khalid

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