Friedrich Spee, précurseur de Cesare Beccaria

La pensée et la pratique chrétiennes face à la torture : éléments pour un bilan critique [1] parAlberto Bondolfi Université de Lausanne (Suisse)

https://www.cairn.info/revue-d-ethique-et-de-theologie-morale-2008-1-page-9.htm#no23

 " Leurs ouvrages n’ont pas seulement une valeur anecdotique ou documentaire, ils annoncent et préparent la discussion des Lumières, en façonnant les outils conceptuels et argumentatifs qui permettront à celle-ci de se développer dans toute sa force argumentative. Il s’agit de la Cautio criminalis du jésuite F. von Spee [23] et de la dissertation De tortura ex foris christianorum proscribenda du jurisconsulte Christian Thomasius de Halle [24] Les deux essais ont eu une large diffusion, en déplaçant la discussion sur l’abolition de la torture du plan moral ou juridique au plan également politique. Von Spee appuie ses réflexions sur son expérience personnelle, de femmes accusées de sorcellerie et, dans sa Cautio criminalis, il affirme s’exprimer uniquement à partir d’expériences vécues directement. Dans cet ouvrage, le jésuite montre le lien entre l’idéologie de la dénonciation, la suspicion a priori, la pratique de la torture et la confession de la culpabilité. Il exprime ainsi une critique radicale du lieu commun d’après lequel la confession serait la meilleure preuve dans le domaine pénal [25]. "

Notes

[1] Une première version de ce texte est parue en allemand sous le titre : « Folter in der christlichen Tradition : Wie kann man aus den Fehlern der Vergangenheit lernen ? », Schweizerische Kirchenzeitung, 1996, p. 687-698. Une version remaniée et augmentée est également parue en italien sous le titre : « Il pensiero e la prassi cristiana di fronte alla tortura : elementi per un bilancio critico », Annali di scienze religiose 2, 1997, p. 301-318. La présente traduction se réfère à cette deuxième publication, tout en l’actualisant de façon ponctuelle.

[23] Voir les éditions modernes : F. von Spee, Cautio criminalis, Tübingen-Bâle, Franke Verlag, 1992, ainsi que Munich, dtv-Taschenbuchverlag, 1987?. La littérature secondaire sur von Spee se fait de plus en plus vaste. On conseille notamment : I. M. Battaffarano, « Von Spee zu Beccaria. Der Kampf um die Abschaffung der Folter und der Hexenprozesse in der frühen Neuzeit », in : Id. (éd.), Friedrich von Spee, Rovereto, Reverdito Ed., 1989, p. 223-264 ; G. R. Dimler, Friedrich von Spee von Langenfeld : eine beschreibende Bibliographie, Amsterdam, Rodopi, 1984 ; H. P. Geieln, Die Auswirkungen der Cautio Criminalis von F. von Spee auf den Hexenprozess in Deutschland, Cologne, Wasmund Verlag, 1963 ; J. F. Ritter, F. von Spee 1591-1635, Trèves, Ein Edelmann, Mahner und Dichter, 1977 ; G. Jerouschek, « Friedrich von Spee als Justizkritiker », Zeitschrift für Strafrechtswissenschaft 108, 1996/2, p. 243-265 ; Chr. Feldmann, Friedrich Spee, Fribourg-en-Brisgau, Herder Verlag, 1993 ; F. Gunther (éd.), Friedrich Spee zum 400. Geburtstag, Paderborn, Bonifatius Verlag, 1995 ; K. J. Miesen, Friedrich Spee, Wiesbaden, Panorama Verlag, 1996 ; H. Weber, F. Gunther, Friedrich Spee, Trèves, 1996 ; sur le contexte géographique et historique, voir : F. Gunther (éd.), Hexenprozesse und deren Gegner im trierisch-lothringischen Raum, Weimar, Dadder Verlag, 1997.

[24] Voir Chr. Thomasius, Über Folter, Weimar, 1960 ; Chr. Thomasius, Über die Hexenprozesse, Munich, dtv-Verlag, 1986 ; sur la littérature secondaire, voir : R. Liebewirth, Christian Thomasius, sein wissenschaftliches Lebenswerk, Weimar, 1955 ; M. A. Cattaneo, Delitto e pena nel pensiero di Christian Thomasius, Milan, 1976 ; Id., « Beccaria e Sonnenfels. L’abolizione della tortura nell’età teresiana », in : Id., Illuminismo e legislazione penale, Milan, led, 1993, p. 63-76 ; W. Schmidt, Ein vergessener Rebell. Leben und Wirken des Chr. Thomasius, Diederichs Verlag, 1995.

[25] Selon la devise : confessio est regina probationum

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