La mobilité : un argument de classe aisée

« Après une mobilité géographique, 83 % des cadres occupent toujours un emploi, contre seulement 63 % des ouvriers et employés. » Tout le monde n’a pas intérêt à déménager, ce qui tend à contester l’argument selon lequel la mobilité géographique constituerait une solution homogène au chômage. Par Thomas Le Guennic

https://www.scienceshumaines.com/10-des-francais-demenagent-chaque-annee_fr_41127.html

Ce qui est légèrement plus que la moyenne européenne (9 %). Cette mobilité est un phénomène en légère croissance, malgré un repli après la crise de 2008. Il y a cinquante ans, 39 % des Français vivaient hors de leur département de naissance, contre la moitié aujourd’hui. Pour autant, ces déplacements, en hausse, ne sont pas le signe d’une « société hypermobile » : la plupart des déménagements se font à proximité du premier logement et seul un tiers d’entre eux hors du département ou de la région de départ. À ce jeu d’ailleurs, tous les territoires ne sont pas gagnants. Si le Sud et l’Ouest ont la cote (la Nouvelle-Aquitaine « gagne aujourd’hui quatre fois plus d’habitants par an » qu’il y a cinquante ans), en revanche le quart Nord-Est et les Dom accusent un déficit net d’habitants. Les avantages et les inconvénients de la mobilité ne sont pas non plus neutres socialement. Pour des raisons très différentes, les étudiants, les jeunes actifs et les retraités sont les plus mobiles. En revanche, les 40-55 ans sont les plus sédentaires. Le rapport relève également que « moins on est diplômé, moins on déménage loin ». Et pour cause ! Déménager présente plus de risques pour les ménages populaires : « Après une mobilité géographique, 83 % des cadres occupent toujours un emploi, contre seulement 63 % des ouvriers et employés. » Tout le monde n’a pas intérêt à déménager, ce qui tend à contester l’argument selon lequel la mobilité géographique constituerait une solution homogène au chômage. 

Prolonger :

«Les mobilités résidentielles en France. Tendances et impacts territoriaux », rapport de l’Observatoire des territoires, janvier 2019.

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