Julian Assange, un autre Francisco Ferrer

Le procès d'Assange est un guet-apens judiciaire comme le fut celui de Francisco Ferrer. C'est une escroquerie, une insulte à l'intelligence. Il interpelle sur le détournement des institutions par les mandataires temporaires qui sollicitent le suffrage de l'électorat. Ils agissent au préjudice de la confiance de l'opinion dans les formes démocratiques de l'organisation des pouvoirs publics.

Le subterfuge à se réfugier dans le formalisme pour se justifier d'une violation du Droit au fond est une inversion normative.

L'invocation de formules procédurières sert à mettre en échec le droit fondamental. C'est d 'autant plus scandaleux quand la justice d'un pays se met au service des intérêts politiques douteux d'une puissance étrangère qui méprise le droit international et menace ouvertement des juges.

Cette tendance s'affirme en Europe et il ne faut pas la chercher à ses marges. David Cameron et Nicolas Sarkozy l'ont initiée contre les Droits de l'homme et avec l'attaque contre la Libye. Il n'est donc pas fortuit que Boris Johnson s'en inspire pour contrarier encore le Brexit.

 

Le mépris du droit international s'exprime déjà dans le fait qu'Assange n'a pas besoin d'être extradé. Il peut très bien être jugé au Royaume-Uni selon le principe aut dedere aut judicare.

L'acharnement des autorités publiques interroge sur leur bonne foi à faire durer une procédure au mépris de la liberté, du Droit, et de la santé de Julian Assange, sa dignité.

En effet, la maltraitance du mis en cause dénoncée par les Nations Unies questionne aussi sur la mépris du droit britannique lui-même et la faiblesse du principe d'Habeas Corpus au pays qui l'a inventé, comme de nombreux autres droits fondamentaux.

 

Le procès interroge sur l'instrumentalisation politique de la justice.

Celle-ci ne serait pas possible sans la complaisance de celles et ceux qui s'y prêtent au risque de décrédibiliser leur fonction et l'institution qu'ils prétendent servir ; qu'il s'agisse de la magistrate comme des avocats de l'accusation (un oxymore qui ne soulève aucune contestation). Barack Obama, avocat, a laissé prospérer la procédure contre Julian Assange pendant sa présidence. Le Congrès également.

Magistrats et avocats sont des CSP+.

Peuvent-ils ainsi s'amuser impunément avec le Droit pour entendre ensuite venir de la même classe sociale des reproches contre l'électorat populaire qui manquerait de responsabilité démocratique, du fait de son vote (impossible à démontrer puisqu'il est secret) ou de son abstention ?

Le procès d'Assange paraît montrer au contraire que le populisme réactionnaire se situe plutôt au sommet de la pyramide sociale qu'à sa base. Au contraire de ce que le pouvoir a tenté de le démontrer en France lors de la répression policière et judiciaire de la dénonciation de l'injustice sociale par les "gilets jaunes ".

Le procès d'Assange montre assez clairement la responsabilité de ceux qui sont la cause dont on ne veut voir - ou montrer - que les effets d'un phénomène.

Ce sont ceux qui ont le pouvoir qui provoquent l'instabilité sociale, car ce sont eux seuls qui ont la capacité de décider et d'agir (voir comment se sont finis le grand débat, la convention citoyenne, les différents Grenelle, ...).

Cette capacité est autrement plus destructrice pour la démocratie que la foule, qui n'en a aucune, et qui est réduite, au final, à s'indigner, ; puis se révolter, quand l'abus de confiance institutionnel devient insupportable et qu'il ne reste de l'édifice démocratique qu'une façade, qui menace elle-même de s'écrouler.

Cette révolte n'est pas l'expression d'une violence, mais du bon sens face à des gouvernants qui, au-delà d'un manque de bonne foi, ne sont pas raisonnables (cf. le climat, la politique d'austérité qui pèse sur les ménages modestes et moyens pour pallier la dette induite par l'importance de la fraude fiscale des plus hauts revenus, etc.).

La révolte populaire des "gilets jaunes" n'est qu'une conséquence des motivations et du travail de sape des institutions et de la captation du pouvoir par un petit nombre au préjudice de la démocratie.

 

Le procès de Julian Assange est donc une très mauvaise actualité juridique, voire même politique.

Elle signale le regain d'une dérive politique à laquelle l'Europe se pensait à l'abri. C'est une tendance lourde en considération de l'actualité mondiale à laquelle contribuent les investisseurs et leur lobbys.

Le procès illustre l'importance du facteur humain dans le détournement des pouvoirs publics qui décrédibilisent jusqu'à la justice et l'impliquent dans la perte de confiance de l'opinion en ses institutions.

A travers la violation des droits fondamentaux dont est victime Julian Assange, le comportement inapproprié des mandataires provisoires de l'autorité publique menace l'adhésion publique aux formes démocratiques d'un Etat moderne.

La communauté internationale s'est dotée d'un Droit depuis plus de 70 ans selon lequel le mépris des droits humains prive le pouvoir de sa légitimité.

 

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