Les banques françaises accroissent la misère des personnes modestes

Pendant qu'Emmanuel Macron prive les Français de 5 euros d'APL - l'équivalent de trois repas - et allège la fiscalité des fortunes, l'Etat laisse faire les dirigeants du secteur bancaire qui aggrave la misère et la précarité de leurs clients les plus modestes pour dégager des marges indécentes au profit des actionnaires.

http://www.60millions-mag.com/2017/10/26/frais-bancaires-pourquoi-les-banques-abusent-de-leurs-clients-en-difficulte-11423

Devoir payer des intérêts lorsqu’un paiement se présente sur un compte pas assez provisionné, rien de plus normal – et personne ne conteste ces agios-ci. Tout pourrait s’arrêter là. Ce n’est pas le cas. Commissions d’intervention, frais de rejet, lettre d’information pour compte débiteur… Les réseaux bancaires ont mis en place une ahurissante mécanique de tarification.

Ce constat pousse aujourd’hui 60 Millions de consommateurs et l’Union nationale des associations familiales (Unaf) à alerter sur ces pratiques qui ne font qu’enfoncer les clients dans leurs difficultés financières. Ce matraquage met les relations avec les conseillers, qui n’ont pas toujours prise sur la situation, sous haute tension.

Voici les raisons pour lesquelles il est temps d’enrayer la machine à facturer les frais pour incidents. Une machine infernale mise en place par l’ensemble des établissements bancaires, à l’exception notable des banques en lignes.

1. Le montant des frais prélevés est exorbitant

En moyenne, un client standard verse chaque année 34 € de frais liés à un solde débiteur, selon les centaines de relevés que nous avons pu analyser. Pour le consommateur en difficulté, c’est presque dix fois plus : 296 € en moyenne, selon les relevés de ceux qui ont demandé une aide aux associations familiales en 2016. Cette année-là, un foyer en difficulté sur cinq a vu s’envoler plus de 500 € !

Les plus fragiles ne sont cependant pas les plus « punis ». Ceux qui touchent 1 000 € par mois versent, en moyenne, 154 €, alors que ceux qui gagnent en moyenne 2 000 € par mois, salariés du public comme du privé ou retraités, sont prélevés de 352 €.

2. La punition est automatisée

Lorsqu’un paiement se présente sur un compte dont le découvert va être dépassé, la banque l’honore en général, car elle y gagne gros : elle prélève des agios proches de l’usure, et surtout une commission d’intervention de 8 € censée rémunérer l’analyse de la situation par le conseiller.

Or, 54 % des conseillers affirment ne pas intervenir eux-mêmes pour facturer cette commission d’intervention, selon une enquête inédite du syndicat CGT Banque Assurance, que 60 Millions révèle dans son magazine de novembre 2017. La plupart du temps, l’ordinateur propose la tarification et le conseiller l’accepte, car la refuser nécessiterait une justification. Au bout de dix commissions, le plafond légal est atteint, et la banque passe alors aux rejets des paiements.

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3. Presque toutes les banques font payer le maximum légal

L’étude révèle un phénomène troublant : à l’exception notable de la Banque postale et des banques en ligne, les frais pour incidents sont exactement analogues dans tous les réseaux bancaires. La commission d’intervention est fixée partout à sa limite légale de 8 €, à l’exception de la Banque postale (6,90 €).

Les frais de rejet de chèque et de prélèvement sont, eux aussi, identiques et au maximum légal. Partout, le rejet d’un chèque coûte 30 € s’il est inférieur à 50 € et 50 € s’il est d’un montant supérieur. Partout, le rejet d’un prélèvement de plus de 20 € est tarifé 20 €. Excepté, là encore, à la Banque postale.

Il n’existe donc quasiment aucune concurrence sur ces prix : impossible ou presque, pour les clients régulièrement ponctionnés, de trouver un établissement moins gourmand. Sauf à choisir une banque en ligne… si elle les accepte.

4. La marge des banques est indécente

Selon nos estimations, l’ensemble de ces frais liés aux incidents de fonctionnement est très rémunérateur. Ils représentent 30 à 35 % du chiffre d’affaires des banques de détail, soit 6,5 milliards de chiffre d’affaires chaque année. Le résultat net est estimé à… 4,9 milliards !

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5. Ces frais provoquent de fortes tensions en agence

Près de 9 conseillers sur 10 estiment que le montant de ces frais occasionne des violences verbales et parfois physiques. Il est donc urgent de protéger de cette incroyable voracité non seulement les clients en difficulté, mais également les conseillers en agence.

 

Sur FRANCE CULTURE :

On ne prête qu’aux pauvres : A la banque, les plus pauvres ne sont pas les moins rentables

C’est pour les plus fragiles que la banque au quotidien est la plus onéreuse. Mais au-delà, et en dépit des mesures préventives prises par les lois Lagarde et Hamon, les plus pauvres demeurent une cible de choix pour le crédit à la consommation.
Les grandes banques françaises ont tous leur filiale tant la manne est importante : Cofinoga, Cetelem et Franfinance sont les plus offensives. Selon le dernier rapport de la banque de France, 217 302 nouveaux ménages sont surendettés en 2016. Au total, ils sont 842 000 contre 688 000 il y a cinq ans.

Banques à guichet fermé

Le métier de la banque a été complètement changé. Il ne correspond plus à ce qu'attendent les professionnels ni la clientèle. La banque coopérative propose une alternative solidaire à la logique majoritaire de  l'ingénierie financière.

Contacts presse :
- 60 Millions de consommateurs : Anne-Juliette Reissier 01 45 66 20 35/ 06 10 63 02 16 aj.reissier@inc60.fr
- UNAF : Laure Mondet : 01 45 95 36 05 / 06 18 17 74 37 lmondet@unaf.fr

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