Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

229 Billets

2 Éditions

Lien 26 oct. 2017

Les banques françaises accroissent la misère des personnes modestes

Pendant qu'Emmanuel Macron prive les Français de 5 euros d'APL - l'équivalent de trois repas - et allège la fiscalité des fortunes, l'Etat laisse faire les dirigeants du secteur bancaire qui aggrave la misère et la précarité de leurs clients les plus modestes pour dégager des marges indécentes au profit des actionnaires.

Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

http://www.60millions-mag.com/2017/10/26/frais-bancaires-pourquoi-les-banques-abusent-de-leurs-clients-en-difficulte-11423

Devoir payer des intérêts lorsqu’un paiement se présente sur un compte pas assez provisionné, rien de plus normal – et personne ne conteste ces agios-ci. Tout pourrait s’arrêter là. Ce n’est pas le cas. Commissions d’intervention, frais de rejet, lettre d’information pour compte débiteur… Les réseaux bancaires ont mis en place une ahurissante mécanique de tarification.
Ce constat pousse aujourd’hui 60 Millions de consommateurs et l’Union nationale des associations familiales (Unaf) à alerter sur ces pratiques qui ne font qu’enfoncer les clients dans leurs difficultés financières. Ce matraquage met les relations avec les conseillers, qui n’ont pas toujours prise sur la situation, sous haute tension.

Voici les raisons pour lesquelles il est temps d’enrayer la machine à facturer les frais pour incidents. Une machine infernale mise en place par l’ensemble des établissements bancaires, à l’exception notable des banques en lignes.

1. Le montant des frais prélevés est exorbitant

En moyenne, un client standard verse chaque année 34 € de frais liés à un solde débiteur, selon les centaines de relevés que nous avons pu analyser. Pour le consommateur en difficulté, c’est presque dix fois plus : 296 € en moyenne, selon les relevés de ceux qui ont demandé une aide aux associations familiales en 2016. Cette année-là, un foyer en difficulté sur cinq a vu s’envoler plus de 500 € !
Les plus fragiles ne sont cependant pas les plus « punis ». Ceux qui touchent 1 000 € par mois versent, en moyenne, 154 €, alors que ceux qui gagnent en moyenne 2 000 € par mois, salariés du public comme du privé ou retraités, sont prélevés de 352 €.

2. La punition est automatisée

Lorsqu’un paiement se présente sur un compte dont le découvert va être dépassé, la banque l’honore en général, car elle y gagne gros : elle prélève des agios proches de l’usure, et surtout une commission d’intervention de 8 € censée rémunérer l’analyse de la situation par le conseiller.
Or, 54 % des conseillers affirment ne pas intervenir eux-mêmes pour facturer cette commission d’intervention, selon une enquête inédite du syndicat CGT Banque Assurance, que 60 Millions révèle dans son magazine de novembre 2017. La plupart du temps, l’ordinateur propose la tarification et le conseiller l’accepte, car la refuser nécessiterait une justification. Au bout de dix commissions, le plafond légal est atteint, et la banque passe alors aux rejets des paiements.
À LIRE AUSSI >>> Quand les banques ponctionnent les morts
 

3. Presque toutes les banques font payer le maximum légal

L’étude révèle un phénomène troublant : à l’exception notable de la Banque postale et des banques en ligne, les frais pour incidents sont exactement analogues dans tous les réseaux bancaires. La commission d’intervention est fixée partout à sa limite légale de 8 €, à l’exception de la Banque postale (6,90 €).
Les frais de rejet de chèque et de prélèvement sont, eux aussi, identiques et au maximum légal. Partout, le rejet d’un chèque coûte 30 € s’il est inférieur à 50 € et 50 € s’il est d’un montant supérieur. Partout, le rejet d’un prélèvement de plus de 20 € est tarifé 20 €. Excepté, là encore, à la Banque postale.
Il n’existe donc quasiment aucune concurrence sur ces prix : impossible ou presque, pour les clients régulièrement ponctionnés, de trouver un établissement moins gourmand. Sauf à choisir une banque en ligne… si elle les accepte.

4. La marge des banques est indécente

Selon nos estimations, l’ensemble de ces frais liés aux incidents de fonctionnement est très rémunérateur. Ils représentent 30 à 35 % du chiffre d’affaires des banques de détail, soit 6,5 milliards de chiffre d’affaires chaque année. Le résultat net est estimé à… 4,9 milliards !
À LIRE AUSSI >>> Assurance-vie : des rendements plus faibles qu’annoncés
 

5. Ces frais provoquent de fortes tensions en agence

Près de 9 conseillers sur 10 estiment que le montant de ces frais occasionne des violences verbales et parfois physiques. Il est donc urgent de protéger de cette incroyable voracité non seulement les clients en difficulté, mais également les conseillers en agence.

Sur FRANCE CULTURE :

On ne prête qu’aux pauvres : A la banque, les plus pauvres ne sont pas les moins rentables

C’est pour les plus fragiles que la banque au quotidien est la plus onéreuse. Mais au-delà, et en dépit des mesures préventives prises par les lois Lagarde et Hamon, les plus pauvres demeurent une cible de choix pour le crédit à la consommation.
Les grandes banques françaises ont tous leur filiale tant la manne est importante : Cofinoga, Cetelem et Franfinance sont les plus offensives. Selon le dernier rapport de la banque de France, 217 302 nouveaux ménages sont surendettés en 2016. Au total, ils sont 842 000 contre 688 000 il y a cinq ans.

Banques à guichet fermé

Le métier de la banque a été complètement changé. Il ne correspond plus à ce qu'attendent les professionnels ni la clientèle. La banque coopérative propose une alternative solidaire à la logique majoritaire de  l'ingénierie financière.

Contacts presse :

puce.gif

60 Millions de consommateurs : Anne-Juliette Reissier 01 45 66 20 35/ 06 10 63 02 16 aj.reissier@inc60.fr

puce.gif

UNAF : Laure Mondet : 01 45 95 36 05 / 06 18 17 74 37 lmondet@unaf.fr

CP-60m-unaf-frais_bancaires.pdf
PDF - 378.6 ko

pdf.png

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Husain, Shahwali, Maryam... : ces vies englouties au large de Calais
Qui sont les vingt-sept hommes, femmes et enfants qui ont péri dans la Manche en tentant de rallier la Grande-Bretagne ? Il faudra des semaines, voire des mois pour les identifier formellement. Pour l’heure, Mediapart a réuni les visages de dix de ces exilés, afghans et kurdes irakiens, portés disparus depuis le naufrage du 24 novembre.
par Sarah Brethes (avec Sheerazad Chekaik-Chaila)
Journal — Éducation
« On veut comprendre pourquoi le collège n’a rien fait »
Près d’un mois après le suicide de Dinah, 14 ans, ses parents ont déposé plainte pour « harcèlement » et accusent le collège de non-assistance à personne en danger. Plusieurs témoins dénoncent la passivité de l’établissement. La direction dément tout dysfonctionnement.
par David Perrotin
Journal
LR : un duel Ciotti-Pécresse au second tour
Éric Ciotti est arrivé en tête du premier tour du congrès organisé par Les Républicains pour désigner leur candidat ou leur candidate à l’élection présidentielle. Au second tour, il affrontera Valérie Pécresse, qui a déjà reçu le soutien des éliminés Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin.
par Ilyes Ramdani
Journal
Étudiants précaires : une petite prime et des bugs
Plutôt que de réformer le système des bourses, le gouvernement a décidé d’accorder une prime inflation de 100 euros aux étudiants boursiers. Les serveurs du Crous n’ont pas tenu le choc, les bugs se sont multipliés et nombre d’étudiants n’ont pas pu faire leur demande dans les délais.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
Le bocal de la mélancolie
Eric Zemmour prétend s’adresser à vous, à moi, ses compatriotes, à travers son clip de candidat. Vraiment ? Je lui réponds avec ses mots, ses phrases, un lien vidéo, et quelques ajouts de mon cru.
par Claire Ze
Billet de blog
« Nous, abstentionnistes » par Yves Raynaud (3)
Voter est un droit acquis de haute lutte et souvent à l'issue d'affrontements sanglants ; c'est aussi un devoir citoyen dans la mesure où la démocratie fonctionne normalement en respectant les divergences et les minorités. Mais voter devient un casse-tête lorsque le système tout entier est perverti et faussé par des règles iniques...
par Vingtras
Billet de blog
Ne lâchons pas le travail !
Alors qu'il craque de tous côtés, le travail risque d'être le grand absent de la campagne présidentielle. Le 15 janvier prochain, se tiendra dans la grande salle de la Bourse du travail de Paris une assemblée citoyenne pour la démocratie au travail. Son objectif : faire entendre la cause du travail vivant dans le débat politique. Inscriptions ouvertes.
par Ateliers travail et démocratie
Billet de blog
L'extrême droite a un boulevard : à nous d'ériger des barricades
Un spectre hante la France… celui d’un pays fantasmé, réifié par une vision rance, une France qui n’a sûrement existé, justement, que dans les films ou dans les rêves. Une France muséale avec son glorieux patrimoine, et moi je me souviens d’un ami américain visitant Versailles : « je comprends mieux la Révolution française ! »
par Ysé Sorel