Comment 2 millions de foyers ont disparu des chiffres sur la précarité énergétique

C’est un tour de passe-passe statistique. Deux millions de foyers sont sortis (comme par magie !) des radars de la précarité énergétique, à la faveur d’un changement de méthodologie. Par Aude Martin 23/11/2018

https://www.alternatives-economiques.fr/2-millions-de-foyers-ont-disparu-chiffres-precarite-energ/00087055

C’est ce qui ressort à la lecture des nouveaux chiffres nationaux, publiés ce vendredi 23 novembre par l’Observatoire national de la précarité énergétique (Onpe), à l’occasion de son troisième colloque national qui se tient à Bordeaux. Des chiffres qu’Alternatives Economiques a pu consulter avant la publication officielle du rapport, ce qui nous a permis de soulever le capot et de comprendre comment le nombre de personnes qui ont froid chez eux a pu, en dépit de toute logique, diminuer de 40 % en l’espace de deux ans. Explications.

Si le nombre de foyers victimes de la précarité énergétique est passé de 5,6 millions en 2016 à 3,3 millions en 2018, c’est parce que l’on a changé de thermomètre Twitter

Si le nombre de foyers victimes de la précarité énergétique est passé de 5,6 millions en 2016 à 3,3 millions en 2018, selon les données de l’Onpe, ce n’est malheureusement pas grâce à un effort sans précédent d’isolation des bâtiments. C’est tout simplement parce que l’on a changé de thermomètre. Dans le nouveau rapport de l’Onpe, seul un indicateur de mesure a été retenu, contre trois initialement.

Le froid passe à la trappe

Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de mieux cerner de quoi il s’agit. La précarité énergétique est définie comme l’incapacité pour un ménage de satisfaire ses besoins en énergie de chauffage à cause de faibles revenus ou de conditions d’habitat précaires.Traditionnellement, la précarité énergétique est mesurée de deux façons : d’une part, sur la base de critères économiques (quels sont les ménages qui consacrent plus de 10 % de leur budget à leur facture énergétique ?) et, d’autre part, sur le ressenti de froid. Etaient ainsi comptabilisés – à juste titre – dans l’enveloppe de la précarité énergétique, les ménages qui déclaraient avoir souffert d’une sensation de froid pendant au moins vingt-quatre heures en raison d’une installation de chauffage défaillante, d’un manque d’isolation ou bien même d’une restriction volontaire pour éviter des coûts excessifs qu’ils ne pourraient absorber. L’ensemble de l’analyse étant restreint aux ménages modestes, c’est-à-dire aux 30 % les plus pauvres de la population.

Sont alors considérés comme énergétiquement précaires, tous les ménages répondant à l’une ou l’autre de ces catégories1. Résultat : 5,6 millions de ménages étaient dans une situation de précarité énergétique en 2016 dans l’Hexagone, soit 12 millions d’individus et 20 % de la population.

Ce changement exclut du comptage tous les ménages qui réduisent « volontairement » leur chauffage pour tailler dans leurs frais, quitte à avoir froid Twitter

Sauf que l’Onpe a décidé cette année de supprimer la composante liée au ressenti du froid. Un changement méthodologique qui est tout sauf neutre, car il a pour conséquence d’exclure du comptage tous les ménages qui réduisent « volontairement » leur chauffage pour tailler dans leurs frais, quitte à avoir froid, et qui se retrouvent, de fait, avec un faible taux d’effort énergétique effectif. Et ils sont loin d’être des cas isolés : au cours des douze derniers mois, 30 % des Français admettent avoir restreint le chauffage chez eux pour alléger leur facture, indique le Médiateur national de l’énergie dans son dernier baromètre. Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement, le nombre de ménages qui se privent de chauffage à cause de son coût a progressé de 44 % entre 2006 et 2013.

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