La pauvreté augmente à nouveau en France

La France compte cinq ou neuf millions de pauvres, selon la définition adoptée. Après avoir atteint un point bas au début des années 2000, le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté augmente à nouveau.

https://www.inegalites.fr/evolution_pauvrete_annuelle

La France compte 5,3 millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian [1] et 9,3 millions si l’on utilise le seuil de 60 %, selon les données 2018 (dernière année disponible) de l’Insee. Dans le premier cas, le taux de pauvreté (la part de personnes pauvres dans la population) est de 8,3 % et dans le second, de 14,8 %.

Après avoir atteint un point bas en 2002-2004, la pauvreté a connu 15 années de lente progression, en dehors d’un court répit entre 2011 et 2013. Au total, entre 2002 et 2018, les taux de pauvreté aux seuils de 50 % et 60 % du niveau de vie médian ont augmenté parallèlement : de 1,6 et 1,7 point respectivement. Le nombre de personnes pauvres a augmenté de 1,4 million pour le premier indicateur (+ 35 %) et de 1,7 million pour le second (+ 23 %). Alors que la croissance tournait déjà au ralenti, la crise financière de 2008 a encore accentué les difficultés économiques des moins bien lotis.

Entre 2012 et 2017, le taux et le nombre de pauvres semblaient malgré tout stabilisés du fait du léger mieux de l’emploi en particulier. Le nombre de personnes pauvres a diminué de 220 000 personnes au seuil de 50 % au cours de cette période. La principale amélioration s’est produite en 2013 et résulte notamment de la hausse de 25 euros mensuels du RSA. Si on utilise le seuil de pauvreté à 60 %, le nombre de personnes pauvres a en revanche augmenté de 129 000 sur ces cinq années. Pour l’année 2018, la forte augmentation est liée en partie à la baisse des allocations logement en 2017. Pour les habitants du logement social, la baisse de niveau de vie a été, il est vrai, compensée par une diminution du loyer, qui ne figure pas dans ces données.

Que s’est-il passé depuis 2018 ?

La situation était déjà délicate avant la crise de la Covid-19. Les premières estimations de l’Insee pour 2019 [2] situent le taux de pauvreté à 14,5 % au seuil de 60 % du niveau de vie médian, soit une baisse de 0,3 point par rapport à 2108. Le taux de pauvreté à 50 % diminuerait de 0,1 point pour se situer à 8,2 %.
Cette amélioration résulterait notamment de l’augmentation de la prime d’activité suite au mouvement des « gilets jaunes ». Attention toutefois à interpréter ces évolutions annuelles avec grande prudence. Les variations sont trop faibles pour être significatives, précise l’Insee qui note que le taux de pauvreté est connu à 0,3 point près.

La crise sanitaire actuelle va avoir un impact majeur. Nombre d’indépendants et de salariés précaires ont vu leurs revenus chuter et vont basculer dans la pauvreté. Comme en 2008, la progression du chômage va alimenter la pauvreté, notamment du fait de la faiblesse des indemnités. Une bonne partie des jeunes n’ayant pas assez cotisé vont se retrouver en grave difficulté. Les générations qui arrivent sur un marché du travail à l’arrêt, sauf les plus diplômés, vont souvent trouver porte close. Les données pour l’année 2020 ne seront connues qu’en 2022, mais on voit mal comment elles pourraient ne pas être marquées par une forte croissance du nombre de personnes pauvres.

 

Prolonger :

Il dort dans sa voiture : 13000 euros d'amendes...

Jeudi 26 Novembre 2020

Olivier Chartrain

Expulsé de son appartement avec une enfant en bas âge, un couple bordelais a vu s’amonceler les PV de stationnement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.