Le Rwanda actuel est trop petit pour Kagame. Sans scrupule, invoquant des raisons de sécurité, il intervient militairement sur le territoire voisin : en 1996-97 déjà, il force le retour des réfugiés hutus et accélère la chute de Mobutu. Depuis lors, s’appuyant sur des groupes de « rebelles » tutsis congolais lui ayant prêté allégeance, le maître de Kigali poursuit deux objectifs. Le premier, absolu, est d’assurer la sécurité, d’écarter la guerre loin de ses frontières, tout en neutralisant des Hutus qualifiés de génocidaires et des compagnons devenus opposants. Le second est de rendre au Rwanda son rang d’autrefois : prospère, indépendant voire dominateur.
Jouant sur les sentiments de culpabilité de l’Occident, cet homme à la fois austère et séducteur a réussi à forcer l’admiration des « grands » de ce monde. A Davos ou ailleurs, il a traité sur pied d’égalité avec Bill Clinton, Boris Johnson et finalement Emmanuel Macron. En 2012 cependant, Barack Obama, dépourvu de tout état d’âme postcolonial, lui intima l’ordre de faire reculer les rebelles et obtint gain de cause.