Comme dans notre dernier billet[1] sur Le Club de Médiapart, on reprend donc notre thème favori : Ici et Là-bas… D’autant plus qu’au chaos là-bas ne peut répondre, pour le moment, que le chaos ici après les deux défaites électorales (Européennes et Législatives) et le coup de poker raté de la dissolution de l’Assemblée nationale, Macron qui, procrastinant face à l’absence d’un gouvernement de plein exercice, nomme enfin Michel Barnier, un « fossile », pour résoudre la crise du Caillou[2].
Pour introduire, par une information picante, notre propos, celui de Macron (en pleine nuit à la sorbonne, en juin 2019) qui avait échappé à toute la presse dans la crise institutionnelle actuelle de la République (mais pas à de bons réseaux dits sociaux) mais remet les pendules à l’heure du maître des horloges. Le journal Le Figaro, curieusement, fut le premier, de la presse quotidienne à tirer[3] avec son article : « Le président ne devrait pas pouvoir rester s’il avait un vrai désaveu » : Emmanuel Macron rattrapé par ses propos de 2019.
Le Canard enchaîné évoquait quelques jours plus tôt[4], bizarrement, que Macron serait prêt à accepter la solution de l’indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie en partenariat avec la France ; pas de preuve apportée à cette hypothèse (ce qui est rare pour cet hebdomadaire) seulement : « La référence aux pieds-noirs lâchés par de Gaulle résume le sentiment actuel de la communauté caldoche à l’endroit de Macron, soupçonné d’envisager sérieusement une indépendance-association de la Nouvelle-Calédonie ». Ça sent les conclusions d’une compilation de micros-trottoirs[5] ; à suivre, avec confirmation ou « Pan dans le bec ! »…
1 – Macron n’a donc pas tiré la conséquence de ses propos de 2019…
Là encore, notre contribution sera très courte : après le buzz pendant les vacances (JO et feuilleton du « Qui sera premier Ministre », avec une floppée de noms, dont les deux prétendus finalistes[6] Xavier Bertrand – de droite – et Bernard Caseneuve – de gauche – seraient peut-être coiffé par un certain Thierry Beaudet, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), convoqué à l’Elysée pour lui proposer (selon L’opinion, l’Obs[7] et d’autres, c’était plié !) le poste de Premier ministre. Le lendemain, c’était, pour beaucoup de commentateurs, moins évident : on pouvait lire partout que « l’hypothèse Thierry Beaudet, elle, s’est éloignée ». Sauf coup de théâtre dont Macron a le secret (demi-coup de théâtre seulement donc...) il ne restait donc que Bertrand et Cazeneuve ; suspense torride qui a pris fin. Le premier aurait été sans doute immédiatement censuré par une alliance NFP-RN ; le second ne l’aurait pas été par le NFP s’il donnait quelques garanties de gauche (ce qu’il prétend réclamer à Macron) et que le PS (même Olivier Faure) admettait à demi-mot, alors que le RN n’appelait alors pas à sa censure. Sauf que le RN, le 4 septembre annonçait [8] également vouloir censurer un gouvernement Cazeneuve, ce qu’il n’avait jamais dit (sauf erreur) explicitement ! Le RN devenait ainsi, astucieusement, le faiseur de roi et bloquait le choix de Macron qui avait pris comme prétexte le refus de Lucie Castets par la possibilité de censure immédiate. Sauf à continuer le foutre le bazar, Macron ne pourrait donc nommer Caseneuve ; l’éventuel lecteur de ce billet auquel la nomination aurait échappé connaît maintenant le résultat des courses.
C’est le RN le l’ultra-droite qui a contraint Macron à nommer un homme de droite pour soutenir sans aucun doute sa vieille politique, alors que la coalition du Front pop avait gagné, grâce au Front républicain qui avait évité la déroute des macronistes ! Tout le monde, quoi qu’il arrive, s’en souviendra.
« Que faire ? » avant cette décision aurait dit Lénine, le père du « centralisme démocratique » dont Macron entre de plus en plus dans le costume. On osait à peine évoquer le dernier qui sortait alors du chapeau des réseaux sociaux[9] : David Lisnard, le Maire de Canne (on voyait déjà d’ici la prochaine une du Canard enchaîné) aux dents très longues et président de l’Association des maires de France (AMF) depuis 2021. L’article cité notait : « Son profil aurait de quoi séduire le RN : alors, le gouvernement ne serait probablement pas censuré […] même s’il se situe légèrement en dehors de la grande coalition social-libérale… [Il serait] prêt à renverser la table ». Le lendemain, exit Lisnard et re-introït Barnier. Ubuesque, abracadabrantesque, sans queue ni tête : une farce à faire rire ; mais, malheureusement, un cauchemar plutôt tragique.
Père Ubu a gagné ; sans commentaire... La Toile vous en dira plus dans les jours qui viennent.
Pas de démission donc après deux graves échecs, Macron se serait donc trompé en 2019, ou on l’avait et l’on a toujours mal compris. Sauf que la candidature d’Édouard Philippe (le roi du timing) annoncée le mardi 3 septembre dans les colonnes du Point pour la « prochaine élection présidentielle » (celle de 2027 ou avant, en cas d’élection anticipée si, d’aventure, Macron démissionnait ?[10]). Après la demande officiel de démission de LFI, de plus en plus de politiques pensent maintenant que le retrait spontané du Président de la République n’est pas impossible. Banier sauvera-t-il le soldat Macron ?
2 – De plus en plus « fin mal barré », le Caillou
On ne traitera ici que seulement deux aspects des dernières nouvelles du Caillou ; juste quelques mots sur les autres aspects, pourtant importants.
Un rapport de l’ONU très controversé
Quatre experts de l’ONU furent, le 20 août, très critiques envers la France[11] ; c’est le moins que l’on puisse dire. Ça plait évidemment aux indépendantistes ; ça ne plait pas, bien sûr, aux loyalistes[12].
Les faits rapportés « sont difficiles à vérifier » indique l’auteur de l’article. Les experts se disent « très préoccupés » par la situation et qualifient « d’excessif » et « d’exclusivement répressif » le comportement des forces de l’ordre et de la justice : « Nous sommes conscients que des actes de violence ainsi que des dommages aux biens privés et publics ont été commis par certains manifestants. Cependant, les moyens utilisés, la gravité des violences rapportées, l’intensité de la réponse répressive et le caractère raciste et discriminatoire de certains actes de violence, ainsi que le nombre de morts et de blessés, d’arrestations et de détentions arbitraires et de disparitions forcées sont alarmants ».
Sur l’aspect institutionnel, ils considèrent le projet de réforme constitutionnelle dégelant le corps électoral, comme une « tentative de démantèlement de l’Accord de Nouméa » qui ferait, « sauter l’un des fondements » de cet accord ; en outre, ils remettent en cause la légitimité du résultat du troisième référendum du 12 décembre 2021, tenue « en plein deuil coutumier observé par le peuple kanak » (à la suite de l’épidémie de Covid-19).
Je suis tout à fait d’accord avec ces déclarations ; de même qu’avec leur conclusion qui demande au gouvernement français « d’engager rapidement un dialogue avec le Comité spécial de la décolonisation et les institutions coutumières kanak pour trouver une solution pacifique au conflit » et d’abroger le projet de loi constitutionnel (pour le moment seulement suspendu). Je pense également que l’action du procureur local de la République (Yves Dupas) ne fut pas loin, et très rapidement, de pratiquer la « criminalisation de défenseurs des droits de l’homme kanak par l’application abusive du droit pénal ».
Cependant, les « allégations », selon leurs propres termes, de « violences à caractère raciste commises par des milices armées, qui ont causé la mort de trois manifestants » interrogent ; non pas pour l’existence de ces milices gentiment nommées « voisins vigilants » d’ailleurs approuvés au début des émeutes par le Haussaire Louis Le Franc pour suppléer, provisoirement, à la faiblesse en effectifs des forces de l’ordre[13]) mais pour leur caractère raciste. Il en est de même pour l’allégation de « disparitions forcées » de Kanak.
Bien sûr, les loyalistes radicaux considèrent que la déclaration des quatre experts de l’ONU est une « faute politique grave [ … qui] jette durablement l’opprobre sur le travail, jusqu’alors respectable, des Nations Unies sur le dossier calédonien au travers du comité de décolonisation (C24) ». Naturellement, la plupart des indépendantistes s’en réjouissent[14] : le groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès « tient à féliciter le travail des quatre experts indépendants des droits de l’homme, mandatés par l’Organisation des Nations unies (ONU), afin de rendre compte - en toute impartialité - de la situation des droits de l’homme en Nouvelle-Calédonie et de fournir des conseils en la matière ».
Une mission du Forum des Îles du pacifique (FIP) sur le Caillou ? Pour le moment, c’est raté !
C’était prévue, demandée par le Président indépendantiste du gouvernement calédonien (Louis Mapou) et acceptée par l’État, une « mission d’enquête de haut niveau » pour aider à résoudre la crise (bref : le début d’une quasi-guerre civile qui a fait onze morts. …). Elle ne serait que reportée[15].
Ce qui n’est pas anodin (voir le point suivant) : un invité surprise était présent à la réunion du FIP aux Îles Tonga tenu fin août[16].
L’Azerbaïdjan soutient les mouvements anticolonialistes, dont celui de la Kanaky…
C’est de bonne guerre contre cet ami de Poutine qui, comme ce dernier n’aime pas la France en préférant l’Arménie : un gros buzz en Métropole ; un plus petit sur le Caillou. On laisse le lecteur se faire une idée sur cette question[17].
Mais les deux coups de tonnerre à quelques jours près (fin août) nous semblent bien plus important pour l’avenir de la Kanaky Nouvelle-Calédonie.
21 – Le premier, le plus visible mais peut-être sans grande conséquence (cependant à voir…) est l’élection d’un membre de l’Éveil océanien (l’ÉO, parti centriste de la communauté wallisienne-futunienne faiseur de roi depuis 2019) à l’élection le 29 août 2024 du Congrès de Nouvelle-Calédonie (l’organe législatif du Pays)
* L’élection, dite surprise, au Congrès
L’indépendantiste historique de l’Union calédonienne, Roch Wamytan, du parti Union Calédonienne et président du Congrès de Nouvelle-Calédonie depuis 2019 (grâce aux voix de l’ÉO[18]) est battu le 29 août à l’élection par Veylma Falaeo grâce au report de voix des non-indépendantistes[19]. Ce qui est décrit par tous comme un coup de tonnerre, dans un ciel cependant orageux, était en fait prévisible (mais, à ma connaissance, non prévu…) pourquoi ? Si l’ÉO présentait un candidat ; ce qu’il a donc fait, sans l’abandon de tous les loyalistes au deuxième tour, Wamytan aurait été évidemment élu avec la majorité relative au troisième tour ; d’où l’attitude des loyalistes !
Cerise sur le gâteau, c’est une femme qui a gagné : « C’est avec fierté, celle de porter la voix des femmes, des Calédoniennes à cette présidence qui, jusqu’à présent n’a été que masculine ».
* Pour quelle raison les non-indépendantistes ont-ils permis cette élection ?[20] Et quelles sont les réactions des indépendantistes ?
On vient de répondre à la première question ; leur réponse confirme. L’article note : « "Plusieurs raisons", explique Gil Brial, à l’origine d’une suspension de séance entre les deux tours, ce jeudi 29 août, au Congrès. Leur candidate venait alors de recueillir 19 voix sur 54, contre 26 pour Roch Wamytan (groupes indépendantistes), 6 à Philippe Dunoyer (Calédonie ensemble) et 3 à Veylma Falaeo (Éveil océanien) ». La seule véritable raison était de « Tout faire pour que Roch Wamytan ne soit pas réélu » ; le reste est littérature (« première étape de la reconstruction […] ; sortir d’une logique indépendantistes / loyalistes). Et aucun accord préalable n’a eu lieu (certains en doutent pourtant ; ils ont probablement tort, PC) : « Non, assure Gil Brial. On a pris nos responsabilités tout seuls ». C’est pour ça que j’ai demandé cette suspension de séance. Je voulais faire le point avec le Rassemblement et Calédonie ensemble ». Unité retrouvée entre loyalistes radicaux et centristes, malgré tous les noms d’oiseaux !
Les autres réactions des loyalistes radicaux vont dans le même sens, insistant sur le soutien de Rock Wamytan aux réunions et contacts en Azerbaïdjan et pour certains propos qu’il aurait tenus. Calédonie ensemble note, à cause de la convention signée avec l’Azerbaïdjan, « Notre avis, c’est qu’il a, sans prévenir le Congrès, commis une dérive » ; mais, en concurrent centriste de l’ÉO, défend aussi « un message d’espoir dans le vote pour Veylma Falaeo. L’espoir que l’on sorte collectivement de nos tranchées politiques et qu’on essaye de créer une nouvelle dynamique… ».
Les indépendantistes (qui, malgré leurs profonds désaccords – voir plus loin – ont tous voté pour Wamytan, sont « surpris » et surtout gênés[21] admettant « un certain nombre d’alertes » dont la démission du gouvernement, la veille, d’un élu de l’ÉO pour siéger au Congrès (ce qui, à mon avis, ne change rien et ne remet d’ailleurs pas en cause la survie du gouvernement toujours à dominante « océanienne »). Jean-Pierre Djaïwé, président d'un groupe grand rival de l’Union calédonienne, pense qu’il s’agit « d’une stratégie bien préparée d’avance. Ce n’est pas le fruit du hasard, ça a été voulu ».
* Cette élection remet-elle en cause le gouvernement d’union entre indépendantistes (largement dominants) et l’ÉO faiseur de roi ? Peut-être, mais pas si sûr…
L’un des articles cités affirme que la majorité au gouvernement a « volé en éclats jeudi » ; c’est possible mais pas encore réalisé. L’article continue : « Bien que le mouvement [l’ÉO, PC] ait pris récemment position pour "un partenariat externe programmé avec la France"[22], l’Éveil océanien ne se veut "ni indépendantiste, ni non-indépendantiste" ». Ainsi, Veylma Falaeo, hésite entre deux lignes, mais semble préférer à la (presque) indépendance-association, une véritable ligne médiane, ce qui est bien différent[23] : « Affirmer et démontrer l’existence de la voie médiane » ; elle ne pouvait évidemment cracher dans la soupe, ayant été élue, probablement sans le vouloir, grâce aux voix loyalistes, celle des radicaux et des centristes de Calédonie ensemble.
La prévision de chute probable du gouvernement est émise par un géopoliticien du Caillou bien connu des téléspectateurs lors des élections : Pierre-Christophe Pantz[24] : « Au lendemain de l’élection de Veylma Falaeo à la présidence du Congrès, tous les regards se tournent désormais vers le gouvernement où l’hypothèse d’un renouvellement prend de plus en plus d’épaisseur ». Ce n’est politiquement certes pas impossible, mais juridiquement (et il donne toutes les possibilités de chute du gouvernement) il n’y a rien de certain. Par ailleurs, la démission (la veille de l’élection au Congrès) d’un membre de l’ÉO n’entraîne en aucun cas la chute du gouvernement ; il a s’ailleurs été remplacé par un élu du Rassemblement démocratique océanien, parti indépendantiste membre du FLNKS.
22 – Le second coup de tonnerre, dont les conséquences sont plus évidentes, est l’éclatement du FLNKS : la division des indépendantistes est maintenant (définitivement, probablement ?) actée
* Rien n’allait plus depuis longtemps au sein du FLNKS, le Front de libération nationale kanak et socialiste[25]…
Depuis le 13 mai 2024, la rupture devenait évidente : la CCAT[26] en fut la principale (mais pas la seule) pierre d’achoppement.
Déjà, le congrès raté[27] (et donc reporté) du 15 juin à Koné (à cause de la présence en force de la CCAT et des harangues de son leader Christian Téin (arrêté peu après, avec d’autres, le 19 août) l’annonçait ; l’UC proposa ensuite que la CCAT soit reconnue par tout le FLNKS[28], avec le soutien implicite du RDO. L’UC, dans sa conférence de presse du 21 août donnait le bilan de son comité directeur du 17 août : soutien à la CCAT (« reconnue comme un outil de mobilisation de terrain par le FLNKS […] il y a eu des débordements, mais c’est une mobilisation politique pacifique avant tout. Les choses sont faites aujourd’hui, et il ne faut pas recommencer) mais aussi abandon du projet de loi sur le dégel du corps électoral, retour des prisonniers et pleine souveraineté ».
À demi-mot, Téin fut envisagé comme président du FLNKS au congrès du 31 août…
Les deux autres partis du FLNKS (Palika et MPC, de l’UNI) furent, dès la fondation de la CCAT, très critiques à cette organisation ; mais Paul Néaoutyine (dont la parole est très rare) président depuis belle lurette de la Province Nord et personnalité éminente du Palika, mit les points sur les i par deux interventions cinglantes dans deux communiqués le 24 août[29]. Il n’y alla pas de main morte en affirmant que ce décès « relève de la responsabilité des relais CCAT concernés ainsi que de leurs donneurs d’ordre qui se couvrent du drapeau Kanaky et usurpent le sigle FLNKS dans une “stratégie du chaos” décidée par une seule composante du front indépendantiste ». Bref, c’est une attaque en règle contre les récentes déclarations de l’UC sous couvert d’un problème local !
Et il alla plus loin en appelant l’État à dégager les blocages annoncés : il « dénonce cette opération décidée unilatéralement et contraire aux aspirations de notre population […] et « interpelle dans ce sens les services compétents de l’État pour dégager les points de blocage annoncés et permettre la libre circulation, notamment pour le transport scolaire ».
Cette critique de la CCAT a sans doute beaucoup plus aux loyalistes, nettement moins à l’UC[30] : la vraie guerre était ouverte ; et on voit mal le prochain armistice, et encore moins un traité de paix…
* La scission arrivait et arriva…
Deux partis fondateurs du FLNKS, l’UPM et le Palika, déclareront peu après qu’ils ne participeraient pas au congrès du FLNKS de Koumac le 31 août[31], estimant simplement que « les conditions actuelles n’étaient pas propices à des discussions sereines ».
Mais le congrès du FLNKS s’est ouvert à Koumac, comme prévu[32], le vendredi 30 août après-midi avec l’UC, le RDO, la CCAT, les « groupes de pression » et les nationalistes, sans le Palika et l’UPM donc. Le Palika a immédiatement évoqué une « instrumentalisation (…) sous le prétexte de l’unité à tout prix. […] La teneur et les objectifs des actions engagées par l’UC au travers de la CCAT, sans concertation avec les composantes du FLNKS, ne correspondent pas avec la vision qu’il porte ».[…] Ce rassemblement ne peut pas être un congrès du FLNKS, ce qu’il en sortira n’engagera en aucun cas le Palika ». Le quotidien La voix du Caillou (pas vraiment indépendantiste) titra cependant, sans doute avec humour, que ce congrès se réunissait sous le slogan : « Notre unité est la clé pour obtenir la pleine souveraineté de Kanaky ».
L’ordre du jour était d’abord (défini le jeudi précédent à Dumbéa) dans le cadre de la construction d’une « unité qui permettra à notre pays de se libérer du joug colonial français » d’évoquer la « gouvernance du FLNKS », en fait essentiellement de porter Christian Téin (maintenant donc emprisonné en France depuis le 24 juin) pour son rôle présumé dans les émeutes, à la présidence du Front ; le reste présente peu d’importance[33].
Le bilan du congrès est assez bien résumé par BFMTV (avec l’AFP) ; on sent néanmoins que les indépendantistes ne sont pas en odeur de sainteté[34] ; le titre de l’article est déjà tout un programme : « En tant que leader de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), il [Téin] est mis en examen notamment pour complicité de tentative de meurtre et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime ». Mais il présente aussi quelques précisions en indiqaunt que « Les militants louent le "leadership" et le côté "rassembleur" de cet homme de terrain issu d'une famille animée par la cause de l’indépendance [35]. Tout est enfin dit par : « La désignation du leader kanak s’est faite en l’absence des deux autres composantes du FLNKS : le Parti de libération kanak (Palika) et l’Union progressiste mélanésienne (UPM). En raison de divisions internes et de dissensions quant au rôle de la CCAT, ils avaient annoncé leur refus de participer au 43e congrès du Front vendredi et samedi à Koumac, dans le nord de l’archipel français. L’un comme l’autre avaient également prévenu qu’ils ne reconnaîtraient pas les motions politiques issues de la réunion ».
* Les réactions politiques à ce Congrès et à la nomination de Téin à la présidence de ce qui reste du FLNKS, sont évidemment opposées[36].
Bien sûr déjà au sein des indépendantistes.
Le RDO, les indépendantistes wallisiens-Futuniens – rappelons qu’au même moment (voir plus haut) un membre de l’Éveil océanien avait chipé la place de Président du Congrès à un indépendantiste – se félicite, par la voix de Laurie Humuni, secrétaire générale du mouvement « d’avoir pu positionner un chef de file. C’est une demande qui a toujours été faite par le RDO au sein du FLNKS. Avoir un président, c’est aussi en lien avec notre façon de vivre et nos coutumes. On a toujours eu un chef pour pouvoir nous guider, nous diriger et surtout apporter la paix dans notre pays »[37]. Le patron de l’UPM, Victor Tutugoro, lui répond que son parti « ne se reconnaît pas dans les décisions prises » et déplore « une étape de plus franchie par l’organisation au nom du FLNKS, en sachant très bien que des composantes sont absentes ». Il n’écarte pas le risque d’une « implosion du FLNKS puisqu’un certain nombre de militants ne se reconnaissent plus » dans les positions adoptées. Mais il va très loin, ignorant la présomption d’innocence en affirmant, concernant Téin « … alors qu’on sait très bien que c’est le responsable de la CCAT, des émeutes, des destructions et incendies qui ont été commis ces derniers mois et qui continuent encore ». Je pense qu’il aurait pu éviter cette sortie… Charles Washetine (du Palika) est moins vif, rappelant que le FLNKS fonctionnait « de manière collégiale depuis 2002 », il s’interroge : « Qu’est-ce que cette nomination apporterait de plus ? […] Il y a des sujets qu’il faut impérativement traiter, notamment la reconstruction du pays, donc il faut sortir de la crise de manière prioritaire et c’est ce qu’on a demandé au FLNKS ».
Les anti-indépendantsites radicaux ne donnent pas dans la dentelle. Les Loyalistes et le Rassemblement pointent une « funeste provocation qui constitue un point de non-retour. […] Le FLNKS, noyauté et absorbé par la CCAT, ne peut plus être considéré comme un interlocuteur légitime par les Loyalistes et le Rassemblement-LR ». Virginie Ruffenach, la présidente du groupe Rassemblement se pose la question de « savoir si le FLNKS existe encore quand les décisions sont prises sans le Palika et l’UPM [et si le front reste] un interlocuteur d’avenir et reconnu par l’État si Christian Tein est à la tête de cette mouvance ». Selon Nicolas Metzdorf, « l’UC et le RDO ont totalement sombré », les deux partis indépendantistes « ne sont définitivement plus crédibles et n’entrent plus dans le champ démocratique. […] Toute collaboration avec des élus de ces partis politiques est désormais impossible ». Sonia Backès ferme le ban se demandant si c’est « La fin du FLNKS ? ». Elle en est convaincue : « L’élection de Christian Tein à la présidence du FLNKS fait voler le Front en éclat, le Palika et l’UPM, [ayant] affirmé ne pas être engagés par les décisions qui seraient prises à ce congrès. […] Ce qui est certain c’est que désormais, pour les procédures judiciaires il n’y a plus de doute sur l’imbrication entre les commanditaires UC et CCAT ».
Le parti de Philippe Gomès, Calédonie ensemble (CE) a mis un peu plus de temps à réagir ; et curieusement de façon décalée[38]. Histoire de garder une position centriste originale ? CE semble de ficher comme d’une guigne de Christian Tein élu président du FLNKS ; mais regrette que la motion (prise par « la moitié du FLNKS ») que la crise sanitaire qui « déferle » sur la Nouvelle-Calédonie ne soit pas évoquée[39]. Le centre des préoccupations de CE est en effet de plus en plus l’économique et le social ; mais l’institutionnel n’est pas oublié quand il est question dans la motion du Front « de renouer le dialogue uniquement avec l’État colonial et de négocier les modalités d’accession à la pleine souveraineté. […] un retour en arrière […] qui nie l’existence d’un peuple calédonien[40] ».
Bilan et perspectives
Tout est dans le titre de ce billet ; mais le buzz qui va suivre cette nouvelle (attendue depuis si longtemps…) de la nomination de Michel Barnier et de ses conséquences sera à la portée de tous les lecteurs ; mais le buzz sera sans aucun doute plus discret concernant l’évolution de la situation sur le Caillou, sauf reprise de la quasi-guerre civile… La date du 23 septembre est sans doute à surveiller comme le lait sur le feu, l’UC persistant à déclarer de façon unilatérale l’indépenadnce, contre l’avis de l’UNI.
En outre, l’agression violente inacceptable de deux élues loyalistes au Congrès du Caillou, Virginie Ruffenach et Laura Vendegou en déplacement samedi 31 août sur l’Île des Pins (au sud de la Grande Terre) montre que la situation est loin d’y être stabilisée[41] ; elle s’est produite bien après l’incendie de la maison de l’indépendantiste, Victor Tutugoro fin juin. Tous les partis s’insurgent évidemment contre ces violences inadmissibles ; Calédonie ensemble également, mais « en même temps », en bon centriste, critique la décision de Sonia Backès et de la Province Sud de suspendre un temps ses services sur cette Île des Pins[42] : « Pour autant, on ne peut répondre à une atteinte à la République, par une autre atteinte à la République. En effet, la présidente de la province Sud a annoncé, dans un communiqué en date du 2 septembre dernier, sa décision de fermer l’ensemble des services provinciaux en activité sur l’Île des Pins – aérodrome et dispensaire compris – durant cinq jours pour "sensibiliser la population ainsi que les autorités coutumières à la gravité de la situation" ».
Rappelons, pour finir, que la fameuse route qui mène vers le Vallon-Dore (quartier de la commune du Mont-Dore au sud de Nouméa (et vers le Grand sud) est maintenant coupée par les forces de l’ordre par deux « verrous » pour isoler la portion qui passe par la fameuse tribu kanak de Saint-Louis où la gendarmerie a du mal (c’est une litote) à intervenir efficacement. Le terme fameux se réfère à la très longue histoire de l’insécurité de ce secteur qui reste le aujourd’hui en Kanaky le pendant des irréductibles copains d’Astérix le Gaulois.
La quasi-guerre civile s’est certes apaisée, mais il reste des zones de non-droit ; l’Île des Pins censée être la plus proche du paradis est devenue, selon Sonia Backès, exagérant toujours, la plus proche de l’enfer.
Notes
[1] Daté du 12 août 2024, Pas de nuit du 4 août en France, et Kanaky Nouvelle-Calédonie toujours fin mal barrée ; voir :
Comme d’hab’, on rappellera au nouveaux lecteurs quelques informations qui auraient pu leur échapper ; et avec, pour éviter de trahir les pensées, de nombreuses citations, trop de notes de bas de page et trop de points-virgules…
[2] Écouter sur France Culture l’émission du 30 août 2024, Nouvelle-Calédonie : l'impasse ? (Série Douce France) :
Rien de bien nouveau sous le soleil ne ressort de cette longue heure d’émission, introduite par « un tableau d’apocalypse » de l’économie calédonienne brossée par Mimsy Daly, la présidente du Medef calédonien, aux universités d’été de l’organisation patronale, qui se tenait en ce début de semaine, à Paris. ; Jean-Jacques Urvoas, ex-garde des sceaux d’un gouvernement de gauche et connaissant bien le Caillou avec ses propositions (un peu bizarre…) d’une fédération entre la Calédonie et la France, y insiste sur ce double chaos actuel et ses origines.
Voir le vieil article du 27 juillet 2017 de la matinale radio sur NC 1ère :
Urvoas en rajoute aux différentes analyses dont celle du rapport de Jean Courtial et de Ferdinand Mélin-Soucramanien de 2014 (avec quatre scénarios possibles pour la sortie de l’Accord de Nouméa) : le grand classique de l’ « État-associé » (indépendance-association dite pleine souveraineté avec partenariat selon Courtial et Mélin-Soucramanien) et « l’État-fédéré », en effet plus bizarre…
Quant au terme fossile, pas très gentil, nous l’ empruntons à Monsieur Jean-Philippe Tanguy (député RN fraichement élu de la circonscription où je réside) qui estime qu’on fait « du Jurassic Park en permanence. [...] On va rechercher des fossiles à qui on essaie de redonner vie » ; voir, le 5 septembre sur France Inter :
Pourtant, le même jour, le RN déclare juger sur pièce : la censure du gouvernement Barnier par les députés de ce parti n’est donc pas évidente ; d’où le choix contraint (voir plus loin) de Macron.
[3] Le 30 août 2024 ; voir l’article de Martin Lagrave :
Cet article est lui-même tiré d’un scoop de la journaliste Claude Ancelin du 29 août de QG le média libre (@LibreQg) sur X (ex-Twitter) ; voir donc l’original :
https://x.com/alancelin/status/1829247079425966241
La nouvelle est reprise par le journal Libération du 30 août, CheckNews, Emmanuel Macron a-t-il déclaré que « le Président ne devrait pas pouvoir rester s’il avait un désaveu en termes de majorité » ? Voir :
Europe 1 s’y est mis, et beaucoup d’autres sur la Toile ; mais pas trop de buzz dans la bonne presse.
[4] Voir l’édition du mercredi 28 août 2024, avec un gros article (en page 3) d’Olivier Picard, Les Caldoches font une grosse dépression à Nouméa. « C’est fini ! se désole un entrepreneur loyaliste pourtant proche de Sonia Backès, la présidente (Renaissance) de la province Sud et ex-sous ministre à la Citoyenneté d’Elisabeth Borne. On est comme en Algérie en 1961 ».
[5] L’article rajoute (mais en prenant là des précautions en utilisant le conditionnel : « D’ici à la fin de l’année, 10 000 habitants sur les 270 000 que compte l’archipel, pourraient fuir vers l’Australie, la Polynésie et, surtout, la métropole ».
[6] On ne compte plus les noms cités ; je prépare une nouvelle uchronie avec plusieurs scénarios comme premier ministre : dont Tintin secondé par le capitaine Haddock à la santé ; un certain prénommé Adolf, comme dans le livre Il est de retour (Er ist wieder da ) du roman écrit par l’Allemand Timur Vermes en 2011 et repris en film en 2015 ; on pourrait également rajouter l’ancien anar Daniel Cohn-Bendit, secondé par François Bayrou…
[7] Voir le Nouvel Obs’ du 2 septembre : « Ils ont échangé tout au long du week-end et se sont même rencontrés physiquement à deux reprises. Dimanche soir, Thierry Beaudet a donné son accord au président de la République pour Matignon. Thierry Beaudet a accepté cette fonction à la condition de "pouvoir donner un coup de barre à gauche", précise un proche ».
[8] Voir l’article du Huffpost du 4 septembre en début d’après-midi qui remet une nouvelle fois les pendules à l’heure, Comment Emmanuel Macron s’est piégé tout seul avec son critère de « non-censure » du futur Premier ministre :
https://fr.news.yahoo.com/emmanuel-macron-s-pi%C3%A9g%C3%A9-seul-104510165.html
Il vaut mieux lire le début de l’article pour tout comprendre du raisonnement du Huffpost :
« POLITIQUE - Le poison de l’inertie est concentré dans une formule, distribuée à la presse en amont du premier tour des consultations pour Matignon vendredi 23 août. Il s’agissait de fixer comme condition à toute nomination la capacité d’obtenir "une majorité large et stable" à l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron avait alors dévoilé son jeu. Ce ne sont pas les députés qui jugeront sur pièce le projet d’un Premier ministre, comme ceci est pourtant prévu par les institutions. C’est le chef de l’État qui, sur la foi de ce que voudront bien lui dire les partis représentés au Parlement, élimine d’avance les candidatures qu’il juge promises au crash face à la représentation nationale. La candidature de Lucie Castets a officiellement été écartée pour ce motif, même s’il est évident que le projet de "rupture" portée par la candidate du NFP constitue la véritable cause de sa révocation, comme le rapportait L’Express.[…] Or, ce qui a permis à Emmanuel Macron de déguiser sa décision politique en censure préalable au nom de la "stabilité institutionnelle" », s’est paradoxalement retourné contre lui ».
[9] Voir (le 4 septembre vers midi) le site Linternaute.com (Lintern@naute.com) du groupe de presse du Figaro, avec son article David Lisnard Premier ministre ? Pourquoi il incarne désormais une option :
Mais aussi (en fin d’après-midi) La Voix du nord, nettement plus critique, qui indique que cet éventuel PM ne déplairait pas à certains du RN : « Mercredi matin, sur LCI, Sébastien Chenu, vice-président du RN, a indiqué qu’il attendait un "Premier ministre qui respecterait les oppositions […] Il y a des gens qui se comportent bien dans la vie politique. Jean-Louis Borloo, par exemple, avec qui on a des vraies différences d’approche et qui se comporte bien. David Lisnard aussi", a-t-il ajouté ».
Et Gala n’est pas en reste, nettement plus objectif, avec son Emmanuel Macron et le nouveau Premier ministre : cet homme de droite qui pourrait créer la surprise : « Deux mois après les élections législatives, cet homme politique de droite pourrait prochainement être nommé chef du Gouvernement, selon nos confrères de BFMTV » et « David Lisnard pressenti comme Futur Premier ministre : une nomination imminente » ; voir :
Il en est d’autres, mais, curieusement, tous les moteurs de recherche ne donnent pas ces informations pourtant brûlantes ; et le quotidien Le Monde d’expliquer même (après des questions de lecteurs) pourquoi il ne les cite pas…
[10] Voir l’article du 3 septembre :
L’article indique « "Je me prépare pour proposer des choses aux Français. Ce que je proposerai sera massif. Les Français décideront. […] J’y souscris", a insisté Édouard Philippe, se disant prêt, y compris en cas d’élection présidentielle anticipée ».
[11] On aime bien l’article de Renaud Dély du 2 septembre, où l’Elysée, et son roi du « En même temps » aurait inventé le néologisme : « coalitation » ; coalibitation aurait été plus drôle, contenant alibi, libi (sans do) et bitation. Voir :
[12] Voir, sur le quotidien Les Nouvelles calédoniennes (LNC) du 21 août, les réactions à une déclaration officielle publiée sur le site du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme :
Voir aussi, en français, le communiqué de l’ONU, France : Les experts de l'ONU s’alarment de la situation du Peuple Autochtone Kanak dans le territoire non autonome de Nouvelle-Calédonie :
Ce communiqué comporte une coquille (si ce n’est une belle boulette…) en écrivant : « Le ministère français de l’Intérieur a élaboré et présenté un autre projet de loi, connu sous le nom de "projet Marty", qui menace de démanteler les autres acquis majeurs de l'Accord de Nouméa liés à la reconnaissance de l’identité Autochtone Kanak, des diverses institutions coutumières Kanakes, ainsi que du droit coutumier, et des droits fonciers" ». Il s’agit du fameux Document « martyr » de septembre 2023…
Pour le lecteur à qui ce document aurait échappé, voir, sur Nouvelle-Calédonie la 1ère du 13 septembre 2023, Avenir institutionnel : NC la 1ère dévoile le projet d’accord proposé par l’État dans le document « martyr » :
C’est, après la farce tragique du troisième référendum d’autodétermination, une autre provocation de l’État.
[13] Le communiqué de presse de l’ONU indique : « Le fait qu’aucune mesure n’ait été prise par les autorités pour démanteler et poursuivre ces milices soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’état de droit ».
[14] Voir sur LNC du 22 août :
[15] Voir sur France Info du 21 août, Nouvelle-Calédonie : une mission du Forum des îles du Pacifique reportée en raison de désaccords entre Paris et Nouméa :
Le FIP est une organisation de 18 États indépendants, Territoires associés et colonies, dont la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française ; on peut en savoir un peu plus sur :
Forum des îles du Pacifique — Wikipédia (wikipedia.org)
[16] Voir, le 29 août :
et, le 26 août :
[17] Un « Congrès des colonies françaises » et la création d’un « Front international de libération des colonies françaises », surtout créé par le BIG, le Baku Initiative Group, ce n’est pas rien ! Voir, le 19 juillet :
Nicolas Metzdorf, avait saisi la procureure de la République de Paris, invoquant des faits supposés de « trahison ». De même, le parti loyaliste centriste Calédonie ensemble n’était pas content ; voir le 19 juillet :
[18] D’abord soutien des loyalistes mais ayant déjà permis l’élection de Wamytan au perchoir puis celle de l’indépendantiste Louis Mapou permettant le second gouvernement avec un président indépendantiste (le premier, celui de Jean-Marie Tjibaou en 1982, fut aussi le résultat d’un changement d’alliance des centristes de l’époque ; voir nos billets précédents). Depuis, au grand dam des loyalistes, une « majorité océanienne » est au gouvernement, soutenue par les quelques députés de l’ÉO ; cependant après quelques mois de lutte acharnée entre les deux principaux mouvements indépendantistes.
[19] Voir l’article de SudOuest.fr avec l’AFP du 29 aout :
« Roch Wamytan était largement arrivé en tête au premier tour avec 26 voix contre 19 pour Naïa Wateou, candidate des Loyalistes et du Rassemblement-Les Républicains (non-indépendantistes), six pour Philippe Dunoyer (Calédonie ensemble, non-indépendantiste) et seulement trois pour la future présidente, Veylma Falaeo […] Mais au deuxième tour, les candidats non-indépendantistes se sont désistés et ont porté leurs voix sur la représentante de l’ÉO, qui a obtenu 28 voix des 54 voix du Congrès ».
[20] C’est en gros le titre de l’article suivant du 29 août :
Voir aussi le replay de NC 1ère :
[21] Voir :
[22] Ce n’est pour l’ÉO qu’une « presque indépendance-association » ; voir mon billet précédent. « Dans un discours à l’issue du vote, continue l’article, Veylma Falaeo a expliqué que son parti avait choisi "d’affirmer et de démontrer l’existence de la voie médiane dans cet hémicycle", reprochant ensuite aux indépendantistes d’avoir favorisé la lutte pour l’indépendance au détriment du progrès social ». Il s’agit (selon moi, PC) d’une vieille rengaine centriste.
[23] Voir aussi sur Franceinfo du 29 août :
[24] Voir :
Pierre-Christophe Pantz (@pierrepantz) / X
Il a mis un temps infini, lors de l’émission spéciale sur les élections législatives du Caillou (sur Calédonie la 1ère ) pour donner son seul résultat intéressant : 53 % pour les listes indépendantistes.
[25] Pour les nouveaux lecteurs ou pour une piqûre de rappel, voir l’article très récent :
Front de libération nationale kanak et socialiste — Wikipédia (wikipedia.org)
Le FLNKS rassemblait (avant son Congrès du 31 août 2024) seulement quatre partis : l’Union calédonienne (UC) et le Rassemblement démocratique océanien (RDO, les seuls rares indépendantistes de la communauté wallisienne-futunienne) ainsi que deux partis membres de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), le Parti de libération kanak (Palika) et l’Union progressiste en Mélanésie (UPM). Le Palika, se disant marxiste-léniniste, avec un emblème évocateur
était considéré plus à gauche que l’UC (pas le moins du monde marxiste) ; l’ordre s’inverse depuis un certain temps… Les oppositions sont en fait fondamentalement électorales.
Une myriade d’autres organisations et partis indépendantistes étaient par ailleurs autonomes.
[26] La CCAT est la Cellule de coordination des actions de terrain dirigée par Christian Téin (issue de l’Union Calédonienne, l’UC) ; elle fut de plus en plus critiquée par le Parti de libération Kanak (Palika).
Christian Téin (dit « Tonton Bichou », le patron de la CCAT) et d’autres de ses leaders sont accusés de tous les maux par les loyalistes et l’État ; Téin et quelques autres, accusés d’être responsables des exactions commises lors des émeutes, sont mis en examen et certains déportés en Métropole (voir nos précédents billets) ; mais, pourtant, la CCAT ne fut pas dissoute.
[27] Voir l’article (pour une fois curieusement lisible pour les non-abonnés) de la Voix du Caillou (pas vraiment indépendantiste…) du 18 juin, intitulé Ça aura été l’évènement politique du week-end : la suspension puis le report du congrès extraordinaire du FLNKS. Jamais dans son histoire, le Front ne s’était retrouvé dans une position aussi délicate et inconfortable :
Le FLNKS au sortir d’un congrès reporté - La Voix du Caillou
Y est évoqué un « Coup de force ? […] Les débats ont été tendus, notamment parce que l’Union calédonienne, créatrice de la CCAT, souhaitait que la cellule soit intégrée au FLNKS, position à laquelle le Palika s’est opposé mordicus. Et par ailleurs, comme nous le relations dans notre édition de lundi, le responsable de la CCAT Christian Tein, haranguant les militants, n’a pas caché que si le désir de ceux-ci était de “prendre le FLNKS” et bien la CCAT “l’assumerait”. La CCAT, y compris dans sa motion de l’AG d’Azareu, ne cesse de vilipender les responsables du FLNKS, assurant qu’ils ne sont plus représentatifs du peuple kanak. La “prise du FLNKS” s’inscrirait dans cette logique ». Les autres organes de presse furent nettement moins directs pour expliquer les raisons du « report » ; mais il est probable que le Palika très présent à Koné (et déjà opposé à la CCAT) n’y soit pas pour rien.
[28] Voir l’article des Nouvelles calédoniennes du 21 août, L’UC souhaite que la CCAT soit reconnue par le FLNKS comme « un outil de mobilisation de terrain » :
[29] Il intervient en tant que maire de Poindimié contre la CCAT locale qui a prévu d’organiser une « journée morte lundi 26 août » en hommage à un jeune Kanak tombé le 15 août, mais le caractère politique général est évident. Voir, Quand le leader indépendantiste Paul Néaoutyine fustige la CCAT :
Quand le leader indépendantiste Paul Néaoutyine fustige la CCAT (francetvinfo.fr)
et, sur LNC :
[30] Voir le JT de Calédonie la première du 25 août avec un sujet sur la CCAT et l’interview de Gilbert Thyénon de l’UC :
[31] Voir l’article du 29 août :
L’UPM et le Palika déclarent forfait pour le congrès du FLNKS (radiococotier.nc)
[32] Voir sur France Info et NC la 1ère du 30 août :
et, sur LNC :
[33] « Quatre thèmes ont par ailleurs été identifiés, indique l’article, et seront abordés lors d’ateliers de discussions : l’identité kanak (les langues, la culture, le vivre-ensemble…), la jeunesse (éducation, formation, insertion professionnelle…), les enjeux sociétaux (sanitaires et sociaux, les défis environnementaux…) et la reconstruction économique (bilan du 13 mai, diversification économique, économie verte…). […] Au terme des deux jours d’échanges, des résolutions devraient être adoptées afin notamment de définir la stratégie "pour atteindre notre objectif, une Kanaky libre et indépendante" ».
[34] Article du 1er septembre, Nouvelle-Calédonie : Christian Tein, leader kanak détenu en métropole, désigné président du FLNKS ; voir :
[35] L’article précise encore, pour ceux qui n’auraient pas tout compris, toujours en donnant les deux points de vue : « Christian Tein, qui se considère comme un "prisonnier politique" et dit ne pas avoir appelé à la violence, est mis en examen notamment pour complicité de tentative de meurtre et association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime. Pour les autorités, la CCAT a fomenté les troubles, ce dont le mouvement se défend. Les partisans de Christian Tein estiment qu’il a tenté de contrôler une CCAT qui avait échappé à l’UC, quand ses ennemis politiques du camp loyaliste l’accusent de duplicité et d’être la tête pensante d’une organisation "terroriste". La reconnaissance de la CCAT par le FLNKS doit permettre de mieux coordonner les actions de ses différents relais, alors qu’elle agissait jusqu’à présent de manière autonome, a précisé Laurie Humuni. "Nous devons lever certains blocages pour permettre à la population d’avoir accès aux services essentiels, mais cela ne signifie pas que nous abandonnons notre lutte", a-t-elle cependant affirmé, alors que l’archipel est toujours partiellement paralysé par des barrages ».
[36] Voir, le 1er septembre, les réactions politiques au Congrès du FLNKS ; surtout après la nomination de Christian Tein à la tête du Front :
« Sans le Palika, ni l'Union progressiste en Mélanésie, l’Union calédonienne et le Rassemblement démocratique océanien, les deux autres composantes du FLNKS, ont choisi de porter Christian Tein à la présidence du front indépendantiste lors de leur congrès extraordinaire, samedi 31 août ».
[37] C’est vrai, le FLNKS n’avait plus de président depuis une vingtaine d’années ; mais la vieille tradition kanak d’un chef semble même faire fureur chez les indépendantistes modernes…
[38] Voir, le 2 septembre, sur LNC :
Calédonie ensemble réagit au congrès du FLNKS | Les Nouvelles Calédoniennes (lnc.nc)
[39] « Le parti regrette, indique l’article, qu’alors qu’ "une catastrophe sanitaire déferle inexorablement sur notre pays le Nord et les Iles se transformant progressivement en déserts médicaux et le Médipôle fonctionnant en mode dégradé, que, ce cataclysme économique et social soit à peine évoqué dans la motion du Congrès alors que c’est aujourd’hui le premier sujet de préoccupation de tous les Calédoniens" ».
[40] « Cette position, affirme encore l’article, visant à des discussions exclusives entre "État colonial" et "peuple colonisé", renvoie notre pays 40 ans en arrière, c’est-à-dire, avant la réunion de Nainville les Roches (1983) et les Accords de Matignon (1988), estime Calédonie ensemble dans son communiqué. Elle nie l’existence d’un peuple calédonien que l’Accord de Nouméa qui a été constitutionnalisé a pourtant consacré au travers de la création de la citoyenneté calédonienne. […] Pour Calédonie ensemble, le travail doit se faire ensemble, "au-delà de nos divergences politiques". "On ne peut invisibiliser toute une partie de la population calédonienne dont l’apport à la construction du pays a été consacré par le préambule de l’Accord de Nouméa." ».
[41] Pour le moins…
[42] Voir la dernière déclaration de Calédonie ensemble sur sa page Facebook :
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