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Économiste, sociologue et HEC à la retraite (maître de conférence à l’Université Dauphine et membre du Cabinet Syndex, expert-comptable spécialisé dans le conseil aux Comités d'entreprise et aux syndicats de salariés), il s’occupe, depuis une dizaine d’années, de promouvoir l’Indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie. Il s’est mis en outre à écrire autre chose que de savants traités...

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Billet de blog 28 novembre 2025

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Bougival, c'est foutu ? Le Palika changerait son fusil d'épaule ? Coup de tonnerre…

… ou ça fera "pschitt" comme disait Chirac ? Je reprends la plume après l'avoir laissée en terminant le précédent "billet", après l'annonce du référendum proposé par Moutchou "avant" que l'accord de Bougival ne soit constitutionnalisé, mais sans changer une virgule à ce qui n'était pourtant qu'un "projet d'accord", l'État revenant ainsi sur les promesses (vagues) de la ministre des Outre-mer

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Comme souvent, ce billet sera développé et quelquefois modifié (par exemple aujourd’hui lundi 8 décembre ; le dernier de ce billet... car c’est, au moins provisoirement, la fin du suspense !

...

N’allons pas trop vite !

Le JT de la télé Caledonia du 27 novembre n’indiquait pas la nouvelle (coup de tonnerre qui fera donc peut-être  « pschitt ») se contentant de rappeler le crash de l’hélicoptère qui avait tué, le 28 novembre 2000, sept personnes dont les membres de la direction de la SMSP (Société Minière du Sud Pacifique) avec Raphaël Pidjot, son directeur général[1]. Long reportage également sur le demi-siècle de la naissance du mouvement des femmes de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (l’EPKNC).

Le JT de NC 1ère la mentionnait ; c’est une bonne introduction au sujet traité ici.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/programme-video/la1ere_nouvelle-caledonie_journal-de-19h30-de-nouvelle-caledonie/diffusion/7784217-edition-du-vendredi-28-novembre-2025.html

LNC, le 28 novembre en fin de matinée, nous apprenaient la nouvelle, avec un titre qui n’évoque pas un coup de tonnerre.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/accord-de-bougival-au-sein-des-formations-politiques-le-soutien-a-la-consultation-anticipee-s-effrite

L’article commence cependant de façon alarmiste : « Le groupe UNI, composé du Palika et de l’UPM, menace de retirer son soutien à l’accord de Bougival si des améliorations au texte ne peuvent pas être apportées d’ici la consultation prévue en mars. […] Dans les allées du Congrès, à quelques heures d’une commission très attendue sur la consultation citoyenne anticipée, le constat d’une partie des élus était cinglant, jeudi 27 novembre : "On ne comprend pas ce que fait l’État. Ce n’était déjà pas simple, là ça devient carrément compliqué", glisse un conseiller, inquiet des conséquences de la nouvelle manœuvre du gouvernement Lecornu sur un accord de Bougival déjà fragilisé. L’idée, avancée par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou le 14 novembre juste avant son départ du territoire, d’organiser un vote "pour" ou "contre" l’accord avant même l’adoption de la réforme constitutionnelle avait été validée par les formations politiques signataires – hors FLNKS – sans provoquer un enthousiasme débordant. À mesure que le projet se précise, certains partis se montrent de plus en plus réticents ».

Le plus important est sans aucun doute le revirement de position de l’UNI.

« "Si on avance dans ce sens, on pourrait rapidement revoir notre position sur l’accord", prévient Jean-Pierre Djaïwé, signataire et président de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) au Congrès. Ardent défenseur du texte, le groupe indépendantiste a récemment durci le ton envers l’État, accusé de faillir à sa parole. [Je souligne, PC] Au cœur de la mésentente : la possibilité d’amender le compromis. "Lors de la venue de la ministre, nous avons listé un certain nombre de sujets sur lesquels nous souhaitions revenir. On est tombés d’accord avec les partenaires calédoniens, mais on attend toujours une réponse de l’État". Or, ce dernier ne semble pas pressé de se saisir du sujet, malgré sa promesse de "poursuivre des discussions relatives à la mise en œuvre de l’accord, notamment à apporter les éclaircissements nécessaires" ».

Or, Moutchou en a décidé autrement : le vote concernera exclusivement « la mise en œuvre de l’accord de Bougival publié le 6 septembre au Journal officiel de la République française ». Et, ainsi, les modifications ne pourront être discutées qu’au moment « de la mise en œuvre » de l’accord, donc « après la consultation ». « De quoi s’interroger, indique l’article, sur la pertinence d’un vote qui pourrait porter sur un compromis rapidement obsolète. En cas de modifications majeures, quelle sera alors la réaction des Calédoniens, qui se seront exprimés sur une simple version provisoire ? ».

Rappelons que la ministre des Outre-mer affirmait pourtant, en boucle, lors de sa vite sur le Caillou, « que rien ne se ferait sans le FLNKS ».

L’article mentionne par ailleurs : « "Pour nous, c’est un vrai problème", affirme Jean-Pierre Djaïwé, dont la formation politique exige une révision des mécanismes de transfert de compétences prévues par l’accord. Il n’est pas le seul à se montrer dubitatifs ». Il en est en effet de même, et depuis quelque temps, des centristes Calédonie ensemble et de L’Éveil océanien.

On en saura plus le mercredi 3 décembre quand le Congrès local se réunira en séance publique.

De son côté l’État tenterait, indique l’article de mettre de l’eau dans son vin : « "On continue de discuter entre nous, mais pour acter des modifications, il faut la validation de l’État", souligne un élu. C’était justement l’objectif de la mission des hauts fonctionnaires, composée de l’ancien haut-commissaire Thierry Lataste et de Benoît Lombrière, ex-conseiller Outre-mer de Nicolas Sarkozy. Attendue ce vendredi en Nouvelle-Calédonie, elle a finalement été reportée, sans explication. Une déconvenue de trop, pour le groupe UNI, qui a décidé de boycotter la commission organisée ce jeudi. "Si l’État ne nous donne pas des engagements clairs d’ici mercredi 3 décembre [date de l’examen du projet de loi sur la consultation au Congrès, NDLR], nous voterons contre", menace Jean-Pierre Djaïwé. Les Loyalistes et le Rassemblement ont émis un avis favorable, tandis que l’Éveil océanien et Calédonie ensemble ont réservé leur vote pour la séance publique ».

Un peu plus tard, en soirée du 28 novembre, NC 1ère nous contait les choses avec d’autres détails.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/plus-de-chance-d-enterrer-bougival-que-de-le-sauver-trois-formations-politiques-prennent-leur-distance-avec-le-projet-de-consultation-1647676.html

L’article s’ouvre par : « L’accord de Bougival passe un nouveau test mercredi prochain, le 3 décembre, face au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Les élus devront donner leur avis sur le projet de loi "organisant une consultation des populations intéressées". Et cette fois-ci, le texte présenté par le gouvernement français essuie des critiques au-delà du FLNKS. Selon nos informations, l’UNI a quitté la commission chargée d’étudier le sujet jeudi, [le 27 novembre, PC] en marquant son désaccord avec la tournure du projet. Le parti [Je souligne, PC ] indépendantiste [Ce n’est pas un parti, mais un groupe, une coalition électorale dominée évidemment par le Palika, PC] a fait savoir qu’il votera contre en l’état actuel. Deux autres formations ont exprimé leur réserve. Il s’agit de l’Éveil océanien et de Calédonie ensemble. "C’est la tournure que ça prend à l’heure actuelle mais on espère que les choses peuvent bouger d’ici mercredi. On va mener un certain nombre de négociations", indique-t-on du côté de l’Éveil océanien à NC la 1ère. Dans un communiqué diffusé ce vendredi, Calédonie ensemble regrette de son côté un projet de loi "juridiquement douteux, politiquement inapproprié, et temporellement inadéquat, (qui) a plus de chance d’enterrer Bougival que de le sauver". [Je souligne encore, PC] ».

Ça démarrait donc fort !

Ce qui risque ainsi de mettre le feu aux poudres, c’est, on l’avait d’ailleurs déjà indiqué dans nos billets précédents (et l’article de LNC le rappelait plus haut) l’intitulé de la question posée à ce curieux référendum. Les centristes, mais aussi l’UNI, râlaient un peu depuis un bon moment (en plaidant pour une reprise des négociations corrigeant, certes à la marge, l’accord de Bougival, dans le but de ramener le FLNKS dans le consensus) mais sans plus. Maintenant, ils sortent du bois, et surtout le Palika.

Il y aurait ainsi des remous dans ce parti ? Néaoutyine et Washetine reprendraient-ils la main ? C’est mon hypothèse, non soulevé par l’article (mais déjà évoquée dans mes billets précédents).

Calédonie ensemble, selon l’article, enfonce le clou : « "On peut s’interroger sur la possibilité, pour une loi ordinaire, d’instaurer un corps électoral restreint, sans base constitutionnelle, pour l’organisation d’une consultation qui n’est pas prévue par le Titre XIII" de l'accord de Nouméa, relève Calédonie ensemble dans son communiqué. Calédonie ensemble rejoint sur ce point la critique formulée par le FLNKS, qui a qualifié cette consultation de "juridiquement bancale" ».

Changement d’air à Nouméa ? L’État a ainsi de nouveau mis les pieds dans le plat en proposant cette question provocatrice aux électeurs du Caillou.

Tôt le matin du 29, NC 1ère notait l’arrivée, annoncée plus haut à Nouméa ce lundi 1er décembre, de la « mission d’écoute » (trois hauts fonctionnaires, dont Thierry Lataste, haut-commissaire de la Nouvelle-Calédonie de 1999 à 2002 et de 2016 à 2019) mandatée par le Premier ministre et la ministre des Outre-mer.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/trois-hauts-fonctionnaires-attendus-lundi-en-nouvelle-caledonie-pour-tenter-de-sauver-bougival-1647901.html

« … ils ont pour mission d’"appuyer l’action du gouvernement pour parvenir, avec l’ensemble des partenaires, à un accord consensuel sur l’avenir du territoire", comme l’indique le ministère des Outre-mer dans un communiqué daté du vendredi 28 novembre. […] Le communiqué donne quelques indications sur les missions confiées à ces trois hauts fonctionnaires. Ils devront proposer au gouvernement des ajustements afin de "lever les ambiguïtés, de consolider le texte et de favoriser l’adhésion la plus large possible" ».

Mais on n’en savait pas beaucoup plus.

Un peu plus tard dans la matinée, LNC confirmait, parlant d’une « mission de facilitateurs » et apportait quelques précisions.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/accord-de-bougival-une-mission-de-facilitateurs-attendue-en-nouvelle-caledonie

Cette mission a pour objet, rapporté par l’article et selon la ministre « d’apporter les éclaircissements nécessaires » et de « parvenir, avec l’ensemble des partenaires, à un accord consensuel sur l’avenir du territoire ». Il faudra lever « les ambiguïtés, […] consolider le texte et […] favoriser l’adhésion la plus large possible ».

Ce n’est pas noté par l’article, mais on sent comme un rétropédalage (rapide) de l’État, rétropédalage peu apprécié par les loyalistes radicaux.

LNC insiste, et c’est important, en notant : « Les Loyalistes [le Groupe spécifique des loyalistes radicaux, PC] s’opposent à "une remise en cause de l’équilibre d’ensemble" de l'accord de Bougival. Dans un communiqué vendredi 28 novembre, les Loyalistes [Idem, PC] s’étonnent des prises de position de plusieurs groupes signataires de l’accord de Bougival, qui "ont exprimé de lourdes réserves quant à la poursuite du processus d’adoption de l’accord". Le mouvement politique estime qu’ils "réclament de nouvelles négociations en vue de le modifier avant sa présentation aux Calédoniens", remettant ainsi en cause ce qui avait été collégialement décidé. Les Loyalistes précisent que, "s’ils ont accepté de poursuivre le travail d’éclairage du texte, il n’a jamais été question que cela aboutisse à une remise en cause de l’équilibre d’ensemble du texte de compromis", ajoutant que si la logique d’indépendance-association (qui avait prévalu à Deva) revenait sur le tapis, "cela entraînerait immédiatement leur retrait" [Je souligne toujours, PC] ».

Le JT de NC 1ère  indiquait la venue des trois hauts fonctionnaires, mais passait nettement plus de temps sur des histoires de pompiers.

En fin d’après-midi du 29 à Nouméa, NC 1ère tentait encore de nous éclairer, et ce fut le cas !

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/decryptage-consulter-tout-de-suite-les-caledoniens-sur-bougival-pour-quoi-faire-1647658.html

« "Êtes-vous favorable à la mise en œuvre de l’accord de Bougival publié le 6 septembre 2025 au Journal officiel de la République française ?". Voilà la question qui devrait être posée aux Calédoniens avant le 15 mars 2026. Un "oui" permettrait de continuer la mise en place de ce projet d’accord, alors qu’un "non" l’enterrerait ».

Une vidéo génialement humoristique mais en effet très éclairante et objective (selon moi) de Mathieu Ruiz Barraud, également auteur de l’article, ne doit pas, sous aucun prétexte, être ratée : pas une virgule à modifié. Je vous la laisse goûter.

Tiens, en parlant de gag[2], le dimanche 30 novembre en milieu d’après-midi, NC 1ère nous informait que l’examen par le Congrès du Caillou du projet de « consultation anticipée » prévue mercredi 3 pourrait être repoussée !

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/accord-sur-la-nouvelle-caledonie-l-examen-par-le-congres-du-projet-de-consultation-anticipee-repousse-1648228.html

« Dans un courrier, la ministre des Outre-mer ouvre la voie à son report. La balle est désormais dans le camp du Congrès ».

« Pas de majorité pour un avis favorable. Sauf que cette consultation annoncée par Naïma Moutchou lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie début novembre pourrait ne pas être validée par les élus du boulevard Vauban : le FLNKS est contre. Calédonie ensemble et L’Éveil océanien avaient déjà fait part de leurs doutes à plusieurs reprises, ils ont été rejoints en fin de semaine dernière par l’Union nationale pour l’indépendance. L’UNI avait en effet demandé lors de la visite de la ministre des Outre-mer à discuter d’amendements à l’accord de Bougival ».

Bref, en cas de Niet, l’avis « aurait de bonnes chances d’être rejeté à Paris par les députés, probablement peu enclins à aller à l’encontre du vote d’une autre assemblée délibérante », écrit l’article. Et on connaît la menace du groupe Les Loyalistes (les Républicains ne s’étant pas encore, sauf erreur, prononcés). Et on voit mal comment la « mission d’écoute » arriverait à convaincre pour un consensus en deux jours ! On vous passe les détails juridiques, mais la réunion du 3 pourrait être reportée jusqu’au 10.

On en saura peut-être plus au JT de ce dimanche où Joël Kasarhérou, fondeur du mouvement Construire autrement, sera l’invité. Son mouvement, d’abord un think tank s’est transformé en parti politique en se présentant aux élections provinciales en 2019 ; il serait au-delà du débat indépendance/non-indépendance ?

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/joel-kasarherou-fondeur-du-mouvement-politique-construire-autrement-est-l-invite-du-journal-televise-1648246.html

À voir et à entendre.

Le JT de ce dimanche a commenté la nouvelle de la journée, en précisant même les détails juridiques (les différentes saisines de Moutchou ; mais je doute que les téléspectateurs y aient compris quelque chose…). Quant aux déclarations de l’invité, pas grand-chose : on sent l’adepte de la troisième voie (mais non définie, comme celle de la voie médiane du sénateur Georges Naturel ; voir un peu plus loin) ; il déclare (plus discrètement) que Bougival, c’est foutu et que Moutchou (et l’État) improvisent ; le seul petit scoop de l’interview est la proposition de suppression du pouvoir des trois Provinces, avec d’ailleurs un lapsus car il proposait la suppression des Provinciales

Voir, pour clore cette journée, une très intéressante interview du 28 novembre de Georges Naturel par l’Hebdomadaire gratuit d’informations et d’analyses Demain en Nouvelle-Calédonie.

https://www.dnc.nc/georges-naturel-senateur-lr-une-voie-mediane-est-en-train-demerger/

Naturel s’interroge sur l’avenir de l’Accord de Bougival ; « Localement, il estime que la voie modérée, issue du terrain et qu’il avait incarnée lors des sénatoriales, est mature pour les élections ». Selon lui, « Le projet de Bougival ressemble à un accord syndical. […] L’accord de Nouméa avait un vrai projet de société, même si on n’a peut-être pas mené au bout la construction du destin commun. […] La consultation anticipée proposée par Naïma Moutchou est-elle solide ? C’est encore une mesure improvisée. […] La réforme constitutionnelle a-t-elle une chance d’aboutir ? Non, il est impossible aujourd’hui d’avoir les trois cinquièmes pour une réforme constitutionnelle à Versailles, sur un sujet sensible comme la Nouvelle-Calédonie. Déjà sur le report des élections, on a dû modifier le titre pour se donner encore du temps. On n’arrête pas de se donner du temps depuis cinq ans ».

Il ne le dit pas vraiment, mais il semble contre « l’organisation institutionnelle qui coûte deux fois ce que coûte celle de la Polynésie » ; bref, il pense comme Kasarhérou (ou ce dernier pense comme lui). Et il propose sa voie médiane (vieille proposition ; voir nos vieux billets...) « qui aspire, selon lui, à autre chose [et] est en train d’émerger. On a un mouvement qui arrive à maturité et qui va s’exprimer ». Il continue : « Je ne suis pas indépendantiste parce que je ne crois pas en l’indépendance comme solution efficace et réaliste. Pour autant je respecte ceux qui le sont et c’est ensemble qu’il faut construire la société calédonienne. J’ai été franchement sidéré d’entendre que l’huile et l’eau ne pouvaient pas se mélanger. […] Par ailleurs, l’hyperprovincialisation n’est pas la solution… ».

Il n’aime donc pas beaucoup Sonia Backès (qu’il ne nomme pas)…

Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus concernant la troisième voie ou la voie médiane, voir une longue note[3] qui, celle-ci, est en plein centre du sujet depuis les dernières sorties de Naturel et Kasarhérou.

LNC avait donc attendu le1er décembre en début de matinée pour annoncer le report de la discussion au conseil des ministre du gouvernement français, ce qui permettait le report de la discussion au Congrès calédonien. On en savait donc un peu plus, mais pas beaucoup plus...

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/accord-de-bougival-l-examen-du-projet-de-loi-sur-la-consultation-anticipee-reporte

« La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a décalé au 17 décembre la présentation en conseil des ministres du projet de loi organisant la consultation anticipée sur l’accord de Bougival, ouvrant la voie à un report de la séance du Congrès prévue ce mercredi. Un délai qui doit permettre à la mission de facilitateurs, attendue ce lundi, de travailler à des ajustements du texte et de convaincre une majorité de formations politiques de soutenir ce scrutin contesté ». C’était dans une lettre adressée à Benoît Lombrière, le 1er décembre (à Nouméa) ex-conseiller Outre-mer de Nicolas Sarkozy et membre de la fameuse mission (attendue ce lundi sur le territoire).

L’article continuait : « Par conséquent, l’examen du projet de loi par le Congrès, initialement prévu ce mercredi 3 décembre, pourrait lui aussi être reporté afin que les élus l’examinent "une fois les éventuels éclaircissements, ajustements ou compléments connus de tous", indique la ministre. […] D’un point de vue politique, ce report vise surtout à retrouver l’unité des signataires – hors FLNKS – autour de ce projet de consultation anticipée, critiqué par plusieurs formations ces derniers jours. Une situation qui faisait craindre l’expression d’une majorité d’avis défavorable lors de l’examen du projet de loi en séance publique ».

Suspense torride encore !

NC 1ère était revenu par un article, le 1er décembre en début d’après-midi, sur les déclarations de Joël Kasarhérou au JT de dimanche soir, avec possibilité de revoir l’entretien. Si le titre de l’article (« J’ai l’impression qu’il faut absolument sauver Bougival ») était mal lu, on pouvait penser que l’interviewé souhaitait que l’accord de Bougival fût sauvé alors qu’il le critiquait ! Ou je coupe les cheveux en quatre (dans le sens de la longueur) ou le titre est pour le moins équivoque car s’il signifie bien que tout est fait pour sauver un mauvais accord si l’on a assisté à l’entretien, il est ambigu si l’on se contente de l’écrit ; heureusement, l’article ne l’est pas, quoique mal fagoté pour quelqu’un qui n’aurait ni vu ni entendu le JT.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/j-ai-l-impression-qu-il-faut-absolument-sauver-bougival-deplore-joel-kasarherou-fondateur-du-mouvement-construire-autrement-1648420.html

Remise dans son contexte la phrase prend en effet tout son sens : « La mission des émissaires facilitateurs serait, en quelque sorte, une intervention de la dernière chance avant "le naufrage". Il conclut : "j’ai l’impression qu’il faut sauver absolument Bougival" ».

En fin d’après-midi à Nouméa on apprenait le report de la réunion du Congrès du Caillou prévu le 3 décembre au lundi 8 à 14 h.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/le-congres-reporte-l-examen-du-projet-de-loi-visant-a-organiser-la-consultation-sur-l-accord-de-bougival-1648480.html

C’est tout. Si c’est Non, pas de référendum anticipé. Il faudra vraiment que l’État mette de l’eau dans son vin, car si tous les élus sauf les loyalistes radicaux votent contre, c’est en effet foutu ! Et que deviendra le projet d’accord de Bougival : foutu aussi? Je pense (mais je me trompe de temps en temps dans mes prévisions) que ce suspense torride touche à sa fin...

Fausse manip ? LNC publiait, en gros à la même heure, son article du 21 novembre : je n’ai pas vu la modification. Juste pour le fun

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/corps-electoral-version-de-l-accord-les-questions-soulevees-par-l-annonce-d-une-consultation-citoyenne-anticipee

Le mercredi 3 décembre, jour où devait se tenir la réunion du Congrès calédonien (repoussée d’une semaine) pour donner son avis sur la proposition de Moutchou, NC 1ère nous informait surtout que les mots-clés (rien d’étonnant…) autour de la mission d’écoute et des politiques étaioent discrétion et confidentialité.  

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/province-sud/noumea/la-mission-de-conciliation-enchaine-les-rencontres-avec-discretion-1648870.htmlt

L’article notait cependant : « Comme une reprise du dossier. Selon nos informations, le cabinet de Naïma Moutchou ne serait pas représenté dans cette mission. Un signe de la reprise en main du dossier calédonien par Matignon, qui pourrait entraîner de nouvelles crispations de la part de certaines délégations ».

Cette phrase est loin d’être anodine. Si cela se confirmait, cela voudrait dire que Lecornu (qui a déjà beaucoup de mal en Métropole à réaliser son compromis avec le PS) serait prêt, contrairement à sa ministre des Outre-mer, à des concessions sur une négociation qui ne serait plus vraiment encadrée par l’accord de Bougival, comme l’exige le FLNKS et le demandent depuis peu les autres mouvements, à l’exclusion bien sûr des loyalistes radicaux ; ce sont ces derniers qui seraient crispés

L’article est accompagné du replay de l’invité du JT de NC 1ère du mardi 2 décembre : le maître de conférences en droit public à l'Université de Nouvelle-Calédonie, l’UNC, Nicolas Font, interrogé par Loreleï Aubry.

Pas bien clair ce qu’il racontait. Selon lui, un Non du Congrès serait certes « un mauvais signal, plus qu’un mauvais signal », mais pas forcément synonyme, ni d’annulation du référendum anticipé, ni de celle du processus prévu pour le projet d’accord de Bougival, car l’avis n’est que consultatif, on le sait.

Et j’apprenais aussi, à ce JT, le retour imminent de Christian Téin sur le Caillou ; j’avais en effet zappé l’article de la Dépêche.nc du 28 novembre, mes sources de base (NC 1ère et LNC) ayant oublié, sauf erreur, de le mentionner, sans doute pour ne pas alerter la population…

https://ladepeche.nc/2025/11/28/tein-revient-le-4-decembre-le-pays-se-divise-deja/

« Le retour de Christian Téin est désormais confirmé pour le 4 décembre. Un come-back très attendu… et massivement contesté par plus de 11 000 Calédoniens. […]  … Christian Téin doit revenir en Nouvelle-Calédonie […], avant de se rendre directement dans le Nord puis à Canala, où se tiendra le Congrès du FLNKS ».

Il arrive ainsi au bon moment. Une bonne partie des loyalistes crispés n’avait donc pas attendu mes sources principales pour se tenir au courant et réagir négativement (un peu plus de 4 % de la population totale et autour de 15 % des Européens : mieux qu’un sondage !).

Et cette pétition ne date pas d'hier. On peut mesurer de quel côté penche l’article qui continue : « Quelques semaines avant l’annonce de ce retour, une pétition citoyenne a recueilli plus de 11 000 signatures certifiées. Son message était clair : un retour prématuré de Christian Tein risquerait de raviver les tensions, alors que familles, entreprises et quartiers touchés se relèvent encore des événements de mai ».

Car il va de soi que Téin, pour les signataires de la pétition et la Dépêche.nc, serait, avant tout jugement, l’un des responsables de ces exactions…

La Voix du Caillou confirmait le 29, mais sans se référer à la pétition, et en termes plus mesurés.

https://voixducaillou.nc/2025/11/29/christian-tein-revient/

Le mercredi 3 décembre, jour où devait se tenir la réunion du Congrès calédonien (réunion repoussée d’une semaine) pour donner son avis sur la proposition de Moutchou, NC 1ère nous informait surtout que les mots-clés autour de la mission d’écoute et des politiques étaient discrétion et confidentialité ; rien d’étonnant…  

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/province-sud/noumea/la-mission-de-conciliation-enchaine-les-rencontres-avec-discretion-1648870.htmlt

L’article notait cependant : « Comme une reprise du dossier. Selon nos informations, le cabinet de Naïma Moutchou ne serait pas représenté dans cette mission. Un signe de la reprise en main du dossier calédonien par Matignon, qui pourrait entraîner de nouvelles crispations de la part de certaines délégations ».

Cette phrase est loin d’être anodine. Si cela se confirmait, cela voudrait dire que Lecornu (qui a déjà beaucoup de mal en Métropole à réaliser son compromis avec le PS) serait prêt, contrairement à sa ministre des Outre-mer, reprise en main, à des concessions sur une négociation qui ne serait plus vraiment encadrées par l’accord de Bougival, comme l’exigeait le FLNKS et le demandaient depuis peu les autres mouvements, à l’exclusion bien sûr des loyalistes radicaux ; ce sont ces derniers qui seraient crispés.

L’article était accompagné du replay de l’invité du JT de NC 1ère du mardi 2 décembre, le maître de conférences en droit public Nicolas Font, interrogé par Loreleï Aubry. Pas bien clair ce qu’il racontait : pour lui, un Non du Congrès serait certes « un mauvais signal, plus qu’un mauvais signal », mais pas forcément synonyme, ni d’annulation du référendum anticipé, ni de celle du processus prévu pour le projet d’accord de Bougival, car l’avis n’est que consultatif, on le sait.

Et j’apprenais aussi le retour imminent de Christian Téin sur le Caillou ; j’avais en effet zappé l’article de la Dépêche.nc du 28 novembre, mes sources de base (NC 1ère et LNC) ayant oublié, sauf erreur, de le mentionner, sans doute pour ne pas crisper la population…

https://ladepeche.nc/2025/11/28/tein-revient-le-4-decembre-le-pays-se-divise-deja/

« Le retour de Christian Téin est désormais confirmé pour le 4 décembre. Un come-back très attendu… et massivement contesté par plus de 11 000 Calédoniens. […]  … Christian Tein doit revenir en Nouvelle-Calédonie, […] avant de se rendre directement dans le Nord puis à Canala, où se tiendra le Congrès du FLNKS ». Il arrive ainsi au bon moment. Une bonne partie des loyalistes n’avait donc pas attendu mes sources principales pour se tenir au courant et réagir négativement (un peu plus de 4 % de la population totale et autour de 15 % des Européens : mieux qu’un sondage !

On pouvait ainsi mesurer de quel côté penchait l’article qui continuait : « Quelques semaines avant l’annonce de ce retour, une pétition citoyenne a recueilli plus de 11 000 signatures certifiées. Son message était clair : un retour prématuré de Christian Téin risquerait de raviver les tensions, alors que familles, entreprises et quartiers touchés se relèvent encore des événements de mai ». Car il va de soi, pour les signataires de la pétition et la Dépêche.nc, que Téin est évidemment, avant tout jugement, l’un des responsables de ces exactions…

La Voix du Caillou avait confirmé son arrivée le 29, mais sans se référer à la pétition, et en termes plus mesurés.

https://voixducaillou.nc/2025/11/29/christian-tein-revient/

En milieu d’après-midi du 3 décembre, le FLNKS annonçait que Téin serait à son congrès à Ponérihouen (pas à Canala donc...) le samedi 6.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/le-flnks-annonce-la-presence-de-christian-tein-samedi-prochain-au-congres-de-ponerihouen-1649144.html

« "Le FLNKS accueille avec grande satisfaction et précaution le retour parmi les siens de son président, après une période de détention et d’exil forcé, complètement injuste", a déclaré Henry Juni, membre du bureau politique (BP) du Front. Il ajoute que Christian Téin "a été la cible de propos très hostiles, notamment de responsables politiques locaux qui ont fabriqué l’image et l’ennemi publique numéro 1". Le bureau politique déplore "la stigmatisation", "le dénigrement" et "les propos parfois racistes" véhiculés sur les réseaux sociaux et par "certains médias". Dans ce contexte, il interpelle l’État : "il lui appartient de bannir sans délais tout comportement et toute communication dangereuse, susceptible de mettre en péril la sécurité du président". Jusqu’à présent, les représentants indépendantistes estiment que "l’État français tolère les propos publics des radicaux anti-indépendantistes en regardant ailleurs" ».

Quant à l'accord (ou le projet d'accord...) de Bougival, le Front rappelait encore sa position concernant la mission d’écoute : « À ce stade, "le cadre de la mission qui leur a été confiée, c’est-à-dire faire des modifications, des propositions à partir du projet de Bougival, on ne peut pas s’inscrire dedans", livre Dominique Fochi. "Nos fondamentaux n’y figurent pas. S’engager dans cette voix pour nous, la pente serait trop difficile à remonter" ».

LNC donnait la même information en fin d’après-midi, avec quelques précisions.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/christian-tein-de-retour-en-nouvelle-caledonie-pour-le-congres-du-flnks

« "Je pense que c’est un moment très important, le retour parmi les siens de son président après une période de détention et d’exil forcé", introduit Henri [Ou Henry ? PC] Juni, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Pacifique (CNTP), membre du Front, lors d’une conférence de presse ce mercredi 3 décembre ». Juni précisait, après avoir relevé toutes les accusations qui lui étaient reprochées, que Christian Téin avait « contribué à la désescalade sur le terrain ».

« L’autre point de la conférence de presse a porté sur le contenu du congrès extraordinaire. Les membres du FLNKS vont notamment signer la charte du mouvement, désormais formé de sept composantes : Union calédonienne, Rassemblement démocratique océanien (RDO), Mouvement océanien indépendantiste (MOI), Dynamik unitaire Sud (DUS), Parti travailliste (formation politique de l’USTKE), Confédération nationale des travailleurs du Pacifique (CNTP) et Dynamique autochtone (DA), après l’arrivée de cinq groupes de pression et le départ officiel du Palika et de l’UPM. Il sera également question de la gouvernance du Front et de la déclaration unitaire du 24 septembre avec le Sénat coutumier, le MNIS et d’autres organisations comme l’EPKNC ».

« Les représentants du FLNKS ont d’ailleurs dit à la mission être "fatigués de discuter, puisqu’on a l’impression de ne pas être écoutés", et que la personne qui plaidait en faveur de la poursuite du dialogue était Christian Tein. "C’est lui qui nous pousse à continuer" ».

Cet article nous en indiquait un autre que nous avions zappé (du 26 novembre, mis à jour le 1er décembre en fin d’après-midi). Son contenu est important si l’on veut mieux comprendre l’UC et le FLNKS.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/l-uc-va-tout-mettre-en-oeuvre-pour-faire-echouer-bougival

« De fait, l’UC "n’acceptera jamais la tenue d’une consultation improvisée sans fondement juridique, contraire à l’esprit de l’accord de Nouméa". Le parti a donc décidé, lors de son comité directeur, de se "mettre en ordre de marche" pour faire échouer Bougival, et d’utiliser tous les leviers à disposition, notamment juridiques, pour y parvenir, au niveau national et international. L’UC appelle également les autres groupes représentés au Congrès à faire obstacle à ce "simulacre de projet"… [ …] En revanche, le parti indépendantiste ne s’est pas prononcé sur l’attitude qu’il adoptera si la consultation devait être maintenue. Un boycott ? "On n’a pas encore pris la décision", affirme Dominique Fochi. Un vote contre ? C’est le congrès de l’UC, prévu fin janvier, qui donnera la réponse. "On étudiera les différentes options". Mais, certaines structures ont déjà commencé à y réfléchir, souligne le secrétaire général, "parce qu’on est fatigués de se faire duper". En revanche, la violence ne constitue pas une alternative. "Elle n’a jamais été inscrite dans une seule motion de l’Union calédonienne, ni du FLNKS". "Consolider la représentation de l’UC dans les institutions". Pour autant, l’UC annonce vouloir "engager toutes les voies du dialogue, que ce soit avec l’État ou les partenaires locaux", estimant qu’un mauvais procès est fait au FLNKS. "Comme l’a démontré Deva, le Front peut se mettre d’accord avec les autres forces politiques du pays. Nous ne sommes pas arc-boutés dans des postures extrémistes" »

Sans doute la nouvelle la plus importante de la journée, NC 1ère annonçait en début d’après-midi, (toujours du 3) en citant le quotidien Le Monde du 2 décembre, comme un petit scoop !

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/naima-moutchou-plaide-pour-une-nouvelle-version-de-bougival-dans-le-monde-1649119.html

« "Personne n’a dit qu’un accord a été signé en juillet (...) et qu’on ne bougerait plus", défend Naïma Moutchou, interrogée par la journaliste du Monde Nathalie Guibert. Elle rappelle notamment que les marges de manœuvre sont faibles pour dégager une majorité au Parlement ». En janvier 2026, les députés et les sénateurs devront se prononcer sur le projet de loi pour organiser la consultation des Calédoniens, préalable à la mise en œuvre de l’accord de Bougival. Les voix des socialistes avaient permis de faire passer un premier texte important en octobre : le report des élections provinciales. Mais ils défendaient en même temps la ligne selon laquelle il fallait permettre au FLNKS de revenir dans les discussions ».

« Naïma Moutchou révèle au Monde qu’elle a "demandé à rencontrer Christian Téin", le président du FLNKS, mais qu’elle n’a pas eu de retour. La ministre précise au quotidien les différents aspects de Bougival qui peuvent faire l’objet d’ajustements. En s’appropriant ce texte préparé par son prédécesseur, Manuel Valls, elle a estimé que "certaines questions n’étaient pas tranchées : comment s’exerce le droit à l’autodétermination ? Comment avance-t-on dans la reconnaissance du peuple kanak et dans le processus de décolonisation ?" Mais elle souligne aussi que les Loyalistes et le Rassemblement "ont fait beaucoup de concessions" ».

Pour les abonnés (ou ceux qui ont des copains qui le sont) il est possible de lire cet article du quotidien Le Monde titré Accord de Bougival : « Il faut une nouvelle version » ? On en apprend un peu plus.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/12/02/naima-moutchou-a-propos-du-statut-de-la-nouvelle-caledonie-il-faut-qu-une-nouvelle-version-de-bougival-soit-consolidee_6655666_823448.html

D’abord, à la question « Manuel Valls, votre prédécesseur, a-t-il fait du bon travail ? », elle ne répond en fait pas du tout, laissant même à penser des manques dans le projet d’accord (« certaines questions n’étaient pas tranchées ») et d’ailleurs sans évoquer le thème accord ou projet d’accord. ; sa réponse était en fait la suivante : « Il a réussi à remettre les forces politiques autour de la table. C’est un très bon connaisseur du monde néocalédonien, un ancien premier ministre. Il a été un élément de confiance qui a permis de renouer le lien, ce qui est une excellente chose. Quand j’ai repris le dossier après le retrait de la signature du FLNKS, j’ai constaté que certaines questions n’étaient pas tranchées : comment s’exerce le droit à l’autodétermination ? Comment avance-t-on dans la reconnaissance du peuple kanak et dans le processus de décolonisation ? [Je souligne, PC ; et ce sont les principales exigences du FLNKS pour négocier, certes en dehors de Bougival] Ces sujets avaient été mis entre parenthèses, peut-être portés par l’élan autour de cette perspective d’accord historique. Mais la réalité a rattrapé tout le monde, notamment les bases militantes ».

Si ce n’est pas un petit reproche adressé à Valls, ça y ressemble !

En outre, l’une des premières phrases de l’article précédent doit être complétée pour qu’elle retrouve tout son sens (je souligne ce qui n’a pas été cité) : « Personne n’a dit qu’un accord a été signé en juillet, endossé par cinq formations politiques sur six, et qu’on ne bougerait plus, c’est tout l’inverse. Les prochaines semaines seront déterminantes. La consultation anticipée n’est pas mon idée. Elle était une option, apparue dans nos discussions. Ma mission n’est surtout pas de pousser un camp. Ma méthode depuis le début est l’écoute et la transparence, y compris avec le FLNKS. J’ai d’ailleurs demandé à rencontrer [son président] Christian Téin – je n’ai pas eu de retour –, pour faire passer le message : Bougival est une étape, une opportunité pour la Nouvelle-Calédonie, saisissez-vous en. Car avec Bougival, nous voulons construire l’État de la Nouvelle-Calédonie, définir son organisation institutionnelle, pour répondre au compromis entre ceux qui veulent rester dans la République et ceux qui veulent obtenir la pleine souveraineté ».

Et elle précise encore, allant même assez loin : « Peut-on préciser les signes identitaires de l’État de Nouvelle-Calédonie ? Sur les compétences régaliennes, qu’implique un transfert total au territoire ? Si aucune compétence n’est transférée, faut-il prévoir un rendez-vous ? Faut-il faire sauter un des "verrous" prévus pour les transferts ? Et sur l’autodétermination, comment l’inscrire si c’est possible ? Oui, c’est fragile, oui, c’est difficile. Mais tous les accords sur la Nouvelle-Calédonie ont été critiqués avant que le temps ne fasse son œuvre ».

Elle semblait avancer, mais Moutchou restait sur le thème d’une négociation dans Bougival, ce que, radotons, le FLNKS refusait.

Sur les aspects économiques, elle promettait de l’aide mais persistait toujours à refuser les prêts en subventions.

Passons à l’économique et spécifiquement au secteur nickel ; et ce n’est pas hors sujet[4] : la NMC, la Nickel mining company serait menacée de cessation de paiements, nous apprenait LNC en début d’après-midi : manif de plus de 200 salariés ce jour, devant le haut-commissariat, à l’appel d’une large intersyndicale.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/mines/nickel/economie/sans-aide-la-societe-disparait-dans-dix-jours-les-salaries-de-la-nmc-se-mobilisent-pour-interpeller-l-etat

Rappelons que la NMC (650 emplois directs et 2 000 emplois indirects) est une filiale de la SMSP, la Société Minière du Sud Pacifique qui assure la fourniture du minerai de nickel à l’usine off shore de POSCO, coentreprise SMSP à 51 % avec le sidérurgiste sud-coréen ; la SMSP est également l’actionnaire principal, associé à Glencore (49 %) de l’usine du Nord (sur le site de Vavouto, à Voh) de KNS (Koniambo Nickel SAS) adossée à la mine, laquelle a cessé ses activités au milieu de 2024, Glencore ayant jeté définitivement l’éponge.

NMC exploite quatre mines dont Nakéty et Kouaoua sur la côte Est, souvent bloquées « par des responsables coutumiers, qui estiment que les populations de la zone sont les derniers bénéficiaires de l’activité minière ».

« La société alerte l’État depuis le début de l’année sur une situation financière critique, sans avoir encore obtenu de réponse concrète. "On ne comprend pas pourquoi l’État a accepté de venir en aide à Prony Resources et à la SLN, mais n’a jamais rien donné à la NMC", regrette un délégué syndical. La principale revendication de la mobilisation portait justement sur le besoin d’un "traitement équitable" de l’État envers l’ensemble des opérateurs miniers calédoniens. "On ne veut pas monter les métallurgistes les uns contre les autres et il n’y a rien de politique dans cette démarche, tient à préciser Ali Nemouchi. [Le nouveau président de NMC, PC] Nos intérêts sont communs, mais il faut qu’on soit traité de la même manière". Si l’État venait à soutenir financièrement la NMC, "on est prêts à rendre des comptes", assure Ali Nemouchi. "Il ne s’agit pas de demander une subvention, l’objectif est de bénéficier d’un financement contre des garanties". Sans cela, la cessation de paiements pourrait intervenir d’ici mi-décembre. La fermeture de la NMC serait "un cataclysme social"… », prévient le délégué syndical Bertin Boéré qui prit souvent la parole.

L’article concluait par : « Contactés, les services de l’État n’avaient pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de l’article ».

En fin d’après-midi, NC 1ère contait la même manifestation ; avec moins de précisions sur la cause principale des difficultés : les revendications des coutumiers de la côte Est dont l’action avait perturbé la production, notamment à la mine de Nakéty.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/la-repercussion-sera-phenomenale-les-salaries-de-la-nmc-en-appellent-au-soutien-de-l-etat-1649185.html

Résumons et allons plus loin. Sans aucun doute, l’État n’avait guère aidé en 2023-2024 l’usine du Nord, ne proposant qu’une petite aide à KNS ; ce qui a convaincu le Suisse Glencore qui hésitait, à abandonner. Allez savoir pourquoi ! Et il est vrai que la SLN, de fait abandonnée par son actionnaire Eramet, est toujours tenue à bout de bras par l’État ; Prony ressources est également aidé.

Terminons cette journée très riche, pour notre sujet, par les deux JT locaux du soir.

Le JT de Caledonia de 18 h a surtout mis l’accent sur les problèmes de trésorerie de NMC, avec une interview de Karl Therby, PDG de la SMSP, la maison-mère de NMC, qui a lâché le morceau : pas question de verser des royalties aux tribus !

Si les difficultés persistent, c’est l’accord entre la SMSP et le Coréen POSCO qui risque de tomber à l’eau. Il en est de même si l’usine et la mine de KNS à Koniambo ne retrouvait pas preneur ; mais, dit-il, « le démantèlement n’est pas acté ». Therby se refusa à tout commentaire concernant le manque d’aide de l’État, spécifique aux structures minières et métallurgiques de la Province Nord, mais l’évoquait quand même à demi-mot… Il prédisait également une reprise à terme des cours du nickel au plus bas, sans donner la courbe suivante des cours depuis 5 ans : je la donne ci-dessous.

Illustration 1

Au JT de NC 1ère de 19 h 30, la question de NMC fut aussi la principale information analysée, avec encore une interview de Therby (qui était à la manif ; on l’y voit dans le reportage vidéo). Il s’épanchait moins qu’au JT de Caledonia, et notait seulement qu’il sollicitait non pas une aide de l’État, mais un prêt bancaire en France ou en Europe de 4 à 5 GCFP (40 M€) rappelant aussi que le démantèlement de la SMSP « n’était pas acté ». Il répondait, à la question concernant la dette « colossale » de la SMSP, que Glencore allait abandonner cette dette ; il évoquait également la question des repreneurs, soit avec maintien de la structure productive actuelle et donc reconstruction des fours, ou d’autres solutions techniques possibles, mais plus longues à mettre en place.

Le JT passa rapidement sur l’article de Moutchou dans le Monde.

Passons au lendemain. Le matin du 4 décembre, LNC, d’après Outremers360, Moutchou répondait, à l’Assemblée nationale, au député Emmanuel Tjibaou. C’est un autre son de cloche que ce que contait le journal Le Monde de la veille : la ministre semble arc-boutée, moins ouverte… Cependant, aucune contradiction visible avec l’article du Monde ; juste une ambiance différente.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/naima-moutchou-appelle-les-forces-politiques-a-prendre-leurs-responsabilites

« … la ministre des Outre-mer a défendu la consultation anticipée sur l’accord de Bougival, "pas une demande de l’État" mais "des forces politiques elles-mêmes". Son interlocuteur a, lui, dénoncé des "négociations au forceps. Si vous vous inscrivez dans la continuité des accords de paix, une consultation référendaire non inscrite à l’accord de Nouméa sur un corps électoral […] sans amendement, sans fondement juridique, sur un projet contesté qui pourra être mis en œuvre après une révision constitutionnelle, c’est mettre pour nous la charrue avant les bœufs" ».

Moutchou a répondu ; « Pour créer les conditions du compromis, […] nous avons envoyé une mission de confiance. Elle est en pleine discussion, en plein travail avec les forces politiques aujourd’hui pour tenter justement de clarifier les points indispensables à cet accord de Bougival. Il appartient aux forces calédoniennes sur place de prendre leurs responsabilités parce qu’elles ne veulent pas repartir de zéro ». Tjibaou a rappelé la manif de NMC et s’est interrogé sur le manque de soutien de l’Assemblée aux Outre-mer : « Nous statuerons bientôt sur le PLF [Le Projet de loi de finances 2026, PC] et on ne voit toujours pas l’ombre des arbitrages attendus pour le pays, déjà au bord du gouffre ».

Le concurrent écrivait, un peu plus tard, à peu près la même chose ; mais avec un titre plus raide.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/passe-d-armes-entre-emmanuel-tjibaou-et-naima-moutchou-autour-de-la-consultation-sur-l-accord-de-bougival-1649477.html

« Le député de la deuxième circonscription, a tout d’abord souhaité interroger la ministre des Outre-mer sur les aides financières, grandement attendues localement. "Je cherche à comprendre la stratégie du gouvernement pour notre pays", lance le député. "Vous revenez d’une semaine de mission où vous indiquez que l’État, sera au chevet des Calédoniens. Avec -13 % de PIB, les finances des collectivités dans un état critique, 10 300 personnes qui ont perdu leur emploi depuis 2024. Sans mesures d’aides pour la NMC, filiale de la SMSP, ce sont 1 100 emplois d’agents et de sous-traitants et plus du double d’emplois induits qui vont être perdus d’ici le 20 décembre. On ne voit toujours pas l’ombre des arbitrages attendus pour 2026", regrette Emmanuel Tjibaou ».

Concernant l’institutionnel, la ministre a répondu aux attaques du député : « Je ne peux pas laisser prospérer cette petite musique qui consisterait à dire que la consultation anticipée serait du forceps ou du passage en force. Donner la voix aux Calédoniens pour se prononcer sur leur avenir, précisément, il me semble que c’est l’exercice de la démocratie ».

Et, pour rester à Paris, le PS parla du Caillou, encore en début de matinée.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/les-parlementaires-socialistes-appellent-a-suspendre-le-processus-de-consultation-anticipee-en-nouvelle-caledonie-1649492.html

« Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre Sébastien Lecornu, les parlementaires socialistes dénoncent la gestion politique du dossier calédonien et appellent à suspendre le processus de la consultation anticipée en Nouvelle-Calédonie, pour reprendre un dialogue constructif entre les forces politiques. […] "Quand des choix politiques se contredisent, ils deviennent illisibles pour celles et ceux auxquels ils s’adressent et dont ils engagent l’avenir. La situation calédonienne en fournit une illustration nette", écrivent les parlementaires socialistes ».

Le vocabulaire utilisé reprend celui du député Tjibaou : une « Démarche de contournement », avec « incohérences juridiques et politiques » qui « place la charrue avant les bœufs et s’écarte du calendrier et des mécanismes prévus », et qui « risque de désorienter les électeurs » ; bref : comme

« Face à cette initiative du gouvernement, les parlementaires socialistes appellent à "suspendre le processus de consultation tel qu’il est actuellement envisagé, afin de revenir à une démarche de dialogue et de construction consensuelle avec l’ensemble des forces politiques concernées. L’enjeu est d’autant plus crucial, que la Nouvelle-Calédonie évolue dans une région du Pacifique où les rivalités géopolitiques et économiques se multiplient. La capacité à aboutir conditionne l’avenir du territoire, au sein de cet environnement sensible" ».

En fin de matinée, était repris l’entretien de la veille au JT avec Karl Therby ; quelques précisons, dans l’écrit, sur lesquelles nous n’avions pas insisté.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/entretien-on-sollicite-un-pret-de-la-part-d-une-banque-qu-on-peut-rembourser-indique-karl-therby-president-de-la-smsp-1649228.html

« Beaucoup pensent que la SNNC, votre usine en Corée qui transforme le minerai calédonien en ferro-nickel, votre co-entreprise avec Posco, elle est rentable et qu’elle pourrait soutenir davantage ici la NMC. Est-ce vraiment le cas ? Elle l’était, rentable. Elle a beaucoup soutenu la NMC. Il y a un des prêts les plus importants de la NMC qui est garanti par la SNNC. D’autres, sont garantis par POSCO et par la SMSP, les actionnaires. Seulement, il y a eu une autre problématique sur le marché : c’est la guerre en Ukraine, qui a fait exploser les coûts de l’énergie. La Corée n’est pas une économie qui subventionne l’énergie pour ses usines électro-intensives. Donc, depuis 2022, la SNNC est en difficulté avec des pertes d’argent qui sont maîtrisées, mais qui sont présentes. Et qui l’empêchent aujourd'hui de soutenir davantage la NMC qu’elle ne l’a déjà fait dans le passé ».

Autre nouvelle importante, le jeudi 4 décembre encore, vers midi, NC 1ère annonçait des dissensions au sein du Palika. Petit coup de tonnerre, mais on n’en sait guère plus. Je pense que ça va faire un petit buzz…

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/dissensions-au-sein-du-palika-des-militants-contestent-certaines-prises-de-position-1649510.html

Ça devait arriver, ça se voyait depuis le revirement avec changement du porte-parole (le retour du vieux Washetine qui étonnait certains journalistes) mais c’est la première fois que la presse le mentionnait. Il était précisé que c’était le retrait du FLNKS et le soutien à l’accord de Bougival qui était critiqué ; on aurait pu penser au contraire que c’était les nouvelles râleries qui risquaient de mettre à mal le plan de Moutchou qui étaient évoquées !

Pas du tout, l’article est très clair : « Certains militants du Palika contestent notamment les décisions prises lors du dernier congrès du parti, à savoir : le retrait du FLNKS et la position en faveur de l’accord de Bougival ».

Néaoutyine est probablement sorti du bois au sein de son mouvement ! Va-t-il le faire publiquement ? Voilà une bonne question…

Le JT de Caledonia du mercredi 4 décembre commençait, pour ce qui nous intéresse ici, par le budget de la Province Sud : si l’État ne donnait pas de sous, « 2026 sera l’année de l’effondrement complet de la Nouvelle-Calédonie » (dixit Philippe Michel, de Calédonie ensemble) et, là, unanimité entre loyalistes radicaux et centristes. Au sujet de Bougival, le JT résume bien la passe d’armes entre Moutchou et Tjibaou ; et indique la dernière sortie du PS sur Bougival. Pas un mot, curieusement, sur l’arrivée de Christian Téin…

Celui de NC 1ère revenait sur le retour de ce dernier, précisant qu’il était toujours mis en examen, avec un long reportage (voir plus loin les commentaires) rappelant l’insurrection de mai 2024 et l’arrestation des présumés responsables. Le JT revenait aussi en détail (mais voir plus loin aussi avec un article écrit) sur le vote du budget de la Province Sud, ainsi que sur la sortie du PS. Un très intéressant reportage (avec le second volet, le lendemain) sur les tensions dans chaque camp, était ensuite diffusé concernant l’accord  de 1988 et la poignée de main entre Lafleur et Tjibaou : ils n’avaient pas le mandat de signer.

Le JT évoquait ensuite la cérémonie, le même jour à Ouaco, en hommage à Jacques Lafleur, « Jacquot de Ouaco », mais se taisait sur l’assassinat, par un opposants à l’accord de 1988, un an plus tard, de Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné.

Un peu d’économie maintenant. Selon LNC au milieu de l’après-midi, ça râlait donc à la Province Sud, qui adoptait son budget, contre les atermoiements de l’État en matière de gros sous…

https://www.lnc.nc/article/economie/sans-garantie-de-l-etat-la-province-sud-adopte-un-budget-2026-incertain

« Des projections fragiles, construites sur des hypothèses, alors que l’État n’a toujours pas annoncé le soutien financier qu’il compte apporter au territoire l’année prochaine. Un silence vivement critiqué par l’ensemble des formations politiques, lors de l'assemblée qui s’est tenue ce jeudi 4 décembre ». […] Reste que la cheffe de l’exécutif [Sonia Backès] s’est, elle aussi, montrée très critique à l’égard du gouvernement français, "qui nous met dans une situation intenable. Nous n’avons aucune réponse, tant sur son soutien financier que sur le ‘plan de relance massif'’ avancé par la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou". "À ce stade, il n’y a pas encore de garantie de l’État", a confirmé Catherine Merckx, commissaire déléguée de la République en province Sud ».

Le député Nicolas Metzdorf y avait révélé « l’existence d’un "plan de relance de 36 milliards de francs" qui serait consacré à la Nouvelle-Calédonie, en cours d’examen à Paris et objet d’un futur amendement déposé dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Mais pour disposer de cette somme, "il faudra qu’on parvienne à se mettre d’accord sur l’avenir institutionnel", a-t-il averti. Le député a ainsi renvoyé les oppositions au vote prévu lundi 8 décembre au Congrès, relatif à la consultation anticipée sur l’accord de Bougival, les enjoignant à émettre un avis favorable. "Il faut que nous, de notre côté, on soit réglo sur cette question si on veut le soutien de l’État" ».

Il n’emploie pas le mot chantage, mais on l’aura compris.

Et la Province de proposer un Plan Sud Retour (selon l’article) pour ceux qui sont partis…

Enfin, pour ce mercredi, en fin de soirée du 4 décembre, un article de NC 1ère (avec l’AFP) annonçait l’arrivée du président du FLNKS ; un article très équilibré dans ses commentaires.

https://la1ere.franceinfo.fr/le-leader-independantiste-christian-tein-de-retour-en-nouvelle-caledonie-1649606.html

Le début de l’article est objectif (rien à voir avec l’article de La Dépêche.nc (voir plus haut) : « Le leader indépendantiste Christian Téin […] a atterri en Nouvelle-Calédonie ce jeudi. Il avait été transféré dans l’Hexagone en juin 2024 pour sa supposée implication dans l'organisation des violences de mai 2024 sur le Caillou [Je souligne, PC] ».

« Le dirigeant indépendantiste est monté sans un mot dans une voiture en direction de Saint-Louis, fief kanak à la sortie de Nouméa, où il réside. Des messages "racistes et haineux". "Nous craignons pour sa sécurité", a déclaré à l’AFP Henri Juni, membre du bureau politique du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), en dénonçant les messages "racistes et haineux" relayés sur les réseaux sociaux. L’AFP a pu lire de nombreux commentaires hostiles, dont certains appelant Christian Téin à "avoir des yeux dans le dos" ».

L’article mettait les points sur les i : « Désigné président du FLNKS alors qu’il était incarcéré à Mulhouse pour son rôle présumé [Je souligne, PC] dans les émeutes de mai 2024, M. Téin divise toujours. Pour ses partisans, il était un prisonnier politique quand ses détracteurs font de lui le meneur des émeutes, des responsables politiques locaux le considérant comme un "terroriste". Une pétition en ligne réclamant qu’il ne remette pas les pieds en Nouvelle-Calédonie a recueilli plus de 13 000 signatures. […] Son contrôle judiciaire a été levé en septembre, ouvrant la voie à son retour, mais il reste mis en examen pour vols en bande organisée avec arme, destructions en bande organisée, et association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes et délits ». "Je suis heureux pour mon frère, qui a passé un an en prison à 17 000 km de chez lui, alors qu’il n’avait jamais mis les pieds en métropole", a déclaré Désiré Téin, présent à l’aéroport. "J'ai demandé au haut-commissariat à ce qu’il bénéficie d’une protection, mais je n’ai pas eu de réponse", a-t-il ajouté. Contacté par l’AFP, le haut-commissariat n’a pas souhaité commenter. [Je souligne encore, PC] ».

Suivait le reportage déjà passé au JT de la veille, très objectif également donc, rappelant en particulier les déclarations (non données par écrit dans l’article ; le 25 juin 2004) d’Yves Dupas procureur de la République expliquant la déportation (il ne le dit évidemment pas comme ça) : « Un certain nombre de responsables qui ont défini, planifié, préparé, mis en œuvre, un plan d’action violente, dans une logique de radicalisation violente dans le but de déstabiliser le territoire ».

Ce n’était qu’une sorte de réquisition, mais avant le procès (qui ne s’est toujours pas tenu) alors que les juges d’instruction de Métropole furent beaucoup plus réservés et avaient demandé sa sortie de prison.

« Christian Téin fera son retour sur la scène politique samedi à l’occasion d'un congrès extraordinaire du FLNKS, le premier où il sera physiquement présent en tant que président du mouvement ».

Bonne nouvelle pour ouvrir la journée du 5 décembre, nous informait presque en même temps NC 1ére et LNC : super-tempo de l’État, car Lecornu annonçait enfin, le 4 décembre, l’envoi de sous au Caillou (mais avec des calculatrices un peu différentes, celle de LNC semblant meilleure…).

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/264-milliards-de-francs-sur-5-ans-l-etat-detaille-son-plan-de-relance-pour-la-nouvelle-caledonie-1649810.html

Et.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/economie/politique/262-milliards-de-francs-sur-cinq-ans-pour-la-nouvelle-caledonie

Les contenus sont les mêmes. Il s’agit du « Pacte de refondation économique consacré à la Nouvelle-Calédonie » dont le financement était donc attendu désespérément avec une perte de recette fiscales autour de 60 GCFP (milliards) pour le Caillou en 2025. « Il faudra toutefois que le budget 2026 de la France soit adopté, et que la Nouvelle-Calédonie s’engage sur la réforme de son modèle » ; on pouvait s’y attendre ! Rien sur un bel alignement des planètes...

Le financement repose sur cinq piliers ; et ça ne fait (sans compter le soutien de la filière nickel, non chiffré ; voir plus loin) qu’un peu plus de 50 GCFP courants par an : 5 % environ du PIB calédonien en régime de croisière avant 2024, autour de 1 000 GCFP.

Quelques détails qui ne sont pas sans importance : 1°/ 36 GFCP pour soutenir les finances des collectivités (c’était annoncé par Metzdorf) ; 2°/ Le premier ministre ajoute qu’ensuite, « l’État soutiendra encore pendant quatre ans, à hauteur de 36 milliards en cumulé sur 2027-2030, les finances des collectivités. En revanche, à compter de 2030, l’État n’interviendra plus financièrement que dans ses domaines de compétences. Aucune subvention ne pourra ainsi être versée aux collectivités et aux entreprises en dehors de ce champ, strictement défini » ; 3°/ « Ces mesures seront proposées et soutenues dans le cadre du projet de loi de finances. "Leur adoption définitive dépendra du Parlement", indique Sébastien Lecornu ; 4°/ "Ce montant ne prend pas en compte l’éventuel soutien sur la période pour le secteur du nickel, lequel dépendra du résultat des négociations sur la nouvelle stratégie nickel", [Je souligne, PC] conclut le premier ministre » ; 5°/  « Le député Nicolas Metzdorf l’a révélé, jeudi 4 décembre, en assemblée de province Sud, Sébastien Lecornu vient de le confirmer : l’État va octroyer 36 milliards de francs aux collectivités territoriales pour l’année 2026. Cette aide prendra la forme d’un prêt garanti, ce qui devrait agacer un certain nombre de responsables politiques calédoniens, qui accusent l’État de surendetter la Nouvelle-Calédonie. Une partie de ce prêt, jusqu’à 12 milliards de francs, pourra toutefois être transformée en subventions, indique Sébastien Lecornu, "sous condition de la mise en œuvre effective de réformes nécessaires au rééquilibrage des finances de la Nouvelle-Calédonie".

Certains esprits chagrin pourraient trouver comme un chantage dans certains de ces détails…

Le graphique suivant, construit par votre serviteur, donne le faible niveau d’information chiffrée donné par l’État…

Illustration 2

Le 6 décembre, on apprenait que Gomès et Michel, de Calédonie ensemble, perdraient bien leur siège d’élus, à la Province Sud et, ainsi, au Congrès du Caillou.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/province-sud/philippe-gomes-et-philippe-michel-en-passe-de-perdre-leurs-sieges-au-congres-et-a-la-province-sud-1650185.html

Vieille histoire « d’emplois fictifs » entre 2014 et 2018  le Conseil d’État venait de valider l’application provisoire de leur peine d’inéligibilité après leur condamnation en juillet dernier, avec peines de prison. Voir plus loin les conséquences importantes pour le vote du Congrès le 8 décembre…

Super-tempo encore : cette décision tombait (mais c’est sans doute un hasard...) pile poil avant ce fameux Congrès.

Le même jour, commençait le congrès extraordinaire du FLNKS, avec Christian Téin sur place.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/province-nord/ponerihouen/le-flnks-doit-demeurer-ce-phare-vers-la-pleine-souverainete-christian-tein-ouvre-en-personne-le-congres-du-flnks-a-ponerihouen-1650179.html

« Un rendez-vous politique "historique", disent ses participants. Il est vrai que le FLNKS n’avait pas tenu de congrès en présence de son président depuis un quart de siècle. Et pour cause : entre 2001 et 2024, le front indépendantiste n’en avait plus, après Roch Wamytan lui-même précédé par Jean-Marie Tjibaou et Paul Néaoutyine. Puis la désignation de Christian Téin [dit "Bichou", PC] à la présidence, en août de l’an dernier, s’est faite en l’absence de l’intéressé : il était incarcéré en Alsace pour son rôle présumé dans les émeutes qui ont ébranlé la Calédonie à partir de la mi-mai ».

Suivre également le reportage vidéo où s’expriment en particulier des militants dissidents de l’UNI, présents aux congrès du FLNKS.

Le dimanche soir 7 décembre, Sonia Backès était l’invitée au JT de NC 1ère, à la veille de la réunion plénière du Congrès. Un reportage du JT indiquait que rien n’était joué

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/programme-video/la1ere_nouvelle-caledonie_journal-de-19h30-de-nouvelle-caledonie/diffusion/7816224-edition-du-dimanche-07-decembre-2025.html

Sonia Backès y défendait l’inversion du vote des Calédoniens sur Bougival, mais notait qu’un Non du Congrès, ce serait un stand-by de Bougival jusqu’à l’élection présidentielle de 2027 (avec au passage un coup de griffe à Calédonie ensemble, et singulièrement à Gomès, qui soutiendrait les indépendantistes). On a surtout beaucoup parlé de l’aide de l’État et du nickel avec le danger de cessation de paiements de la SLN fin décembre.

En fait, beaucoup de blablas sur la Province Sud, probablement pour éviter de trop parler du danger du lendemain au Congrès du Caillou… On sentait Backès un peu pessimiste, mais tout restait possible selon elle, les surprises n’étant pas rares aux réunions du Congrès...

L’article qui suit précisai, ne serait-ce que par son titre, certaines sorties de Backès. Cet article mettait les points sur le i, nettement plus que mon ressenti à l’écoute du JT.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/province-sud/s-il-y-a-un-avis-defavorable-sur-la-consultation-l-accord-de-bougival-est-en-danger-estime-sonia-backes-pour-les-loyalistes-1650692.html

« Sur le papier, ce vote a la valeur d’un avis. Mais on sait que la position du Congrès, concernant la consultation de mars autour du texte de Bougival, va peser sur la suite. […] Invitée politique à la veille de cette séance très importante, Sonia Backès n’y est pas allée par quatre chemins. "Concrètement, s’il y a un avis défavorable sur la consultation des Calédoniens, c’est l'accord de Bougival qui est en danger. Si on n’est pas en capacité : d’une part, de proposer un projet de loi constitutionnelle, parce qu’il n'y a pas de majorité [sur le plan national] ; d’autre part, de consulter les Calédoniens ; l’accord de Bougival sera mis en stand-by, sans doute jusqu’à 2027" ».

« Déjà, l’examen du projet de loi à Paris s’annonce épineux. Les parlementaires socialistes ont notamment dit qu’ils ne le soutiendraient pas. "Les socialistes ont effectivement mis fin à toute la procédure engagée par ceux qu’on a appelés les facilitateurs, pointe Sonia Backès. Ils "étaient en train de consulter les uns et les autres pour essayer de voir s’il y avait des points de convergence, des éclairages à apporter. La lettre du Parti socialiste est arrivée et a mis fin à toute possibilité de discussion considérant que, de toute façon, eux voteraient contre". "S’il y a un avis favorable en Nouvelle-Calédonie [ce lundi] sur cette consultation, avance l’élue non-indépendantiste, les choses seront dans les mains du Rassemblement national". Lequel "avait dit qu’il ne votait pas l’accord de Bougival parce qu’il considérait que la priorité, c’était le plan de relance économique et qu’il fallait injecter de l’argent en Nouvelle-Calédonie. Aujourd'hui, c’est le cas (…) Le Rassemblement national peut trouver là une réponse pour s’associer aux Républicains, à Renaissance et au bloc central, pour voter cette consultation des Calédoniens". "S’il n’y a pas Bougival, cet énorme plan de relance, qui serait décuplé par la perspective d’un accord, aura sans doute moins d’effets" ».

Petit espoir donc de Backès, grâce au RN de Métropole ; mais de là à penser que le plan serait décuplé (dans son montant) c’est un rêve... 

« La présidente de la province Sud s’est réjouie haut et fort, concernant l’un en particulier. "Je pense que l’inéligibilité de Philippe Gomès est une bonne nouvelle pour le camp non indépendantiste", renchérit-elle sur le plateau du JT. "Je mets un peu à part Philippe Michel, parce que finalement, il paie sa loyauté (…) Mais Philippe Gomès (…) prend le parti des indépendantistes alors que ses électeurs sont principalement non indépendantistes. Donc je pense que ça remet en place les équilibres" ». Ce n’est plus un rêve...

Lundi 8 décembre 2025 : le jour de gloire ou de déconfiture pour le projet de Bougival est-il arrivé ?

NC 1ère se le demandait dès 6 h du matin à Nouméa.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/congres-les-enjeux-d-une-seance-decisive-pour-le-processus-de-bougival-1650518.html

C’est une redite, certes, mais pour rafraîchir le mémoire de nos lecteurs…

« Pourquoi ce vote est important ? Un avis défavorable du Congrès, ce lundi, serait synonyme d’un coup d’arrêt dans la mise en œuvre du processus initié sous l’égide du ministre des Outre-mer Manuel Valls. Difficile d’imaginer dans ces conditions une majorité se dégager à l’Assemblée Nationale, pour voter la consultation prévue le 15 mars en Nouvelle-Calédonie. Les socialistes viennent de prendre leur distance par rapport à cette consultation anticipée. Ils avaient récemment soutenu le report des élections provinciales afin de donner plus de temps au dialogue entre élus calédoniens. Selon eux, le projet de loi proposé par le nouveau gouvernement Lecornu ne respecte pas cet enjeu. […] Une majorité incertaine. Si ces formations [Calédonie ensemble, L’Éveil océanien et surtout l’UNI, PC] ne changent pas de position, l’avis recevra un vote défavorable. Peu d’informations ont filtré sur les rencontres avec les émissaires du gouvernement national la semaine dernière. Mais selon nos informations, Calédonie ensemble a lié son vote à celui de l’Uni, qui doit encore se réunir lundi matin pour arrêter sa position ».

Petit suspense en plus : Philippe Gomès et Philippe Michel étant virés du Congrès (voir plus haut) ce sera une voix de plus pour les loyalistes (Nina Julié, ex-Calédonie ensemble, mais partie depuis des années avec Metzdorf, remplaçant Gomès).

Le même jour, LNC nous apprenait l’interdiction du « sit-in pacifique » du FLNKS devant le Congrès.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/societe/le-haut-commissariat-interdit-le-sit-in-du-flnks-prevu-ce-lundi-devant-le-congres

LNC (avec AFP) avait attendu le 8 décembre au matin pour rendre compte du congrès du FLNKS à Ponérihouen.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/nord/ponerihouen/politique/au-congres-de-ponerihouen-christian-tein-fait-son-retour-devant-les-militants-du-flnks

L’article notait que le FLNKS « … n’est peut-être pas aussi affaibli que ses détracteurs veulent le croire. Une partie des militants du Palika partage le point de vue du Front sur Bougival. "Un État de Nouvelle-Calédonie, mais dans la France ? Pour moi, ce n’est pas ça l’accès à la pleine souveraineté", pointe Eugène Merempon. À la tête du comité régional Palika de Ponérihouen, qui s’est officiellement opposé à la sortie du FLNKS, il a fait le déplacement au congrès. À ses côtés, des militants et des cadres d’autres comités, notamment des îles Loyauté ».

Résultat des courses : on ne connaissait pas encore, vers 17 h à Nouméa, le résultat du vote au Congrès du Caillou, mais compte tenu des nombreuses abstentions déclarés lors des deux heures de discussion (retransmises en direct sur NC 1ère) le Non était fin mal barré ! Et c’est une litote. Comme prévu, les loyalistes radicaux allaient voter Pour et le FNLKS Contre ; la plupart des autres (sauf erreur) a déclaré s’abstenir. La majorité des suffrages exprimés ne faisait que peu de doutes.

Ce fut le cas : 19 Pour, 14 Contre et 19 Abstentions !

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/direct-quel-avis-du-congres-sur-le-texte-de-la-consultation-a-propos-de-bougival-suivez-la-seance-1650695.html

Et LNC, au même moment, qui racontait la même histoire, en la contant dans l’ordre d’entrée en scène et en précisant que la mission d’écoute s’était achevée le 4 décembre.

https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/direct-le-congres-emet-un-avis-favorable-a-la-consultation-anticipee-sur-l-accord-de-bougival

On retrouve donc les centristes de Calédonie ensemble et de l’Éveil océanien et leurs alliés d’un jour, l’UNI, n’allant pas au bout de leurs râleries. On pouvait se consoler en disant que la majorité n’était pas pour... C’est, à mon avis, triste à pleurer, je n’en dis pas plus après cette lamentable réunion ! Mais le lecteur peut la regarder, soit sur les vidéos jointes à cet article, soit sur l’édition spéciale complète sur NC 1ère, avec les judicieux commentaires de Nicolas Font.

Cette séance du Congrès s’est tenue sans Gomès et Michel, mais cela aurait peu changé le vote : une Abstention en plus ; un Pour en moins (Nina Julié)…

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/jacques-lalie-philippe-gomes-et-philippe-michel-ne-font-plus-partie-du-congres-1650668.html

Le JT de Caledonia de ce jour ne dit rien de cette nouvelle ; je me demande donc si le JT est en direct...

Celui de NC 1ère en faisait sa une.

J’arrête là ce billet, écœuré :  Bougival, ce n’est pas foutu (pour le moment) ; le Palika n’a pas changé son fusil d’épaule, pas plus que ses deux complices. 

Cela a donc fait « pschitt »… 

Notes

[1] La SMSP fut jadis une propriété de la famille Lafleur de 1969 à 1990 ; elle fut rachetée à cette date (juste après les Accords de Matignon de 1988) par la SOFINOR (Société de Financement et d’Investissement de la Province Nord) le bras financier des indépendantistes qui sont au pouvoir dans cette Province grâce au génie d’André Dang, d’origine vietnamienne, compagnon de route et amis de Jean-Marie Tjibaou. C’est l’origine de l’Usine du Sud.

Voir, par exemple, l’article des Échos du 29 novembre 2000.

https://www.lesechos.fr/2000/11/nickel-caledonien-les-dirigeants-de-la-smsp-tues-dans-un-accident-757956

« Raphaël Pidjot était l’un des piliers de ce projet d’usine, considéré comme décisif pour relancer l’économie du nord de la Nouvelle-Calédonie et pacifier durablement l’île. Promis par le général de Gaulle il y a plus de trente ans, puis sans cesse différé, ce projet, symbolique de la plus grande participation des Calédoniens à la gestion des ressources naturelles du territoire, avait été relancé en 1998. Le gouvernement avait alors signé un accord avec la SMSP et Eramet, afin de transférer aux indépendantistes un gisement du groupe minier. Depuis, la SMSP et son partenaire industriel Falconbridge préparaient activement l’investissement ».

Il s’agit du gisement de Koniambo, près de la commune de Voh ; Eramet était et est toujours (pour combien de temps ?) l’actionnaire principal de la SLN et de son usine à Doniambo, presque au centre de Nouméa. Après la mort de Pidjot (d’une famille kanak bien connue) et membre du FLNKS, Dang reprit du service, et pour longtemps.

[2] Gag pour gag (je plaisante, évidemment) et totalement hors sujet (mais mes souliers ont passé autant de temps en Amérique latine que sur le Caillou ; j'espère que le lecteur me pardonnera...) : France 24 (avec AFP) nous annonçait en soirée du 29 novembre à Paris, comme une déclaration de guerre de Trump au Venezuela ! (Déclaration de Trump du samedi) ; évidemment, ça fait le buzz dans le monde, mais rien encore vers 18 h à Nouméa. Je les informe donc !

https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20251129-trump-consid%C3%A8re-l-espace-a%C3%A9rien-du-venezuela-ferm%C3%A9-caracas-condamne-une-menace-colonialiste

« Le Venezuela dénonce et condamne la menace colonialiste qui prétend affecter la souveraineté de son espace aérien, constituant ainsi une nouvelle agression extravagante, illégale et injustifiée contre le peuple vénézuélien » (communiqué du ministère des Affaires étrangères à Caracas).

« La déclaration de Donald Trump intervient alors que les États-Unis intensifient la pression sur le Venezuela avec un déploiement militaire majeur dans les Caraïbes, incluant le plus grand porte-avions du monde, et évoquent des frappes terrestres sur le territoire vénézuélien, dans leur lutte contre les cartels de la drogue. […] Le Venezuela "rejette avec une absolue fermeté le message diffusé sur les réseaux sociaux par le président" Trump "dans lequel il prétend appliquer de manière extraterritoriale la juridiction illégitime des États-Unis au Venezuela", poursuit le texte, estimant que Donald Trump "tente de manière insolite de donner des ordres et de menacer la souveraineté de l'espace aérien national, l'intégrité territoriale, la sécurité aéronautique et la souveraineté pleine de l'État vénézuélien. Ce type de déclarations constitue un acte hostile, unilatéral et arbitraire, incompatible avec les principes les plus élémentaires du droit international, et s’inscrit dans une politique permanente d’agression contre notre pays", ajoute le ministère ».

Samedi, l’aéroport de Caracas fonctionnait encore normalement.

C’était passé inaperçu, mais Courrier international annonçait déjà le 28 une énième sortie guerrière de Trump.

https://www.courrierinternational.com/article/conflit-trump-evoque-une-attaque-terrestre-tres-bientot-au-venezuela-maduro-promet-un-nouveau-vietnam_237918

Jeudi 27 novembre (à l’occasion d’un appel passé aux militaires américains pour Thanksgiving) Trump avait déclaré : « Ces dernières semaines vous avez travaillé à dissuader les trafiquants de drogue vénézuéliens […], qui ne sont plus très nombreux à arriver par la mer. […] Nous allons commencer à les arrêter par voie terrestre […] très bientôt ».

De son côté, Maduro avait haussé le ton : « Après s’être tu pendant des semaines, Nicolás Maduro semble avoir également décidé de hausser le ton, défiant − au moins en public − son homologue américain. Ce jeudi, il a enjoint à l’aviation de son pays de se tenir prête à défendre le territoire, indique le journal El Universal, évoquant la transformation du Venezuela "en une république en armes" , selon l’expression employée avec récurrence par le gouvernement vénézuélien, qui promet aux États-Unis de vivre un "nouveau Vietnam" en cas d’attaque ».

Cependant, selon l’article la piste diplomatique ne serait pas fermée.

Ajout du mercredi 4 décembre.

Maduro confirme avoir eu une conversation “cordiale” avec Trump | 7sur7.be

« J’ai conversé avec le président des États-Unis, Donald Trump. Je peux dire que la conversation s’est déroulée sur un ton respectueux, et même je peux dire qu’elle a été cordiale » a déclaré M. Maduro à la télévision publique. Donald Trump avait admis cette conversation (dont la presse s’était fait l’écho) : « Je ne dirais pas que cela s’est bien ou mal passé. C’était un appel téléphonique ».

Un peu de répit, donc ? 

[3] Cette troisième voie ou voie médiane a toujours existé, essentiellement au centre de l’échiquier politique ; certains (et j’y adhère) la définissent comme celle du « nationalisme calédonien » : ni loyaliste radical, ni indépendantiste, mais le plus souvent loyaliste autonomiste et anti-indépendantiste. Je pense qu’elle est surtout faite pour ça !

La palette est ainsi large.

D’abord, historiquement, l’Union calédonienne, l’UC fondée en 1953 par le député Maurice Lenormand, pharmacien catholique marié à une kanak protestante, ce qui peut expliquer bien des choses : il est le créateur du logo du parti (la croix verte des pharmaciens sur fond orange) et de son slogan qui est encore aujourd’hui celui de l’UC indépendantiste (« Deux couleurs, un seul peuple »). Cette vieille UC tint longtemps les rênes du pouvoir, fut balayé par le gaullisme et les Lafleur au milieu des années soixante, puis devint le parti indépendantiste actuel en mai 1977, toujours avec Lenormand (cependant marginalisé) Jean-Marie Tjibaou en devenant le nouvel homme fort.

Aujourd’hui, le principal représentant du nationalisme calédonien est sans doute le parti Calédonie ensemble (né en 2008) loyaliste centriste.

Les deux principales personnalités historiques encore de ce monde (et attachantes, selon moi) sont Jean-Pierre Taïeb Aïfa (87 ans aujourd’hui, mais encore vert et très actif) et Louis-José Barbançon (75 ans, et de plus en plus effacé).

Aïfa est un Caledoun, un descendant des Algériens déportés politiques après la révolte des kabyles Mokrani de 1871 ; il est surnommé « le Calife » ayant été pendant des lustres maire de Bourail ; bien avant, il adhéra dès 1959 à l’UC et en devint rapidement un cadre important, mais en sortit quand elle devint indépendantiste. Il devint alors l’un des piliers du parti qui reprenait en fait le centrisme de base de l’ancienne UC ; la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC) née, en 1979, qui va d’abord s’allier au RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République) de Jacques Lafleur.  

Pourtant, les différences font éclater en 1982 : le parti de Aïfa vota la création d’un impôt sur le revenu avec le Front indépendantiste né aussi en 1979 (l’ancêtre du FLNKS fondé seulement en septembre 1984). En juin 1983, le nouveau conseil de gouvernement fut élu : ce fut le premier « gouvernement » Tjbaou ; le second de 1984 était clandestin  mais toléré.

Aïfa et son parti furent alors traités de traîtres par le RPCR ; et la base électorale de la FNSC, fondamentalement anti-indépendantiste, le lâcha. Ce sera le triomphe de Lafleur et peut-être le déclencheur de ce qui sera la quasi-guerre civile jusque 1988. Lafleur prononça d’ailleurs en 1984 des mots très durs : « la troisième force [...] des individus mi-hommes mi-femmes [...] qui croient aux mirages ». Aïfa et son parti disparaissent du paysage politique, sauf à Bourail…

Quant à Barbançon, je m’y suis toujours intéressé (nettement plus qu’à Aïfa qui a peu écrit). Le lecteur pourra voir (ou revoir…) en particulier mon billet du 27 mars 2024 où je commentais (et confirmais) sa géniale prémonition (probablement quelques jours avant le 23 mars) titrée 1984-2024 et sous-titrée Il est encore temps, mais qui signifiait en plus clair « Ça va péter ! ». Et ce quelques semaines donc avant le 13 mai ! L’analyse du « nationalisme calédonien » que j’avais bêtement zappée depuis 2008, fut pour la première fois présentée.

https://blogs.mediapart.fr/patrick-castex/blog/270324/chaud-chaud-chaud-l-automne-sera-chaud-en-caledonie-le-debut-du-printemps-ici

Ce billet était titré Chaud, chaud, chaud, l’automne sera* chaud en Calédonie ! [Voir la signification, dans le billet, de l’astérisque *, PC] Le début du printemps ici… et sous-titré Même le sage historien Louis-José Barbançon, spécialiste du bagne, sort du bois avec une sorte de "J’accuse !" à la Zola contre les loyalistes et l’État ; son "nationalisme calédonien" centriste retrouve, enfin, le chemin d’une sorte d’indépendance-association. Il joue les Cassandre ; il n’a sans doute pas tort : quelques jours plus tard, une "disruption" dans le ronron institutionnel !

Mais bien avant l’insurrection de mai : seulement de très grandes manifs pacifiques des deux bords.

Bien plus jeune que Aïfa donc (il n’avait pas 30 ans en 1979) il ne fut que le Secrétaire général de la FNSC, et seulement jeune attaché de cabinet au Conseil du gouvernement.

Pour en savoir plus, lisez ce billet de mars 2024…

[4] Voir notre récent billet sur l’économie du Caillou.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.