Comme souvent, ce billet sera développé et quelquefois modifié (par exemple dès le 29 novembre...) jusqu’à la fin du suspense, si elle arrive...
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N’allons pas trop vite !
Le JT de la télé Caledonia du 27 novembre n’indiquait pas la nouvelle (coup de tonnerre qui fera donc peut-être « pschitt ») se contentant de rappeler le crash de l’hélicoptère qui avait tué, le 28 novembre 2000, sept personnes dont les membres de la direction de la SMSP (Société Minière du Sud Pacifique) avec Raphaël Pidjot, son directeur général[1]. Long reportage également sur le demi-siècle de la naissance du mouvement des femmes de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (l’EPKNC).
Le JT de NC 1ère la mentionnait ; c’est une bonne introduction au sujet traité ici.
LNC, le 28 novembre en fin de matinée, nous apprenaient la nouvelle, avec un titre qui n’évoque pas un coup de tonnerre.
L’article commence cependant de façon alarmiste : « Le groupe UNI, composé du Palika et de l’UPM, menace de retirer son soutien à l’accord de Bougival si des améliorations au texte ne peuvent pas être apportées d’ici la consultation prévue en mars. […] Dans les allées du Congrès, à quelques heures d’une commission très attendue sur la consultation citoyenne anticipée, le constat d’une partie des élus était cinglant, jeudi 27 novembre : "On ne comprend pas ce que fait l’État. Ce n’était déjà pas simple, là ça devient carrément compliqué", glisse un conseiller, inquiet des conséquences de la nouvelle manœuvre du gouvernement Lecornu sur un accord de Bougival déjà fragilisé. L’idée, avancée par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou le 14 novembre juste avant son départ du territoire, d’organiser un vote "pour" ou "contre" l’accord avant même l’adoption de la réforme constitutionnelle avait été validée par les formations politiques signataires – hors FLNKS – sans provoquer un enthousiasme débordant. À mesure que le projet se précise, certains partis se montrent de plus en plus réticents ».
Le plus important est sans aucun doute le revirement de position de l’UNI.
« "Si on avance dans ce sens, on pourrait rapidement revoir notre position sur l’accord", prévient Jean-Pierre Djaïwé, signataire et président de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) au Congrès. Ardent défenseur du texte, le groupe indépendantiste a récemment durci le ton envers l’État, accusé de faillir à sa parole. [Je souligne, PC] Au cœur de la mésentente : la possibilité d’amender le compromis. "Lors de la venue de la ministre, nous avons listé un certain nombre de sujets sur lesquels nous souhaitions revenir. On est tombés d’accord avec les partenaires calédoniens, mais on attend toujours une réponse de l’État". Or, ce dernier ne semble pas pressé de se saisir du sujet, malgré sa promesse de "poursuivre des discussions relatives à la mise en œuvre de l’accord, notamment à apporter les éclaircissements nécessaires" ».
Or, Moutchou en a décidé autrement : le vote concernera exclusivement « la mise en œuvre de l’accord de Bougival publié le 6 septembre au Journal officiel de la République française ». Et, ainsi, les modifications ne pourront être discutées qu’au moment « de la mise en œuvre » de l’accord, donc « après la consultation ». « De quoi s’interroger, indique l’article, sur la pertinence d’un vote qui pourrait porter sur un compromis rapidement obsolète. En cas de modifications majeures, quelle sera alors la réaction des Calédoniens, qui se seront exprimés sur une simple version provisoire ? ».
Rappelons que la ministre des Outre-mer affirmait pourtant, en boucle, lors de sa vite sur le Caillou, « que rien ne se ferait sans le FLNKS ».
L’article mentionne par ailleurs : « "Pour nous, c’est un vrai problème", affirme Jean-Pierre Djaïwé, dont la formation politique exige une révision des mécanismes de transfert de compétences prévues par l’accord. Il n’est pas le seul à se montrer dubitatifs ». Il en est en effet de même, et depuis quelque temps, des centristes Calédonie ensemble et de L’Éveil océanien.
On en saura plus le mercredi 3 décembre quand le Congrès local se réunira en séance publique.
De son côté l’État tenterait, indique l’article de mettre de l’eau dans son vin : « "On continue de discuter entre nous, mais pour acter des modifications, il faut la validation de l’État", souligne un élu. C’était justement l’objectif de la mission des hauts fonctionnaires, composée de l’ancien haut-commissaire Thierry Lataste et de Benoît Lombrière, ex-conseiller Outre-mer de Nicolas Sarkozy. Attendue ce vendredi en Nouvelle-Calédonie, elle a finalement été reportée, sans explication. Une déconvenue de trop, pour le groupe UNI, qui a décidé de boycotter la commission organisée ce jeudi. "Si l’État ne nous donne pas des engagements clairs d’ici mercredi 3 décembre [date de l’examen du projet de loi sur la consultation au Congrès, NDLR], nous voterons contre", menace Jean-Pierre Djaïwé. Les Loyalistes et le Rassemblement ont émis un avis favorable, tandis que l’Éveil océanien et Calédonie ensemble ont réservé leur vote pour la séance publique ».
Un peu plus tard, en soirée du 28 novembre, NC 1ère nous contait les choses avec d’autres détails.
L’article s’ouvre par : « L’accord de Bougival passe un nouveau test mercredi prochain, le 3 décembre, face au Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Les élus devront donner leur avis sur le projet de loi "organisant une consultation des populations intéressées". Et cette fois-ci, le texte présenté par le gouvernement français essuie des critiques au-delà du FLNKS. Selon nos informations, l’UNI a quitté la commission chargée d’étudier le sujet jeudi, [le 27 novembre, PC] en marquant son désaccord avec la tournure du projet. Le parti [Je souligne, PC ] indépendantiste [Ce n’est pas un parti, mais un groupe, une coalition électorale dominée évidemment par le Palika, PC] a fait savoir qu’il votera contre en l’état actuel. Deux autres formations ont exprimé leur réserve. Il s’agit de l’Éveil océanien et de Calédonie ensemble. "C’est la tournure que ça prend à l’heure actuelle mais on espère que les choses peuvent bouger d’ici mercredi. On va mener un certain nombre de négociations", indique-t-on du côté de l’Éveil océanien à NC la 1ère. Dans un communiqué diffusé ce vendredi, Calédonie ensemble regrette de son côté un projet de loi "juridiquement douteux, politiquement inapproprié, et temporellement inadéquat, (qui) a plus de chance d’enterrer Bougival que de le sauver". [Je souligne encore, PC] ».
Ça démarrait donc fort !
Ce qui risque ainsi de mettre le feu aux poudres, c’est, on l’avait d’ailleurs déjà indiqué dans nos billets précédents (et l’article de LNC le rappelait plus haut) l’intitulé de la question posée à ce curieux référendum. Les centristes, mais aussi l’UNI, râlaient un peu depuis un bon moment (en plaidant pour une reprise des négociations corrigeant, certes à la marge, l’accord de Bougival, dans le but de ramener le FLNKS dans le consensus) mais sans plus. Maintenant, ils sortent du bois, et surtout le Palika.
Il y aurait ainsi des remous dans ce parti ? Néaoutyine et Washetine reprendraient-ils la main ? C’est mon hypothèse, non soulevé par l’article (mais déjà évoquée dans mes billets précédents).
Calédonie ensemble, selon l’article, enfonce le clou : « "On peut s’interroger sur la possibilité, pour une loi ordinaire, d’instaurer un corps électoral restreint, sans base constitutionnelle, pour l’organisation d’une consultation qui n’est pas prévue par le Titre XIII" de l'accord de Nouméa, relève Calédonie ensemble dans son communiqué. Calédonie ensemble rejoint sur ce point la critique formulée par le FLNKS, qui a qualifié cette consultation de "juridiquement bancale" ».
Changement d’air à Nouméa ? L’État a ainsi de nouveau mis les pieds dans le plat en proposant cette question provocatrice aux électeurs du Caillou.
Tôt le matin du 29, NC 1ère notait l’arrivée, annoncée plus haut à Nouméa ce lundi 1er décembre, de la « mission d’écoute » (trois hauts fonctionnaires, dont Thierry Lataste, haut-commissaire de la Nouvelle-Calédonie de 1999 à 2002 et de 2016 à 2019) mandatée par le Premier ministre et la ministre des Outre-mer.
« … ils ont pour mission d’"appuyer l’action du gouvernement pour parvenir, avec l’ensemble des partenaires, à un accord consensuel sur l’avenir du territoire", comme l’indique le ministère des Outre-mer dans un communiqué daté du vendredi 28 novembre. […] Le communiqué donne quelques indications sur les missions confiées à ces trois hauts fonctionnaires. Ils devront proposer au gouvernement des ajustements afin de "lever les ambiguïtés, de consolider le texte et de favoriser l’adhésion la plus large possible" ».
Mais on n’en savait pas beaucoup plus.
Un peu plus tard dans la matinée, LNC confirmait, parlant d’une « mission de facilitateurs » et apportait quelques précisions.
Cette mission a pour objet, rapporté par l’article et selon la ministre « d’apporter les éclaircissements nécessaires » et de « parvenir, avec l’ensemble des partenaires, à un accord consensuel sur l’avenir du territoire ». Il faudra lever « les ambiguïtés, […] consolider le texte et […] favoriser l’adhésion la plus large possible ».
Ce n’est pas noté par l’article, mais on sent comme un rétropédalage (rapide) de l’État, rétropédalage peu apprécié par les loyalistes radicaux.
LNC insiste, et c’est important, en notant : « Les Loyalistes [le Groupe spécifique des loyalistes radicaux, PC] s’opposent à "une remise en cause de l’équilibre d’ensemble" de l'accord de Bougival. Dans un communiqué vendredi 28 novembre, les Loyalistes [Idem, PC] s’étonnent des prises de position de plusieurs groupes signataires de l’accord de Bougival, qui "ont exprimé de lourdes réserves quant à la poursuite du processus d’adoption de l’accord". Le mouvement politique estime qu’ils "réclament de nouvelles négociations en vue de le modifier avant sa présentation aux Calédoniens", remettant ainsi en cause ce qui avait été collégialement décidé. Les Loyalistes précisent que, "s’ils ont accepté de poursuivre le travail d’éclairage du texte, il n’a jamais été question que cela aboutisse à une remise en cause de l’équilibre d’ensemble du texte de compromis", ajoutant que si la logique d’indépendance-association (qui avait prévalu à Deva) revenait sur le tapis, "cela entraînerait immédiatement leur retrait" [Je souligne toujours, PC] ».
Le JT de NC 1ère indiquait la venue des trois hauts fonctionnaires, mais passait nettement plus de temps sur des histoires de pompiers.
En fin d’après-midi du 29 à Nouméa, NC 1ère tentait encore de nous éclairer, et ce fut le cas !
« "Êtes-vous favorable à la mise en œuvre de l’accord de Bougival publié le 6 septembre 2025 au Journal officiel de la République française ?". Voilà la question qui devrait être posée aux Calédoniens avant le 15 mars 2026. Un "oui" permettrait de continuer la mise en place de ce projet d’accord, alors qu’un "non" l’enterrerait ».
Une vidéo génialement humoristique mais en effet très éclairante et objective (selon moi) de Mathieu Ruiz Barraud, également auteur de l’article, ne doit pas, sous aucun prétexte, être ratée : pas une virgule à modifié. Je vous la laisse goûter.
À suivre, comme d’hab’...
Notes
[1] La SMSP fut jadis une propriété de la famille Lafleur de 1969 à 1990 ; elle fut rachetée à cette date (juste après les Accords de Matignon de 1988) par la SOFINOR (Société de Financement et d’Investissement de la Province Nord) le bras financier des indépendantistes qui sont au pouvoir dans cette Province grâce au génie d’André Dang, d’origine vietnamienne, compagnon de route et amis de Jean-Marie Tjibaou. C’est l’origine de l’Usine du Sud.
Voir, par exemple, l’article des Échos du 29 novembre 2000.
« Raphaël Pidjot était l’un des piliers de ce projet d’usine, considéré comme décisif pour relancer l’économie du nord de la Nouvelle-Calédonie et pacifier durablement l’île. Promis par le général de Gaulle il y a plus de trente ans, puis sans cesse différé, ce projet, symbolique de la plus grande participation des Calédoniens à la gestion des ressources naturelles du territoire, avait été relancé en 1998. Le gouvernement avait alors signé un accord avec la SMSP et Eramet, afin de transférer aux indépendantistes un gisement du groupe minier. Depuis, la SMSP et son partenaire industriel Falconbridge préparaient activement l’investissement ».
Il s’agit du gisement de Koniambo, près de la commune de Voh ; Eramet était et est toujours (pour combien de temps ?) l’actionnaire principal de la SLN et de son usine à Doniambo, presque au centre de Nouméa. Après la mort de Pidjot (d’une famille kanak bien connue) et membre du FLNKS, Dang reprit du service, et pour longtemps.