Quand les faits fâchent

Donald Trump ment énormément. Mais il ne suffit pas de rétablir la vérité pour le combattre. Une alarme sérieuse pour tous les démocrates.

Tous les hommes politiques mentent, c’est bien connu. Aux Etats-Unis, c’est même un fait étayé par des dizaines de journalistes – les «fact-checkers» (vérifieurs de faits). Mais la propension et la désinvolture avec lesquelles Donald Trump ment a de quoi rendre perplexe. Qu’il prétende sans sourciller avoir vu «des milliers et des milliers» d’Arabes du New Jersey célébrer la destruction des tours jumelles le 11 septembre 2001, qu’il affirme que 81 % des Blancs victimes de meurtres ont été tués par des Noirs ou qu’il soutienne s’être opposé à la guerre en Irak «avant même» que l’invasion commence, l’excentrique milliardaire semble plus fâché avec la vérité qu’un enfant de 8 ans. Au 30 juin, sur 174 déclarations examinées par le très sérieux site Politifact, spécialisé dans le fact-checking, 77 % étaient jugées partiellement fausses, fausses ou ultra-fausses.

Trois mots sur quatre prononcés par Donald Trump relèvent du mensonge. Les journalistes américains s’évertuent à les relever et à rétablir les faits mais la popularité du candidat ne s’en trouve pas affectée dans son camp. Pour beaucoup, cela relève du mystère. Une des explications tient à ce que les chercheurs appellent le backfire – le retour de flamme, en français. D’après eux, les faits n’ont pas nécessairement le pouvoir de faire changer d’avis. Au contraire ! Plusieurs études menées en 2005 et 2006 par l’Université du Michigan ont conclu que rétablir la vérité auprès de personnes mal informées – et en particulier auprès de ceux qui ont des avis politiques très tranchés – pouvait conduire à renforcer leurs convictions. Il s’agirait d’un mécanisme naturel de défense, qui vise à empêcher la dissonance cognitive que créerait un changement de croyances.

Ce phénomène, amplifiée par la rhétorique antimédia de Donald Trump, n’explique probablement pas entièrement la solidité de sa base électorale, mais il a de quoi décourager tous les journalistes et les démocrates – au sens premier du terme – qui pensent que l’information contribue à former des citoyens éclairés.

 

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