#balancetonporc à l'inspection du travail

Trois syndicats de l'inspection du travail interpellent publiquement la ministre du travail, Muriel Pénicaud, et la secrétaire d’État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, sur les violences sexuelles et sexistes au travail.

S'appropriant le hashtag #balancetonporc, les syndicats CGT, CNT et Sud-Solidaires de l'inspection du travail ont pris la plume pour interpeller publiquement le gouvernement et lancer une double alerte sur les violences sexuelles et sexistes, « celles sur lesquelles nous avons vocation à intervenir, et celles que nous subissons », précisent-ils dans leur lettre ouverte datée du 19 octobre 2017 (à lire ici).

Logo de la campagne du gouvernement (stop-violences-femmes.gouv.fr) Logo de la campagne du gouvernement (stop-violences-femmes.gouv.fr)
Manifestement choqués par le témoignage d'une salariée diffusé lundi 16 octobre sur France Inter, qui racontait avoir contacté l'inspection du travail en vain après avoir été agressée sexuellement par un client, puis menacée par l'employeur pour s'en être plainte et avoir dû par conséquent « gérer le traumatisme et la pression toute seule » (témoignage également consigné dans un article de Mediapart), les trois syndicats imputent la responsabilité de ce « constant accablant » au ministère du travail - les ministères de la justice, de la défense et de l'intérieur n'étant, de leur côté, pas en reste comme Rachida El Azzouzi et Christophe Gueugneau l'ont rapporté sur Mediapart.

L'accusant de « laxisme », ils lui reprochent de ne disposer d'« aucun plan de formation consistant » et de n'avoir jamais dispensé aux agents (d’accueil, de renseignement et de contrôle) aucune formation reposant sur une expertise « scientifique, juridique et pratique » qui leur permette de faire face à ce qu'ils qualifient de « situations dramatiques, tels que les viols d’apprenties mineures » et non d'être « renvoyé.es à leurs insuffisances ou erreurs éventuelles et à la culpabilité y afférent.» Ils exigent, en conséquence, la mise en œuvre d'un « plan d'action » comportant notamment un volet formation et des mesures visant à l'amélioration et à l'institutionnalisation de la coopération de l'inspection du travail avec les « professionnel.les et les associations spécialisés ».

Mais ils ne s'arrêtent pas en si bon chemin et pointent, plus largement, l'hypocrisie du gouvernement dans sa prétention affichée à « renforcer l’action des services de l’État dans un contexte de réduction massive d’effectifs ». Citant la tribune de Laure Ignace, juriste à l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) récemment publiée par L'Humanité et revendiquant « l’arrêt du plan social en cours au Ministère du travail », ils martèlent avant d'interpeller vertement le gouvernement : « Sur les 5 dernières années, le nombre d’agent.es de contrôle est passé de 2 289 à 1 800, soit 489 de moins : c’est 1 poste sur 5 ! Au 1er janvier 2018, pour la seule région Ile-de-France, c’est 1 poste sur 10 de plus qui va être supprimé ! ... C’est une imposture de prétendre lutter contre les violences sexuelles au travail tout en sabrant les effectifs des agents chargés de veiller au respect des droits des femmes victimes de tels agissements ».

Logo des administrations ayant obtenu le "Label Diversité" Logo des administrations ayant obtenu le "Label Diversité"
Les trois syndicats relèvent enfin « de nombreux cas... d’agressions sexuelles, d’exhibitionnisme, de harcèlement sexuel et de discriminations » dont auraient eu à souffrir des femmes au sein du ministère du travail, qui se seraient « heurtées au mépris le plus total de l’administration, quand ce n’était pas à la violence institutionnelle ».

Et de citer le cas d'un agent accusé de harcèlement sexuel ayant fait l'objet d'un simple changement de service après six mois de mobilisation des victimes, contraintes de leur côté à demander leur mutation, ou le cas d'un agent reconnu coupable de harcèlement sexuel, simplement déplacé avant un départ à la retraite, puis rappelé pour être membre de jurys d'examen et formateur, ou encore la réponse faite à l'alerte lancée par un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail régional suite à des agressions sexuelles : « Elles ont porté plainte ? Non ? Alors il n’y a pas de situation ». Ils rappellent également l'interpellation restée sans suite que deux d'entre eux (les syndicats CGT et Sud-Solidaires) ont lancée à la ministre Pénicaud au mois de janvier 2017 (à lire ici).

Lassés de sa « passivité », ils décochent une dernière flèche en conclusion de leur lettre : « le Ministère du travail participe plus à ce qu’il faut bien nommer la "culture du viol" qu’à la lutte contre les violences faites aux femmes.»

 

N.B. : Les syndicats CGT et Sud du ministère du travail ont réuni près de 40 % des suffrages exprimés lors des dernières élections professionnelles organisées en 2014 (26,2 % pour le premier et 13 % pour le second, avec une participation de 77,5 %, seul le ministère des finances enregistrant une participation plus élevée dans les administrations de la fonction publique d’État).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.