Nos libertés en lambeaux

Quel est donc cet ennemi qui nous prive de nos libertés comme jamais les Français n'en ont été privés ? Quel est cet Etat qui dicte notre quotidien comme jamais la STASI n'aurait osé le faire ?

Elles tombent unes à unes, par lambeaux, telle la peau des pestiférés. Se déplacer est compliqué. Liberté surveillée. Travailler est compliqué. Liberté confinée. Être malade est compliqué. Liberté numérisée. Mais c'est pour notre bien comme disent tous les despotes. Le bien pour le peuple, le bien pour la Nation, le bien pour notre belle société qui saura se défendre contre toutes ces... Mais se défendre contre qui ? Contre quoi ?  

Quel est donc cet ennemi qui nous prive de nos libertés comme jamais les Français n'en ont été privés ? Quel est cet Etat qui dicte notre quotidien comme jamais la STASI n'aurait osé le faire ? Ne serions-nous plus protégés par nos institutions ? Le Conseil Constitutionnel souffre d'une grave extinction de voix. Le défenseur des libertés est devenu aphone tout comme le défenseur des droits. Le semblant de démocratie parlementaire, réduit à quelques députés saupoudrés dans l'hémicycle, est piétiné. Mais un Etat totalitaire et autoritaire n'en est pas vraiment un sans contrôler l'information. C'est chose faire depuis quelques jours. Sincèrement, pendant une poignée heures, j'ai eu peur qu'ils ne l'aient oublié.

Toute cette architecture politique, la crise sanitaire - mais en est-ce vraiment une lorsqu'on reprend la littérature médicale des années précédentes ? - s'estompant, n'aurait besoin que de quelques ajustements pour être convertie à des fins encore moins avouables. C'est ce que je ressent et que, j'ose imaginer, beaucoup d'autres ressentent. Alors faut-il se résigner et attendre les jours heureux (Non ! pas les siens mais les nôtres) ? Ou faut-il se préparer à combattre avec le même niveau de violence que celui que nous avons connu il y a quelques mois ?   

Tant de questions sans réponse m'ont conduit à remplir conscienseusement mon attestation de déplacement dérogatoire. J'ai marché dans les rues désertes de Paris, j'ai pleuré, j'ai poussé des soupirs et pour finir je suis rentré chez moi. Cette période est noire, elle est atroce. Le meilleur des musiciens garde pour lui le meilleur de son art, ce qu'il est le seul à entendre. Le poète garde pour lui le meilleur de son art, ce qu'il est le seul à entendre. Faisons comme eux en gardant pour nous ce que nous sommes les seuls à entendre jusqu'à n'en plus pouvoir et dans un même élan, reconquérir nos libertés. Pour leur faire entendre nos voix.

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