L'horreur et le colibri

Je me souviens des bidons noirs de Reiser, réservoirs à soleil, et de la Gueule Ouverte de Pierre Fournier. Je me souviens de René Dumont, de "son" Afrique noire mal partie et de sa candidature aux présidentielles de 74. Délégués des CAL (comités d'action lycéens), nous avions en Mai 68 - pour certains - pris connaissance du choix difficile et indispensable à faire entre les projets.

Dans six mois, ou demain, il y aura l'horreur à nouveau; du sang. Inéluctable. Annuler - sous cette pression - la réunion des hommes de bonne volonté du monde (même si bonne volonté avec arriéres-pensées) eut été... une catastrophe. L'acceptation du pire, la soumission à l'inacceptable.

Or, il y a urgence, le temps des convergences est venu pour le pire... mais aussi pour le meilleur: colibris, mes camarades, continuons à regarder dans la bonne direction. L'avenir ne se prévoit pas, il se décide: il est encore (tout juste) possible de partager la détermination de St Exupéry. Dessinons un soleil, un mouton à cinq pattes, une utopie pour les mécréants qui refusent la religion de la croissance sans fin et la folie de la finance cupide. Pour ceux qui veulent "faire leur part".

A cet instant, rien ne dit le résultat du vote de ce jour. J'espére simplement un coup d'arrêt aux arrogances souvent haineuses des simplificateurs, des réducteurs démagogues et racistes: tout est dans tout plus que jamais. Et rien n'est simple. Cavanna avait écrit, en marge de l'un des textes de Fournier dans Charlie, "Fournier! Fournier! Tu paumes les pédales! Ce n'est pas parce qu'on te laisse déconner qu'il faut te croire obligé de le faire." Bien sûr, il y a mille sujets de débat pour les porteurs de vérités iconoclastes, pour les lanceurs d'alertes et autres emmerdeurs. Le jour (s'il vient) où leur vérité sera celle de tous, ils seront probablement oubliés. La seule victoire qui vaille.

Le parti du colibri est le bon. Nous n'avons qu'une planéte. Elle regarde dériver les continents (bof!) et le massacre de l'éco-systéme (aïe!) Elle s'en fout. Pas nous. Et nous avons seuls (encore, peut-être) la maitrise de l'horloge. La COP21 restera un moment historique, décisif. Rien n'est fait... mais il y a un vrai début de lucidité à l'échelle planétaire, un vrai socle pour agir, une piste d'envol pour les milliards de colibris. Le diable est dans les détails? Il faut le chercher et l'asperger d'eau bénite ou le couvrir de goudron et de plumes.

Surtout ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain... simplement se battre pour "forcer le destin à chaque carrefour", pour interdire la synergie - qui serait désormais fatale -  entre les dangers, la terreur,  des croyances pour esprits faibles et les délires cupides de certains esprits forts. Faisons simple, camarades.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.