Macron et ses juges blanchissent les banques, la justice américaine les fait payer

Alors que la Société Générale s’apprête à signer un accord avec la justice américaine pour son implication dans l’affaire de la manipulation du Libor (un taux interbancaire) et pour de graves accusations de corruption en Libye, en France les banques continuent de commettre leurs exactions en toute impunité et surtout d’en retirer des profits aussi considérables qu’illégitimes.

Aux États-Unis, c’est un chèque estimé à 1 milliard de dollars que la Société Générale devrait verser dans le cadre d’un accord amiable pour échapper à des poursuites et préserver son image. Rappelons qu’entre 2008 et 2014, les banques américaines ont déboursé 110 milliards de dollars pour solder des procès relatifs aux subprimes tandis que dans le même temps les banques françaises s’acquittaient de quelques malheureux millions d’euros. Selon une étude du Boston Consulting Group[1], les banques ont payé 321 milliards de dollars entre 2009 et 2016 pour des activités non conformes à la réglementation. Les pénalités des soi-disant régulateurs européens représentent à peine 6 % de ce total, preuve s’il en est de leur laxisme à l’égard des banques. À titre d’exemple, en France, sur l’ensemble de l’année 2016, l’Autorité de contrôle prudentiel a infligé des sanctions aux banques pour un montant total de… 6,5 millions d’euros !

 

Sous la protection d’un quatuor d’institutions félonnes composé du gouvernement, du parlement, du conseil constitutionnel et des juridictions civiles et administratives, devenus des professionnels de la forfaiture, les banques continuent de verser des rémunérations éhontées à leurs dirigeants, de gaver leurs actionnaires grâce à des profits démesurés réalisés sur le dos de la population, des hôpitaux et des collectivités locales. Un seul exemple pour bien comprendre l’étendue de l’escroquerie bancaire. À Nîmes, la communauté d’agglomération a remboursé au Crédit Foncier de France (filiale du Groupe BPCE) un emprunt toxique de 10 millions d’euros en versant à la banque, en plus des 10 millions, une indemnité de remboursement anticipé de 58,6 millions d’euros. Cela dans un contexte où les banques privées empruntent l’argent à la BCE à 0 %, voire à moins 0,40 % et où l’on nous bassine à longueur de journée avec le statut des cheminotes et des cheminots. Il y a quelques jours, suite à des recours engagés par des collectivités contre les banques qui leur avaient fait souscrire des emprunts toxiques, la Cour de cassation a rendu des décisions qui exonèrent ces banques de toute responsabilité.

 

Plus que jamais, la dette devient un instrument de chantage pour justifier la mise en place de politiques d’austérité, l’attaque des droits sociaux et le démantèlement des services publics. Derrière la dette publique nationale, la dette des établissements publics de santé, la dette des collectivités territoriales, la dette de la sécurité sociale, celle de la SNCF, la dette des ménages et des étudiants, une même logique est à l’œuvre. D’abord, faire des cadeaux fiscaux aux plus riches et maintenir au plus bas les salaires, les pensions et les prestations sociales. Ensuite, compenser le manque financier qui en résulte par des emprunts souscrits auprès des banques, voire par un paiement d’achats alimentaires différé comme vient de le mettre en place Casino. Puis, il n’y a plus qu’à utiliser les médias pour relayer le discours dominant destiné à culpabiliser les salariés bénéficiaires de droits trop généreux, et les familles, coupables de dépenses sociales démesurées. Enfin, les professionnels des basses œuvres du capital n’ont plus qu’à voter de nouvelles lois pour graver dans le marbre les dispositifs de régression sociale.

 

Il est grand temps de mettre à bas ce système dette par l’annulation des dettes illégales, illégitimes, odieuses et insoutenables qui imposent aux populations un racket avec la complicité des institutions. Les milliards d’euros volés chaque année par les banques, les grosses sociétés et les très riches contribuables manquent à la société pour assurer une fin de vie respectueuse à ses anciens, soigner dignement ses malades, donner à sa jeunesse les moyens d’étudier dans des conditions correctes et permettre à ses travailleuses et ses travailleurs de percevoir un salaire qui permette de vivre décemment.

 

Toutes et tous ensemble, solidairement, luttons pour engager dès ce mois de mai un premier pas déterminé vers la désobéissance citoyenne et le renversement du système mortifère qui détruit la planète et nos vies.

  

[1]http://image-src.bcg.com/BCG_COM/BCG-Staying-the-Course-in-Banking-Mar-2017_tcm9-146794.pdf

le prochain numéro de la revue du CADTM, « Les autres voix de la planète », consacre un dossier complet aux banques. Abonnez-vous pour le recevoir :

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