Patrick Saurin
Abonné·e de Mediapart

40 Billets

1 Éditions

Billet de blog 4 mai 2018

Macron et ses juges blanchissent les banques, la justice américaine les fait payer

Alors que la Société Générale s’apprête à signer un accord avec la justice américaine pour son implication dans l’affaire de la manipulation du Libor (un taux interbancaire) et pour de graves accusations de corruption en Libye, en France les banques continuent de commettre leurs exactions en toute impunité et surtout d’en retirer des profits aussi considérables qu’illégitimes.

Patrick Saurin
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aux États-Unis, c’est un chèque estimé à 1 milliard de dollars que la Société Générale devrait verser dans le cadre d’un accord amiable pour échapper à des poursuites et préserver son image. Rappelons qu’entre 2008 et 2014, les banques américaines ont déboursé 110 milliards de dollars pour solder des procès relatifs aux subprimes tandis que dans le même temps les banques françaises s’acquittaient de quelques malheureux millions d’euros. Selon une étude du Boston Consulting Group[1], les banques ont payé 321 milliards de dollars entre 2009 et 2016 pour des activités non conformes à la réglementation. Les pénalités des soi-disant régulateurs européens représentent à peine 6 % de ce total, preuve s’il en est de leur laxisme à l’égard des banques. À titre d’exemple, en France, sur l’ensemble de l’année 2016, l’Autorité de contrôle prudentiel a infligé des sanctions aux banques pour un montant total de… 6,5 millions d’euros !

Sous la protection d’un quatuor d’institutions félonnes composé du gouvernement, du parlement, du conseil constitutionnel et des juridictions civiles et administratives, devenus des professionnels de la forfaiture, les banques continuent de verser des rémunérations éhontées à leurs dirigeants, de gaver leurs actionnaires grâce à des profits démesurés réalisés sur le dos de la population, des hôpitaux et des collectivités locales. Un seul exemple pour bien comprendre l’étendue de l’escroquerie bancaire. À Nîmes, la communauté d’agglomération a remboursé au Crédit Foncier de France (filiale du Groupe BPCE) un emprunt toxique de 10 millions d’euros en versant à la banque, en plus des 10 millions, une indemnité de remboursement anticipé de 58,6 millions d’euros. Cela dans un contexte où les banques privées empruntent l’argent à la BCE à 0 %, voire à moins 0,40 % et où l’on nous bassine à longueur de journée avec le statut des cheminotes et des cheminots. Il y a quelques jours, suite à des recours engagés par des collectivités contre les banques qui leur avaient fait souscrire des emprunts toxiques, la Cour de cassation a rendu des décisions qui exonèrent ces banques de toute responsabilité.

Plus que jamais, la dette devient un instrument de chantage pour justifier la mise en place de politiques d’austérité, l’attaque des droits sociaux et le démantèlement des services publics. Derrière la dette publique nationale, la dette des établissements publics de santé, la dette des collectivités territoriales, la dette de la sécurité sociale, celle de la SNCF, la dette des ménages et des étudiants, une même logique est à l’œuvre. D’abord, faire des cadeaux fiscaux aux plus riches et maintenir au plus bas les salaires, les pensions et les prestations sociales. Ensuite, compenser le manque financier qui en résulte par des emprunts souscrits auprès des banques, voire par un paiement d’achats alimentaires différé comme vient de le mettre en place Casino. Puis, il n’y a plus qu’à utiliser les médias pour relayer le discours dominant destiné à culpabiliser les salariés bénéficiaires de droits trop généreux, et les familles, coupables de dépenses sociales démesurées. Enfin, les professionnels des basses œuvres du capital n’ont plus qu’à voter de nouvelles lois pour graver dans le marbre les dispositifs de régression sociale.

Il est grand temps de mettre à bas ce système dette par l’annulation des dettes illégales, illégitimes, odieuses et insoutenables qui imposent aux populations un racket avec la complicité des institutions. Les milliards d’euros volés chaque année par les banques, les grosses sociétés et les très riches contribuables manquent à la société pour assurer une fin de vie respectueuse à ses anciens, soigner dignement ses malades, donner à sa jeunesse les moyens d’étudier dans des conditions correctes et permettre à ses travailleuses et ses travailleurs de percevoir un salaire qui permette de vivre décemment.

Toutes et tous ensemble, solidairement, luttons pour engager dès ce mois de mai un premier pas déterminé vers la désobéissance citoyenne et le renversement du système mortifère qui détruit la planète et nos vies.

[1]http://image-src.bcg.com/BCG_COM/BCG-Staying-the-Course-in-Banking-Mar-2017_tcm9-146794.pdf

* le prochain numéro de la revue du CADTM, « Les autres voix de la planète », consacre un dossier complet aux banques. Abonnez-vous pour le recevoir :

http://www.cadtm.org/Pour-une-transformation-radicale

http://www.cadtm.org/Revue-Les-autres-voix-de-la

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Élisabeth Borne à Matignon : Macron choisit la facilité
Trois semaines après sa réélection, Emmanuel Macron a décidé de nommer Élisabeth Borne comme première ministre. À défaut d’élan ou de signal politique, le chef de l’État a opté pour un profil loyal, technique et discret, dans la veine de son premier quinquennat.
par Dan Israel et Ilyes Ramdani
Journal — Terrorisme
Le manifeste du tueur de Buffalo précise la menace terroriste d’extrême droite
Payton Gendron, le terroriste d’extrême droite qui a tué dix personnes à Buffalo (États-Unis) le 14 mai, a publié un manifeste qui mérite d’être comparé avec celui de Brenton Tarrant, auteur néo-zélandais de l’attentat de Christchurch. En s’inscrivant dans une continuité historique du suprémacisme blanc meurtrier, il appelle aussi à le prolonger.
par Nicolas Lebourg
Journal
Ultradroite : nos enquêtes
En France, six projets d’attentats attribués à l’ultradroite ont été déjoués depuis 2017.  La professionnalisation de ces groupes, leur facilité à s’armer et les profils hétéroclites des activistes inquiètent les services de renseignements.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Le « grand remplacement », idéologie meurtrière
Attribué au principal suspect de l’attentat de Christchurch (Nouvelle-Zélande), un manifeste intitulé « Le grand remplacement », en référence au fantasme d’extrême droite du même nom, dénonce les « invasions étrangères » en Europe, et cite tout particulièrement le cas de la France.
par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
Picasso et la sorcière
[Rediffusion] Picasso, Dora Maar et la culture du viol
par Nina Innana
Billet de blog
Pour Emily et toutes les femmes, mettre fin à la culture du viol qui entrave la justice
Dans l'affaire dite du « viol du 36 », les officiers de police accusés du viol d'Emily Spanton, alors en état d'ébriété, ont été innocentés. « Immense gifle » aux victimes de violences masculines sexistes et sexuelles, cette sentence « viciée par la culture du viol » déshumanise les femmes, pour un ensemble de collectifs et de personnalités féministes. Celles-ci demandent un pourvoi en cassation, « au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, au nom de la protection des femmes et de leur dignité ».
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
La condescendance
Je vais vous parler de la condescendance. De celle qui vous fait penser que vous ne savez pas ce que vous voulez. De celle qui vous fait penser que vous savez moins que les autres ce que vous ressentez. De celle qui veut nier votre volonté et qui vous dit de vous calmer et que « ça va bien s'passer » (comme le disait M. Darmanin à la journaliste Apolline de Malherbe le 8 février 2022).
par La Plume de Simone
Billet de blog
Procès Amber Heard - Johnny Depp : l'empire des hommes contre-attaque
Cette affaire délaissée par les médias généralistes en dit pourtant beaucoup sur la bataille culturelle qui se joue autour de #metoo.
par Préparez-vous pour la bagarre