Freud, Macron, les Gilets Jaunes et les Black Blocs

Il y a quelques années, Joe Dassin chantait : "Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées"... Et il y a presque un siècle, Sigmund Freud publiait "L'avenir d'une illusion", un livre dont le titre résume à lui seul le destin du programme macroniste.

Dans les premières pages de ce livre, un surprenant passage nous donne une clé pour la compréhension des événements survenus aux Champs Elysées samedi 16 mars à l'occasion de l'acte 18 des Gilets Jaunes. Nous le proposons à la sagacité des lectrices et lecteurs et profitons de l'occasion pour en faire profiter Macron et son monde ministériel moisi ainsi que les médias mainstream moisis et leurs expertes et experts en "Saccages, pillages, violences et autres dégradations". Voici cet extrait du livre de Freud : 

"Il faut s'attendre à ce que ces classes laissées pour compte envient aux privilégiés leurs prérogatives et fassent tout pour se débarrasser de l'excédent de privation qui est le leur. Là où ce n'est pas possible s'affirmera au sein de cette culture un degré permanent de mécontentement qui pourrait bien conduire à de dangereuses révoltes. Mais lorsqu'une culture n'est pas parvenue à dépasser l'état où la satisfaction d'un certain nombre de participants présuppose l'oppression de certains autres, de la majorité peut-être - et c'est le cas de toutes les cultures actuelles -, il est alors compréhensible que ces opprimés développent une hostilité intense à l'encontre de la culture même qu'ils rendent possible par leur travail, mais aux biens de laquelle ils n'ont qu'une part trop minime. Quant à une intériorisation des interdits culturels, on ne doit pas s'y attendre chez les opprimés, bien au contraire, ces derniers ne sont pas prêts à reconnaître ces interdits, ils tendent dans leurs efforts à détruire la culture elle-même et à supprimer éventuellement jusqu'à ses présupposés. L'hostilité à la culture manifestée par ces classes est si patente qu'en raison d'elle on n'a pas vu l'hostilité plutôt latente des couches sociales mieux partagées. Il va sans dire qu'une culture qui laisse insatisfait un si grand nombre de participants et les pousse à la révolte n'a aucune chance de se maintenir durablement et ne le mérite pas non plus."  1

Ces derniers mots de Freud ne peuvent-ils pas s'interpréter, freudiennement s'entend, comme un soutien aux Gilets Jaunes et aux Black Blocs ? Dans ces lignes, Freud ne dit rien d'autre que cette réalité factuelle résumée par un slogan bien connu : "Qui sème la misère récolte la colère". C'est bien la violence du pouvoir contre les classes populaires qui provoque la révolte et la transgression des interdits. Au pouvoir, relayé par ses médias aux ordres, qui se lamente sur le coût de la violence, nous répondons : en effet, la violence n'est pas gratuite... et si elle a un coût, elle a aussi une cause : lui !

 

1. Sigmund Freud, L'avenir d'une illusion, Paris, PUF, 2010, pp. 12-13. Dans son livre, Freud donne une définition assez extensible de la culture. Pour lui, "La culture humaine... présente... deux faces à l'observateur. Elle englobe d'une part tout le savoir et tout le savoir-faire que les hommes ont acquis afin de dominer les forces de la nature et de gagner sur elle des biens pour la satisfaction des besoins humains, et d'autre part tous les dispositifs qui sont nécessaires pour régler les relations des hommes entre eux et en particulier la répartition des biens accessibles." (p. 6). C'est cette répartition des biens accessibles qui est posé avec vigueur pr les Gilets Jaunes et leur combat.

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