Serge Reggiani nous chantait  les Loups qui entraient dans Paris à une époque où les “hommes avaient perdu le goût de vivre et se foutaient de tout.”  Ce matin, j’écoutais le podcast du Billet de François Morel sur France Inter. Inspiré de Reggiani, il adapte son propos à cet extrême-droite qui progresse sans arrêt en France.   Il m'a inspiré cette photo de mes petits Libres-Butineurs et cette réflexion sur les barbelés que je partage.

2013-09-21 12.51.10

La nature a créé les ronces. Elles ont longtemps protégé notre maison à la mer, au milieu des bois. On pouvait la laisser ouverte, personne ne venait voler, parce qu’il n’y avait pas moyen de s’enfuir. C’est ce qui a du inspiré Louis Jannin  l’inventeur du fil barbelé qu’un américain finira par industrialiser pour aider les cow-boys à parquer leurs animaux.
Et depuis, le fil progresse. Au piquant, s’ajoutera le courant électrique et le flux des idées s’est mis à emporter ce fil partout où la privation de liberté semblait s’imposer. Avec la politique et la communication de masse, les idées qui servent aux troupeaux finissent par servir aux humains.  Les riches protègeront leurs propriétés des pauvres. Les communistes se protègeront des capitalistes en plantant ces fils sur le tracé du mur de la honte à Berlin. Les Nazis encadreront de ces fils les camps de la mort. Un modèle dont on s’inspire encore pour les camps de réfugiés. Les sols nationaux se couvrent de rouleaux de ces fils, en temps de guerre, pour empêcher l’ennemi d’avancer. Le fil barbelé symbolise l’exclusion.
Aujourd’hui, l’Europe est passée de 6 à 27 pays, sans barbelés, sans chars d’assauts. Mais les barbelés restent dans nos têtes et celles de ceux que nous élisons. C’est à cause de l’Europe que tout va mal. A cause des 26 autres, plus tous ceux qui voient dans cette région l’Eldorado que nous ne voyons plus. Nous avons oublié que si l ‘Empire Romain d’Orient a duré plus d’un millénaire, c’est parce qu’il savait intégrer les autres, les différents. Parce qu’ils privilégiaient la diplomatie aux armes.  Mais ils ne connaissaient pas le fil barbelé, léger, souple et blessant comme les propos de Madame Le Pen. Il rapporte de belles marges bénéficiaires depuis plus d’un siècle à ses producteurs comme il rapporte des voix à ceux qui en font le fil rouge de leur idéologie.
Le fil a progressé, la liberté et la démocratie régressent. Il a fait germer quantité d’idées plus innovatives les unes que les autres. Les ondes magnétiques, les caméras, les atteintes au libre accès à Internet, les algorithmes prédictifs de comportements malsains prennent le relais,  On le voit tatoué sur les corps  où le vrai fil barbelé privatif de liberté à été remplacé par le bracelet électronique. En politique, il prend le nom de ‘cordon sanitaire’, en urbanisme on parle d’îlots, en débats on pense élite, en politique internationale on pense G20…

Et nous, quel est notre fil barbelé ? Continue-t-il à progresser aux dépens de la liberté ? Nous protègera-t-il des loups et du fascisme qui s’éveillent en polluant nos esprits ?

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Eh oui, on a pas le cul sorti des ronces !

Dans la campagne où j'habitais il y a peu, l'hiver les paysans qui roulent en 4X4, qui ont oublié les savoirs de leurs pères, foutaient le feu aux ronciers et genêts (dont on faisait les balais de sorcière), dans la longue tradition de l'écobuage. Sauf que presssé de rentrer pour ne pas louper le 20h, où on leur dirait de qui avoir peur, il laissaient les braises couver, que le vent rabattait et chaque année, nous avions des incendies mémorables. Parfois cet écobuage sauvage servait de prétexte à liquider de vieilles rancoeurs, de chemin de chasse ou brûler un mazet, des plantation de vignes et d'oliviers. Ne restait que les bras noirs, tordus et décharnés des arbres, qui semblaient prier les cieux.