Paul Alliès
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Billet de blog 2 juin 2010

Big-bang au PS

Mardi 1er juin, le Bureau National du Parti socialiste a débattu durant trois heures et demie du rapport présenté par Arnaud Montebourg sur la rénovation de ce parti.

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Mardi 1er juin, le Bureau National du Parti socialiste a débattu durant trois heures et demie du rapport présenté par Arnaud Montebourg sur la rénovation de ce parti. Le rapport est publié in extenso sur Mediapart et sur le site du PS-secrétariat à la rénovation. Il apporte un ensemble d'innovations tant dans les us et coutumes du socialisme français que dans la vie politique du pays.

Sa discussion et sonadoption dans un mois par une Convention nationale intéressent donc toute la gauche et même les démocrates dans leur ensemble. Renouant avec l'observation participante (étant moi-même secrétaire national adjoint de Montebourg) je tiendrai ici un journal de cette séquence telle que je la verrai se déroulerdans et hors le Parti socialiste.

Mardi soir donc, le Bureau National (BN) était au très grand complet: une centaine de personnes ettous les dirigeants présents hormis Ségolène. Martine Aubry estime d'entrée que les perspectives ouvertes par le rapport Montebourg forment un ensemble cohérent :si le PS se l'approprie sans délai ni détours, il sera un moment de plus dans la reconquête de l'opinion. Et Montebourg expose la méthode et la portée de son travail : pour mettre en forme le vote des militants au référendum du 1er octobre 2009 une commission du BN associant toutes les sensibilités du parti a travaillé assidûment durant environ une soixantaine d'heures. La moindre divergence a pu ainsi être discutée à fond; ce qui a permis le rapprochement des points de vue et laconstruction patiente d'un accord global. Cela n'allait pas de soi sur dessujets parfois totalement inédits, un an après les déchirements du congrès de Reims. Le souci était double : ouverture à la société et rassemblement de toutes les forces de changement. C'est cet esprit qui se trouve à la base detout le rapport : sur les Primaires, sur le non-cumul des mandats, sur la diversité et la féminisation, sur le nouveau parti socialiste.

La discussion s'est ouvertesur une résistance : celle des deux présidents de groupe, Jean-Pierre Belpour le Sénat et Jean-Marc Ayrault pour l'Assemblée Nationale. Solidaires, ilsplaident pour le réalisme électoral : la détention d'un mandat local estun atout pour la sauvegarde ou la conquête d'un mandat législatif ;s'interdire le cumul réduit les chances de gagner la majorité y compris etsurtout au Sénat (où le mécontentement des élus locaux, indépendamment de leuraffiliation politique, peut donner à la gauche cinq ou six siègessupplémentaires en septembre 2011). Il faut donc renvoyer l'application dunon-cumul à 2012 où un président de la République de gauche pourra lancer unréférendum sur la question ; d'ici là une proposition de loi suffira pourmettre la droite devant ses responsabilités. Après tout, même si les militantsont plébiscité le non-cumul dans leur vote du 1° octobre, ils n'ont pas tranchéla question du calendrier de son application. Bref tout changera en 2014(élections municipales, régionales...) mais tout restera comme avant jusque-là.Plusieurs intervenants, de Laurent Fabius à Jean-Louis Bianco en passant parHarlem Désir ou Elisabeth Guigou et finalement Marine Aubry expliqueront qu'enla matière, rien ne vaut une franche exemplarité, compréhensible par lesFrançais. Ergoter à l'égard d'une élection au deuxième degré, qui ne concerneque les « grands électeurs », c'est faire l'impasse sur lapolitisation de l'opinion : c'est la situation économique, le chômage, lacasse des services publics qui la mobiliseront ; autant de sujets très peuportés par et dans les sénatoriales.

Ce premier désaccord estemblématique : il oppose, au-delà des sensibilités, celle qui voit laforce du parti dans la maximisation de ses ressources électorales ; etcelle qui pense que le socialisme doit inventer de nouvelles pratiques et seles appliquer à lui-même pour entraîner l'opinion, donc l'électorat, avec lui. Pourtant nul parmi les seconds neméprise l'atout qu'est le vivier parlementaire et l'opposition est sans douteforcée. Mais l'enjeu est bien là : c'est à nous de donner le signal del'extinction de cette plaie franco-française qu'est le cumul des mandats quidécrédibilise la politique. Le socialisme français s'est toujours distingué deses homologues européens en étant un parti surtout d'élus, ce qui a eu ledéfaut de minorer ses liens avec la société civile. Le temps est venu dechanger, de lancer d'autres liens avec la société réelle. C'est en effet unesorte de big-bang qui est proposé au PS.

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