En attendant la 6°: «Moi, Président»

Le phénomène prend de l'ampleur : les candidats partisans d’une VI° République semblent ne pas concevoir leur élection autrement qu’en reprenant l’antienne trop connue (depuis François Hollande en 2012): « Moi, Président ».

Ainsi Jean-Luc Mélenchon s’est-il montré particulièrement clair dans son interview au Journal du Dimanche de ce 2 avril 2017. On lui pose la question suivante : « Le paradoxe de votre VI° République, c’est qu’elle vous conduit à vous présenter pour démissionner, car il n’y aura plus de président… Vous ne voulez donc pas être président ? ». Il répond : « Vous plaisantez ? J’exercerai tous les pouvoirs prévus par la V° République jusqu’au passage à la VI° République. Après, mieux vaudra sans doute quelqu’un d’autre que moi ! »


Le « passage » c’est le message : la convocation d’une Assemblée Constituante. Le candidat s’est laissé convaincre de la commodité d’une voie très simple, celle de l’article 11 de l’actuelle Constitution. Il permet au Président (tel De Gaulle en 1962) d’aller directement au référendum en contournant l’Assemblée Nationale fraichement élue et où pourtant (et par hypothèse) le président Mélenchon devrait disposer d’une majorité. Mais ce détour ne doit pas surprendre puisque le programme de la « France Insoumise » prévoit une Assemblée Constituante où ne pourront siéger aucun des élus d’une ci-devant Assemblée, y compris celle issue du scrutin du 18 juin 2017. Dans ce scénario, l’élection présidentielle de cette année s’assimile, à suivre Jean-Luc Mélenchon, à un plébiscite pur et simple. Ce qui reste de parlementaire dans la Constitution de 1958 est effacé. Reste un autre problème, et de taille : selon le même programme, c’est le Président qui, via l’article 11 définira la Constituante, depuis son mode de scrutin jusqu’à l’étendue de ses pouvoirs en passant par sa composition avec des députés tirés au sort. Ni le Conseil Constitutionnel, ni le Conseil d’Etat, ni le Parlement ne semblent pas avoir à dire leur mot. C’est une vue de l’esprit pure et simple. En toute hypothèse, le temps pour aller à la Constituante sera plus ou moins long, surtout avec une telle sous-estimation des conditions de sa mise en place. Et c’est là que la réponse de Mélenchon devient particulièrement problématique. Au lieu de proposer de revenir immédiatement à la lettre des articles 20 et 21 du texte de 1958 permettant un autre partage du pouvoir au sein de l’Exécutif, entre le président, le Premier ministre et le gouvernement, il endosse l’héritage du présidentialisme le plus recuit. Sa référence n’est pas le « quinquennat Jospin » (1997-2002) mais la présidence Mitterrand (1981-1986). A la question du JDD : « Mitterrand aussi avait promis d’en finir avec la V°. Il ne l’a pas fait. Quelles garanties donnez-vous ? » ; il répond : « La convocation de la Constituante sera la première chose que je lancerai. Elle est dans mon programme, elle n’était pas dans les 110 propositions. (…) Dans cette période trouble, je suis une sortie de crise par le haut.». Le diable se mord la queue: on vient de dire comment la dite convocation risquait de susciter un débat national demandant du temps pour être tranché. Peut-être sensible à cette difficulté concernant son pouvoir en stand by, Jean-Luc Mélenchon, dans son discours de Montargis, ce même dimanche après-midi, a annoncé un « gouvernement de jeunes et même de très jeunes ». Mais en quoi l’âge des ministres va-t-il modifier quelque chose dans l’omniprésence présidentielle ? En rien si ce n’est en pire tant qu’une autre distribution du pouvoir dans le cadre même de la V° république ne sera pas effective.


Ceux qui vont voter pour les candidats favorables à une 6° République sont en droit d’obtenir des réponses claires sur la transition et dans ce cadre, la fin de ce Président qui gouverne tout. Peu nous importe la démission annoncée de Jean-Luc Mélenchon pour l’après-constituante. Ce que nous ne voulons pas, c’est courir le risque d’entendre une autre antienne, celle de François Mitterrand (tant admiré par lui) à la fin de son double septennat : « Ces institutions (de la V° République) étaient dangereuses avant moi ; elles le resteront après moi ».

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