Macron et la question démocratique: surprises?

Emmanuel Macron a consacré une bonne part de ses ultimes propos sur Mediapart vendredi soir, à la question démocratique. Cela vaut qu’on y revienne tant il était resté quasi muet sur le sujet durant sa campagne.

Face à l’insistance et à la précision des questions, le nouveau président de la République a déroulé une série de propositions qui ne manquent pas d’intérêt: garantir la moralité des candidats aux législatives (exigence d’un casier judiciaire vierge); instaurer « avant la fin de l’année » la proportionnelle pour l’Assemblée Nationale (en tout ou partie ?); réduire le nombre de parlementaires pour qu’ils exercent un mandat unique (et contrôlent mieux le gouvernement); « muscler » les commissions permanentes pour améliorer le travail législatif; transformer le Conseil Economique, Social et Environnemental en chambre de représentation de la vie associative et civile. Cette ouverture parlementaire des institutions de la V° République trouverait son débouché dans une réforme des institutions européennes qui devrait commencer par la parlementarisation de la zone Euro.

Ces propos font donc système et méritent qu’on les considèrent tant ils vont dans le sens d’une prise de distance avec le présidentialisme mortifère de ce régime. Ils sont bornés par une lourde incertitude sur la conception du pouvoir présidentiel. Macron, fidèle à sa ligne « En même temps », a expliqué qu’il était à la fois contre un président qui gouverne « à la place des ministres », et pour un un président qui soit le « père de la Nation », la protégeant à lui seul contre toutes les menaces.

A l’évidence, il a pris la mesure de la fragilité de sa légitimité si elle devait rester fixée aux chiffres de ce dimanche soir: ce sont prés de 37% du corps électoral qui se sont abstenus ou ont voté Blanc ou Nul. Soit un effectif bien supérieur au score de Le Pen, et de plus de la moitié de celui de Macron. Il lui faut donc conquérir une majorité et ce sera les 11 et 18 juin prochain. Une majorité absolue étant improbable, il raisonne en termes de coalition. Autrement dit en terme parlementaire. Ce que la pratique de la V° République a toujours interdit jusqu’ici, phagocytée par cette notion de « majorité présidentielle » bien faite pour tuer dans l’oeuf toute idée d’une majorité politique claire soutenant et contrôlant le gouvernement. Macron ira-t-il jusque là, faisant de mauvaise fortune bon coeur ou par conviction ?

La question est en tout cas posée et pourrait réserver quelques surprises. Notamment pour ceux qui parlent de 6° République « en sautant comme des cabris » sans trop de se soucier de savoir comment on donne envie à une majorité de Français d’y passer.

Le problème est donc celui de savoir en quoi les propos tenus par Macron vendredi soir l’engagent. Apres tout, on avait souligné ici même, l’intérêt de ceux de François Hollande au même endroit le 13 avril 2012. Ils se sont dissipés dés les premiers mois du quinquennat. La mise en scène de la soirée de ce dimanche soir au Louvre a de quoi inquiéter: la réactivation d’images de Mitterrand au Panthéon (la solitude de l’homme providentiel au milieu d'un monument de la République) aurait du faire passer un souffle sur la nature d’un autre type de pouvoir. Surtout qu’il d’agissait là du coeur monarchiste et impérial de sa tradition. De ce qu’il a eu donc de plus vertical  dans notre histoire.

L’occasion d’un verbe inaugurant un autre chemin démocratique a été manquée. Mais cela ne doit pas conduire à se laisser surprendre par de possibles surprises venant d’une autre pratique de la République. Il faudra savoir les accompagner pour aller plus loin. On insiste beaucoup sur l’âge du nouveau président en le comparant à celui de Bonaparte dans sa conquête du pouvoir. N’est-ce par Goethe qui en 1808 (l’Empereur avait justement 39 ans) disait: « Napoleon grandira à mesure qu’on le connaitra mieux » ?

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