Des Américains pour une 6° République.

Le "Peterson Institute" est une des plus importantes fondations américaines. Elle vient de publier une note sur l'état de la France. D'où il ressort que "si des réformes économiques sont nécessaires en France, une réforme du système politique est également indispensable". Et les propositions ne sont ni plus ni moins qu'un plaidoyer pour une Sixième République.

Le "Peterson Institute" est une des plus importantes fondations américaines. Elle vient de publier une note sur l'état de la France. D'où il ressort que "si des réformes économiques sont nécessaires en France, une réforme du système politique est également indispensable". Et les propositions ne sont ni plus ni moins qu'un plaidoyer pour une Sixième République.

Le diagnostic est sans appel: politiquement, la France fait exception. Son régime ("semi-présidentiel" dit J. Funk Kirkegaard, l'auteur de la note) est globalement anachronique avec un "président-monarque qui domine toute la politique française avec un pouvoir considérable inconnu ailleurs en Europe".  Cette surpuissance bloque le système, bipolarisé artificiellement et empêche une respiration démocratique qui fait le jeu du Front National (lequel ne serait pourtant  "rien d'autre qu'un classique parti populiste européen chauvin-assurantiel "). C'est la faible qualité démocratique de la V° République qui lui assurerait de beaux jours.

Les propositions sont très claires, à savoir la suppression pure et simple de trois articles de la Constitution: l'article 8 (le pouvoir de nomination-révocation du Premier ministre par le Président de la République), l'article 12 (le droit de dissolution de l'Assemblée Nationale par le Président), l'article 15 (la qualité de chef des armées du Président). Cette réforme conduirait à un régime primo-ministériel d'essence parlementaire moderne, autrement dit fondé sur une logique majoritaire garantie par le système électoral. C'est le projet défendu avec obstination  par la Convention pour la 6° République (C6R) depuis douze ans.

On attend avec beaucoup d'intérêt les réactions des Alain Duhamel et autres Jacques Julliard (sans parler de leurs épigones au Parti Socialiste) qui s'obstinent, depuis des décennies, à ricaner et pérorer sur l'hypothèse même d'une sixième République.  Souvent marquées par une assez grande suffisance, leurs chroniques  vont-elles faire une place à ce pavé dans leur mare qu'est ce "Why France Needs Political Reform" ?. Il émane d'une des plus prestigieuses fondations américaine. Le "Peterson Institute for international economics", fondé en 1981, est la tête de pont d'un très grand nombre de sociétés privées orientées vers l'analyse de la mondialisation, de la corruption dans les économies de transition, de la politique économique des Etats. Il ne s'agit donc pas d'une fondation caritative mais d'un puissant "think tank" libéral dans le conseil d'administration duquel siège une pléiade d'ex-gouverneurs de banques centrales ou d'institutions financières internationales, ainsi que d'anciens premiers ministres (aucun français). L'inquiétude que marque ce texte est significatif d'une prise de conscience, ancienne chez les américains s'intéressant à la France: Stanley Hoffmann (qui vient d'être fait Docteur Honoris Causa de l'Université de Montpellier) n'avait-il pas décrit le pays dès 1971 comme "Gulliver empêtré" ? . Que ce soit sur la Révolution française ou le régime de Vichy, l'audace et l'intelligence sont souvent venues de là-bas. Qu'elles s'expriment aujourd'hui sur la crise politique majeure que nous traversons n'est pas un petit évènement.

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