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Professeur Emérite à l'Université de Montpellier. Doyen honoraire de la Faculté de Droit. Président de la Convention pour la 6° République (C6R).

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Billet de blog 11 juillet 2014

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Montebourg: Un pays, deux systèmes.

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Arnaud Montebourg a présenté hier son programme "pour le redressement économique de la France". Il forme un ensemble qui contraste fortement avec la politique suivie par F. Hollande. Sans qu'il soit besoin de s'interroger pour savoir s'il y a deux lignes au gouvernement, on peut d'ores et déjà constater le grand écart avec l'"Adresse aux socialistes" lancée par les dirigeants du PS le 24 juin dernier. Tout se passe comme si Montebourg, tel Deng Xiaoping à propos de Hong Kong en 1997 dessinait le paysage d'"Un pays, deux systèmes" pour les socialistes et la gauche Française jusqu'en 2017 et au-delà.

Le propos du ministre du redressement productif (on trouvera plus bas le texte de son discours) repose sur un triple procès: à l'Union Européenne, aux politiques d'austérité, au conformisme.

L'UE est désignée comme le noeud stratégique de la crise globale dont nous ne sortons pas. C'est "l'école de la contre-performance, de la récession, de la déflation et du chômage (…) Les raisons en sont la conjugaison d'une austérité sur-calibrée ajoutée à une approche exclusivement comptable, une sous-estimation chronique de l'impact des politiques de rétablissement des comptes publics sur la croissance, l'absence de la politique de rachat de la dette publique par la BCE ". Devant l'ampleur et la gravité d'une telle défaillance, Montebourg propose de n'en pas rester à "l'incompétence, au dogmatisme, à l'aveuglement idéologique des dirigeants européens". Il leur oppose un volontarisme "patriotique"  pour sortir d'une crise dont "les causes sont dans l'oubli des classes moyennes et populaires des pays occidentaux". 

Et c'est le deuxième réquisitoire dressé par le ministre: les politiques d'austérité, filles de la politique de réduction des comptes publics et du Pacte de stabilité ("Pacte de stupidité" dit-il en reprenant la formule de Matteo Renzi) doivent trouver une alternative ici et maintenant. Il la voit pour une part dans la règle des trois tiers qu'il compte mettre en oeuvre dans la loi promise pour la rentrée: un tiers pour réduire le déficit public, un tiers pour la baisse des prélèvements obligatoires sur les entreprises, un tiers pour la baisse de la pression fiscale sur les ménages. Cela devrait permettre de restituer l'équivalent de 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux Français les plus modestes. Comment ? Par toute une série de mesures allant de la lutte contre les rentes de situation jusqu'à l'investissement dans les infrastructures. Montebourg se revendique expressément du New Deal et de Roosevelt.

Il déclare donc la guerre au renoncement politique et c'est son troisième réquisitoire: "Mon adversaire, c'est le conformisme. Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti et pourtant, il gouverne". Cette audacieuse paraphrase de F. Hollande résume bien le volontarisme qui anime le ministre attaché à la restauration de l'action et de la morale publique.

Quels que soient les désaccords sur la ligne qu'il propose, ce texte fera date. Il donne déjà un coup de vieux à "l'adresse aux socialistes" lancé il y a quinze jours par Jean-Christophe Cambadélis et Guillaume Bachelay (numéro deux du PS). Intitulé "Le sens de notre action", ce texte est de fait la première contribution à l'opération "Etats généraux" qui devrait entièrement occuper les adhérents du parti jusqu'au 6 décembre prochain. Il s'agit de "reformuler ensemble notre identité " et le projet de société auquel ils sont sensés travailler. L'adresse inaugurale porte la marque de qualité de G. Bachelay lequel avait publié (avec Nicolas-Mayer Rossignol) en 2010 un livre stimulant: "La gauche après la crise" (il s'y en prenait à l'époque à Manuel Valls accusé d'"avoir intériorisé les concepts de l'adversaire, dupliqué ses recettes (…). Il ne reste plus qu'à brader la marque". Valls venait d'appeler "le PS à disparaitre" dans Le Parisien du 8 juin 2009). Dans le présent texte, on retrouve l'idée que la réindustrialisation de la France et la "reconquête productive" sont les deux mamelles de l'action des socialistes. Cette idée préside à l'inventaire de la politique de F. Hollande sur "la compétitivité, la réorientation de l'Europe, la justice sociale". Sacrifiant à la méthode du catalogue, le texte fait comme si cette défense et illustration du bilan présidentiel était là pour mieux l'oublier et ne plus en parler quand s'ouvriront, après l'Université d'été du parti, les débats sur "la Charte de l'identité socialiste". Il s'agira alors d'aborder les questions d'un "nouveau progressisme pour XXI° siècle: la formation continuelle, l'éco-développement, la nouvelle éthique démocratique". Sur ce dernier point (la révolution démocratique) Camabadélis et Bachelay auraient  pu prendre une longueur d'avance sur Montebourg dont les convictions en faveur d'une Sixième République n'ont pas varié mais qui n'avaient évidemment pas leur place dans son discours du 10 juillet. Il n'en est rien. Rien sur le présidentialisme et l'enlisement dans les institutions de la V° République. Il y a bien deux logiques distinctes dans ces deux expressions mises côte à côte. L'une qui part du réel incluant la politique gouvernementale, pour le transformer; et l'autre qui ferait de la prospective pour mieux l'oublier.  Il reste aux socialistes de pouvoir choisir celle qui les sortira de la crise où ils sont plongés depuis qu'ils sont au pouvoir.

 file://localhost/Users/paul/Documents/Discours%20Montebourg.rtfd/Discours%20Feuille%20route.doc

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