Paul Alliès
Professeur Emérite à l'Université de Montpellier. Doyen honoraire de la Faculté de Droit. Président de la Convention pour la 6° République (C6R).
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Billet de blog 13 juin 2020

Paul Alliès
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Crise sanitaire et crise de la recherche

C'est le titre de l'éditorial de la revue « Pôle Sud, revue de science politique de l'Europe méridionale » éditée avec le concours du CEPEL (CNRS) à l'Université de Montpellier. Il préface le numéro 52 qui va paraitre sur le thème: « Les nouvelles territorialités du politique ». Cet éditorial a été écrit le 26 avril dernier.

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L’épidémie du Covid-19 est riche d’enseignements pour le monde de la recherche. D’abord sans doute dans le domaine médical. La France fut un pays bien pourvu d’organismes de recherche, d’expertise et de prévision qui produisirent continument des résultats. Ce système est passé aux oubliettes en quelques heures. Le pays proclamé en guerre par son président, se trouva désarmé pour lutter contre la pandémie. On assista à la promotion d’un improbable gouvernement des savants avec deux comités scientifiques (comptant une anthropologue et un sociologue) parfaitement extra constitutionnels, décidant et pilotant un confinement aux conséquences sociales considérables. Ainsi furent payés chers, deux prix.

D’abord celui de l’évaporation de crédits consacrés à la santé publique, l’infectiologie (jusqu’à la médecine tropicale) depuis des décennies. Des disciplines qui sollicitent la connaissance de populations et de terrains. Les pouvoirs successifs leur ont préféré l’approche curative et ses vaccins, la médecine nucléaire ou la cardiologie. Ceci a renforcé la hiérarchie entre science majeure et mineure. Cela a rendu plus difficile encore l’émergence d’une pensée scientifique réconciliant l’unité épistémologique des savoirs.

Or les meilleurs spécialistes des maladies infectieuses le répètent : sans recherches intégratives et transversales, il sera toujours plus difficile de faire face aux prochaines pandémies qui nous menacent. Sans sciences humaines et sociales, la létalité d’une nouvelle crise sera supérieure à celle du Covid-19.

L’autre prix payé est celui de l’incapacité gouvernementale à s’ouvrir au monde de la recherche en temps normal, et à maitriser la décision politique en temps de crise. Au motif de l’état d’urgence on a assisté à une réduction de la société à la sphère familiale, au domicile, au temps personnel avec son cortège de culpabilisation, d’infantilisation et de répression. Pourquoi pas ? Mais où sont les diagnostics, les évaluations, les analyses de terrain, hormis ceux des structures associatives et caritatives ? Le résultat est la mise hors jeu comme jamais par le passé des principes fondamentaux de la République et de l’Etat de droit, maintenant menacés par des projets d’applications numériques à toute la société.

Le « monde d’après » sera-t-il pire que celui d’avant ? A s’en tenir au traitement des sciences sociales on doit le craindre. Quelques semaines à peine avant l’épidémie, un projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) était dans l’agenda du gouvernement. Il fit en quelques jours l’unanimité de la communauté des chercheurs [1] qui firent le procès de ce texte dans les moindres détails: depuis la paupérisation des moyens (pour les personnels comme pour les laboratoires) jusqu’à l’expansion d’une bureaucratie académique invasive, en passant par un modèle de recherche faisant des sciences humaines et sociales des auxiliaires de la « recherche performante ». Laquelle fut vantée par le président du CNRS comme « ambitieuse, inégalitaire ou différenciante (portée par) une loi vertueuse et darwinienne ». C’est le 15 décembre 2019, à l’occasion du 80° anniversaire de l’organisme que ces paroles stupéfiantes furent prononcées. Elles oubliaient que la France ne se classe plus qu’au 10° rang des dépenses de recherche de pays de l’OCDE, reculant régulièrement dans tous les classements internationaux.

L’abandon de ce projet de loi sera une condition préalable à l’organisation d’un nouveau monde.

[1] Plus de 60 revues scientifiques se sont déclarées « en grève » dès le 17 décembre 2019 . Dont Pôle Sud comme en témoigne le bandeau affiché sur ce numéro.

Sommaire du numéro

THEMA

Introduction : de nouveaux territoires du politique ?
Interroger les évolutions du répertoire de la territorialité dans les domaines de l’action collective, des politiques publiques et de la compétition politique. Sébastien Ségas

Politiques urbaines et expérimentations citoyennes. Une hybridation des régimes de territorialité à Gand (Nerlab) et à Madrid (Tabacalera)
Thomas Aguilera, Flavie Ferchaud

La structuration spatiale des mobilisations professionnelles.Clémentine Comer, Bleuwenn Lechaux, Pierre Rouxel

La territorialité des députés français (1958-2017). Alix Galibert, Christian Le Bart

Emboîtement et asymétrie des régulations territoriales dans les espaces ruraux. Les cas du programme européen leader et du soutien à l’agriculture biologique Catherine Laidin, Léa Sénégas 

La néo-autochtonie comme ressort de l’activisme anticipateur :Observation de trois lieux d’habitat rural, coopératif et écologique. Madeg Leblay

Les régions face au défi climatique : déterritorialisation des problèmes, reterritorialisation des dispositifs dans les schémas régionaux climat air énergie.Anne-Cécile Renouard 

CHRONIQUE ÉLÉCTORALE

L’exception portugaise ? Les élections législatives et européennes de 2019/ Marie-Hélène Sa Vilas Boas

LECTURES

Emmanuelle Reungoat, Enquête sur les opposants à l’Europe : à droite et à gauche, leur impact d’hier à aujourd’hui. Amandine Crespy

Nadège Vezinat, Vers une médecine collaborative. Politique des maisons de santé pluri-professionnelles en France. Marc Smyrl

Pour tout contact ou renseignement:

Claire DEDIEU

Postdoctorante en science politique (CNRS, CEPEL, projet Uncharted)

Secrétaire de Rédaction de la revue Pôle Sud

ARPoS, Faculté de Droit et de Science Politique de Montpellier 

39, rue de l’Université, 

34 000 Montpellier Cedex 2 

secretariat.polesud@gmail.com

https://pole-sud.edu.umontpellier.fr/

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