Ce 1er mars, la direction du Parti socialiste a adressé à ses cadres et parlementaires une circulaire détaillée sur « les modalités de désignation des candidats aux élections municipales de 2014 ». Il n’y est nulle part question de l’organisation de Primaires citoyennes. Les socialistes les ont pourtant pratiquées pour les élections présidentielles les 9 et 16 octobre 2011 ; ils avaient alors jugé que leur réussite avait été essentielle dans l’élection de François Hollande le 6 mai 2012. Le débat sur l’opportunité d’en reprendre le principe en l’adaptant au scrutin municipal a donc logiquement bel et bien lieu d’être. En témoignent la contribution de Terra Nova en janvier sur « les Primaires de conquête » (dont un des auteurs est Matthias Fekl, député socialiste du Lot et Garonne) mais aussi la résolution adoptée le 2 mars dernier par la commission nationale Rénovation du PS (dont une quinzaine de secrétaires et responsables fédéraux). Alors, pourquoi un tel déni partisan de ce qui restera comme une étape essentielle dans l’histoire du PS ?

Le recours à des Primaires ouvertes à toutes les formations de gauche et à tous les citoyens n’est pas qu’une opération de circonstance. Il repose sur un principe participatif qui remet en cause le modèle du parti fermé tel que construit par la social-démocratie à la fin du XIX° siècle. Il vise à transformer l’organisation politique d’une avant-garde éclairée ou supposée telle, en formation ouverte à la société. En cela il affronte deux questions.

D’abord celle de la crise de la démocratie de moins en moins représentative et pas seulement au sommet de l’Etat. L’Assemblée Nationale élue en 2012 ne compte que 27% de femmes, dix députés issus de l’immigration et un seul ouvrier ; la moyenne d’âge y est de 54,6 ans. Dans les municipalités, c’est pire : 0,4% d’ouvriers et seulement 3,7% des maires, 10,3% des adjoints ont moins de 40 ans. Les femmes-maires ne sont que 10% de l’ensemble des villes de plus de 3500 habitants. L’éloignement social des citoyens vis-à-vis du pouvoir central et local ne cesse de s’accroître.

Ensuite vient la question du « faire la politique » dans un contexte de révolution cybernétique où la masse et la vitesse de l’information échangée invalident les pouvoirs hiérarchiques et oligarchiques. La rétention des choix programmatiques ou politiques par 200.000 adhérents ne se justifie plus. Il y a un autre horizon au militantisme dans la mobilisation des convictions et leur partage civique. On l’a bien vu lors des Primaires présidentielles qui ont entraîné trois millions d’électeurs, heureux de conquérir un nouveau droit dans une élection pourtant anachronique.

L’application de la procédure aux municipales dans des conditions bien définies et tenant compte de la diversité des territoires devrait être une nouvelle étape dans la marche rénovatrice des socialistes. Dans un contexte politique singulièrement difficile, elle serait la preuve d’une confiance dans la mobilisation populaire sans laquelle il n’y aura pas de changement, surtout si la loi sur le non-cumul des mandats ne s’applique pas. La direction du Parti socialiste à la courte mémoire s’aveugle en préférant oublier les Primaires et avec elles,   l’imagination démocratique qui a tant compté dans la dernière bataille présidentielle.

(Cet article a été publié dans la page Rebonds de Libération jeudi 14 mars)

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