A la question : « Pour la présidentielle, l’idée d’une primaire est-elle aujourd’hui à exclure ?», Jean-Christophe Cambadélis vient de répondre : « je n’ai pas de primaire à organiser ». L’autisme du Premier secrétaire prend d’inquiétantes proportions.
C’est dans Nice-Matin et Var-Matin de ce 14 octobre. Voilà la réponse in extenso : « Je prends les choses comme elles viennent. Pour l’instant, je n’ai pas de candidat, donc je n’ai pas de primaire à organiser. Il serait mal venu pour le PS de penser à la primaire avant de penser aux Français. Si le président de la République décide d’être candidat, c’est qu’il estimera que les conditions sur le chômage, la situation économique et politique seront réunies. Cela voudra donc dire que les conditions d’une victoire de la gauche seront, elles aussi, réunies. Dans un tel contexte, je ne vois pas les socialistes en rajouter. Je n’ai entendu aucune voix chez nous pour demander une primaire absolument si le Président est candidat. »
Le « chez nous » sous-entend-il la majorité formée au congrès de Poitiers, laquelle en effet n’a pas dit ni écrit un mot sur les Primaires ? Par contre la motion « A gauche pour gagner » à bel et bien réuni prés de 30% des votants (20.245 exactement) sur un texte dont un paragraphe intitulé "Les Primaires au service du rassemblement de la Gauche » parle très clairement du sujet : « Tous les socialistes sont mobilisés pour la réussite de ce quinquennat. Ils le sont aussi pour une victoire à la prochaine élection présidentielle en 2017. Dans ce cadre, personne ne saurait évacuer par principe les primaires. Cette décision collective du parti devra être prise en mars 2016 par un conseil national. Trois raisons militent en leur faveur. Les primaires ont d’abord démontré leur efficacité en 2011. Elles ont largement aidé à la victoire de François Hollande. Elles ont redonné du goût aux militants pour s’investir dans la réussite d’un débat ouvert à la société ; elles ont d’emblée pacifié la compétition entre les candidats et réglé la question du leadership ; elles ont démocratisé un scrutin jusque-là de plus en plus confisqué par les instituts de sondage et les grands médias ; elles ont politisé l’opinion avec un intérêt inégalé des Français pour le débat public ; elles ont mobilisé les électeurs (plus de trois millions) en amont de l’ouverture de la campagne officielle ; elles ont finalement donné une plus grande dynamique au vainqueur de la consultation. Les primaires ont ensuite modernisé le Parti socialiste au point que toutes les autres formations républicaines réfléchissent ou s’emploient aujourd’hui à organiser des Primaires pour les prochaines présidentielles. Les modalités d’organisation du scrutin ont démontré une efficacité sans égal puisque aucune contestation ne l’a entaché. Nous y avons gagné un vrai savoir-faire militant. Le fait que les statuts du parti (articles 5-3-1, 2 et 3) les aient définitivement intégrées assure une pérennité à cette modernisation. Enfin, les primaires apparaissent comme un gage de confiance dans la confrontation pluraliste et démocratique au sein du parti comme vis-à-vis de l’ensemble de la gauche. Le caractère « ouvert et populaire » de la procédure que nous avons définie dans ses principes, fait de l’invitation à toutes les formations de gauche à y participer une base essentielle de la démarche en confrontant ces dernières à leur responsabilité. A cet égard, elles sont un élément déterminant du rassemblement de la gauche. »
Depuis ce congrès il y a quatre mois, les facteurs favorables à l’organisation d’une primaire se sont multipliés. Ni la situation économique, sociale ou politique, ni le rejet dans l’opinion (historique à ce niveau dans toute l'hitoire de la V° République) des candidats « annoncés » (et de François Hollande en particulier) ne permettent aux socialistes d’envisager l’attente tranquille du candidat « naturel » (qui ne le sera que par défaut). Les Primaires sont donc la seule issue démocratique susceptible de réconcilier la gauche avec elle-même, pour ne pas dire le PS avec la gauche. Au lieu de cela Jean-Christophe Cambadélis s’enferme encore un peu plus dans la tour d’ivoire de Solférino et de ses référendums improbables. Il a éliminé du secrétariat national toute trace ayant un rapport avec la rénovation du parti ou la réforme des institutions de la République (au moment même où une commission parlementaire s’en saisit) laquelle passera comme un terrible échec de François Hollande. Il considère l’opposition à sa ligne comme une minorité négligeable. Il communique mais ne gouverne pas. Dans sa définition la plus économe, celle du « Robert de la langue française » l’autisme est « le détachement de la réalité extérieure, la vie mentale du sujet étant occupée toute entière par son monde intérieur ». Nous y sommes donc.