Primaire, quand tu nous tiens

Le vote unanime du conseil national du Parti socialiste ce samedi est un fait politique important. Il va au-delà des commentaires sur l’habileté du Premier secrétaire qui en ont accompagné l’annonce. Il mérite une analyse sur sa nature et sa portée.

Sa nature est dans l’unanimité recueillie par le vote de la résolution (même si de nombreuses abstentions n’ont pas été décomptées). Depuis 2012, le PS esquive la question de principe des Primaires citoyennes: pas de bilan de leur organisation ni de leur succès pour les Présidentielles, refus de les généraliser pour les municipales de 2014, silence absolu au congrès de Poitiers en juin 2015 sur leur mise en oeuvre pour 2017. Si bien que les résolutions votées par le Conseil National à partir du 6 février 2016 pour répondre à l’appel de « Notre Primaire » sont apparues comme dilatoires et incrédibles.

Il faut dire que la procédure de la Primaire telle qu’inaugurée  par le PS en 2011 est restée orpheline dans l’ensemble de la gauche: leur caractère ouvert à toutes les formations comme aux citoyens « profanes » n’a jamais été accepté comme un réel progrès dans le traitement de la crise des partis. Et beaucoup théorisent encore sur le danger ou l’illusion dont elles seraient porteuses. Il en résulte au mieux une conception tacticienne ou instrumentale à l’usage de tel ou tel candidat à la candidature.

L’unanimité de ce 18 juin pourrait être un tournant. La gauche du Parti socialiste est parvenue à amender un texte dont la première écriture orchestrait la rupture avec les Verts et le PCF pour mieux se limiter au périmètre de la « Belle Alliance Populaire ». Le texte final dit vouloir « s’inspirer des Primaires citoyennes de 2011 ». En même temps la doxa du « candidat naturel » que serait le président de la République sortant insusceptible de s’abaisser à des Primaires, s’est effondrée (on souhaite bien du plaisir à la brochette de caciques socialistes qui se sont évertués à défendre inlassablement cette « thèse » depuis des mois pour expliquer maintenant le contraire).

En ce sens le ralliement de Jean Christophe Cambadélis à la procédure des Primaires, deux jours après qu’il eut annoncé la possible tenue d’un congrès extraordinaire pour les effacer des statuts, est un aveu de faiblesse incontestable de François Hollande. Cambadélis a toujours considéré que Hollande avait tout intérêt à accepter des Primaires, ce que ce dernier avait jusqu’ici toujours refusé. Ce changement est peut-être un pas franchi dans sa non-candidature. En tout cas le président sortant peut être battu par les électeurs de gauche.

Pour autant, ce vote a-t-il réglé les questions en suspens, et notamment celle de l’unité du PS sur l’orientation du gouvernement et le bilan du président de la République ? Le Conseil national de ce samedi s’est ouvert sur un propos de Cambadélis annonçant entres autres des sanctions jusqu’à l’exclusion des députés qui se risqueraient à présenter une motion de censure en cas de 49-3 pour forcer à l’adoption de la loi Travail. C’est dans trois semaines. Et le socialisme de caserne défendu jour après jour par un Premier ministre remettant en cause des libertés fondamentales (dont celle de manifester) ne trouve pas de réplique à la direction du parti. Ce débat de fond pourra-t-il être l’enjeu des Primaires ?

C’est l’autre grande question hors champ de la résolution unanime. Désormais la focale se déplace sur l’organisation proprement dite de la Primaire.  Elle requiert un très gros travail, amplifié par le temps perdu à les refouler, si l’on veut reproduire le système de 2011: 10.000 bureaux de votes pour accueillir tous les citoyens inscrits sur les listes électorales, 80.000 scrutateurs, moyens matériels et électroniques garantissant la sincérité du scrutin. La crédibilité de l’appel de « Notre Primaire » s’est rapidement heurtée au fait qu’elle ne pouvait pas s’organiser sans les forces d’un parti politique. Le PS est-il prêt (et même capable vu son hémorragie militante) à porter cette organisation ?

C’est aussi une question politique: ou il se contente du périmètre de « la Belle Alliance » formée de quelques pseudopodes ou il fait en sorte d’intéresser non seulement les Verts et les Communistes mais les citoyens désireux de participer au débat sur le bilan du quinquennat, la ligne du gouvernement et l'alternative possible. C’est dans le détail de l’organisation de Primaires démocratiques et pluralistes que se cachent les réponses politiques majeures. Que Cambadélis ait déjà déclaré qu’il y aurait moins de participants qu’en 2011 est un très mauvais signal;  la promotion systématique de « la Belle Alliance Populaire » en est un autre qui acte la division organique de la gauche.

La Primaire ne saurait se limiter à une  compétition interne à la « gauche de gouvernement » (entendre celle qui soutient le gouvernement actuel) pas plus aux socialistes et leurs compagnons de route du moment. Elles seront ouvertes, citoyennes et populaires ou elles aggraveront  la fracture historique du Parti socialiste qui le ronge aujourd'hui. L’unanimité de ce vote du 18 juin a fait de la Primaire ce qui tient encore ensemble un parti profondément déchiré. Le défi démocratique et politique qu’elle appelle à relever est sans doute l’ultime épreuve de vérité pour le socialisme français.

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