Très vite un trio s’est formé en défense de la Ve République. Elle «va très bien» à Le Pen. Fillon estime la situation économique («la dette, la dette!») trop grave pour perdre de l’énergie ne serait-ce qu’à «réformer» les institutions. Soutien total de Macron qui veut s’en tenir à des mesures de moralisation de la vie politique.

Il existe donc bien un bloc conservateur du régime en place. Même le «modernisateur» en diable que prétend être Macron ignore l’opinion avisée d’experts américains: par exemple la note du Peterson Institute du 29 octobre 2014 (analysée dans le billet de ce blog du 10 novembre 2014) d’où il ressort clairement que l’archaïsme du système politique est responsable d’un coût économique qui plombe le pays.

Le refus obsidional du moindre changement per cette « bande des trois » a un avantage: il est de nature à revivifier le clivage gauche-droite. En effet, pour la première fois dans l’histoire des élections présidentielles, les deux candidats de gauche se prononcent clairement en faveur d’une 6e République. Pourtant tout se passe comme si cette profession de foi ne suscitait pas de véritable débat.

Mélenchon a réédité samedi sa «marche pour une 6e République» commencée il y a cinq ans déjà. Le programme tient dans la convocation d’une Assemblée constituante qu’il engagera au moyen de l’article 11 de l’actuelle Constitution. Outre que celui-ci ne permet pas de décider à froid de tout ce que requiert une telle assemblée, notamment les «modalités de sa composition et de la délibération en son sein» (voir J.L. Mélenchon "L’avenir en commun". Le Seuil, p.23), on doit deviner qu’elle délibérera suffisamment longtemps pour accoucher d’une nouvelle Loi fondamentale.

Pendant ce temps Mélenchon préside. Changera-t-il la pratique du présidentialisme de tous ses prédécesseurs ? On ne sait. Une loi ordinaire devrait entre-temps abaisser le droit de vote à 16 ans, le rendre obligatoire, permettre de reconnaitre le vote blanc et «généraliser» la représentation proportionnelle. Rien qui ne corrige le déséquilibre des pouvoirs, véritable cancer de cette République. La 6e République apparait donc comme un programme maximum dont on ne voit pas bien les prémices.

Hamon entend mettre en place une «grande conférence citoyenne» composée de «citoyens tirés au sort et des nouveaux parlementaires ». Elle délibèrerait durant un an pour changer la Constitution. En attendant serait adopté par un référendum (mais Hamon ne l’a pas évoqué lors du débat de lundi soir) qui aurait lieu en même temps que le deuxième tour des élections législatives le 18 juin prochain: la reconnaissance du vote blanc, le droit de vote des étrangers aux élections locales et un 49-3 citoyen. Le contenu de celui-ci reste problématique pour ce qui concerne la facilité par laquelle 400.000 électeurs pourraient «suspendre la promulgation d’une loi» ou «soumettre à référendum un projet de loi». Quant à la pratique du pouvoir présidentiel, elle reste aussi nimbée de mystère que chez Mélenchon.

Ces sujets, à peine évoqués dans le débat restent frappés du sceau de l’incertitude si ce n’est de l’à-peu-près dans un domaine où «la bande des trois» se tient en embuscade. Il importe donc qu’un clair mandat constituant soit donné aux candidats partisans d’une 6e République pour qu’ils puissent triompher, une fois élus, des chausse-trappes que les conservateurs de tout poil ne manqueront pas de leur opposer. Force est de constater que ce n’est pour l’instant pas le cas. Il faut donc persévérer dans la vigilance (ce que fait la Convention pour la 6e République qui se réunit samedi en Assemblée générale). Changer de République n’est pas qu’une affaire institutionnelle. C’est un acte démocratique essentiel qui appelle un débat politique de forte intensité.

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Tous les commentaires
  • 22/03/2017 09:40
  • Par jmc

le but de cet article n'est pas d'éclairer le débat sur la 6e republique

mais d'être hostile à Melenchon

en dédouanant Hamon

une spécialité familiale ? mais certes bien du PS !!!

jmc