A Clermont-Ferrand, la Fédération socialiste organisait hier un débat sur la rénovation, le soir de la fête de la musique. Petite assistance donc mais pour un échange parmi les plus roboratifs de ceux déjà vécus. Il faut dire que c'est un territoire marqué par le poids des élus que de jeunes et courageux responsables ont voulu confronter à la raison militante. Charasse et quelques autres conseillers généraux furent donc exclus et l'épisode fait encore sentir ses effets. Dans le Puy-de-Dôme on ne cumule plus les mandats locaux, départementaux et régionaux, ce qui va plus loin que le texte soumis au vote. Malgré ce, la rénovation engagée au niveau national suscite un fort soutien. Ici, toutes les interventions vont dans le sens d'une amplification du mouvement.
C'est vrai d'abord pour les mesures concernant le parti en tant que tel. Claude craint que la simplification introduite pour la formation de majorités dans les congrès ne finisse par amplifier une présidentialisation rampante. Carole, un peu lasse d'une rénovation toujours annoncée depuis dix ans et jamais advenue, voudrait des règles plus précises pour que les instances du parti incarnent mieux les principes qui sont sensés l'inspirer: parité, nouvelles générations, diversité sociale et culturelle. Thierry pense qu'il faut faire voter les sympathisants sur les thèmes faisant l'objet de Conventions. L'évocation du PASOK qui, en Grèce a organisé des primaires ouvertes pour l'élection de son premier secrétaire élargit un peu plus cet horizon. Le projet d'ouvrir une "grande école" pour la formation des candidats discriminés tant ils semblent ne jamais pouvoir égaler le savoir-faire des élus cumulards inquiète et même scandalise. Pierre y voit l'aveu d'un mépris de "l'etablishment" pour les "sans-grade". Il faut donc expliquer le sens de cette école: non pas une ENA bis où défileraient quelques universitaires titrés, mais des experts de la société civile, des ONG, des syndicats, des professions intellectuelles. Il s'agit bien de permettre à des militants qui n'ont pas eu socialement accés au capital symbolique de l'élu, de s'en approprier des éléments, plus en phase avec la société réelle. Même souci pour ce qui est de la transmission du mandat: le texte prévoit que "tout candidat à une élection parlementaire abandonnera ses mandats exécutifs locaux dans un délai maximum de trois mois après la tenue du scrutin. Il/elle devra avoir préparé avec le Parti les modalités de sa succession". Thierry redoute que cela ne renforce le parrainage à la romaine qui sévit ici et là, même si la préoccupation de passer la main dans de bonnes conditions n'est pas le sport favori des élus les mieux installés. Il faut donc expliquer en quoi cette idée d'une socialisation du métier acquis dans l'exercice d'une responsabilité exécutive peut être un facteur d'égalisation des chances pour y avoir accès. Evidemment les dispositions sur le non-cumul ont été passées au crible. Cécile regrette les compromis qui ont conduit à assouplir le calendrier d'application donc à le renvoyer aux lendemains des présidentielles. Si la gauche y échoue, on peut craindre le pire même si ces mesures ont été intégrées dans les stauts du parti.
Quant aux Primaires, elles ne font pas question bien au contraire. Tous y voient un levier qui peut faire émerger un nouveau parti. Pierre note néanmoins l'absence d'enthousiasme dans son entourage au travail; raison de plus pour qu'elle s'élargissent à toute la gauche; ce qui supposerait qu'on corrèle la procédure à la préparation des législatives et la répartition des circonscriptions, ce que ne prévoit pas le texte. Claude redoute qu'on y oublie le projet nonobstant la Convention extraordinaire prévue à cet effet en avril 2011. Mahdi y voit au contraire l'occasion d'un élargissement de nos débats à toute la société, ce qui les fera changer de nature. Cécile pense à ce qui pourrait advenir aprés: pourquoi pas des Primaires populaires pour désigner en 2014 les candidats têtes de liste aux municipales ?
L'ambiance générale est donc bien au "pessimisme de l'intelligence et à l'optimisme de la volonté"; plus qu'ailleurs jusqu'ici, la volonté de changer vraiment le Parti cette fois-ci est manifeste. On regrette justement qu'il n'y ait pas assez de temps pour le débat ou pour les amendements, mais on ne discute pas son plaisir de saisir l'occasion d'une grande réforme. Bien des responsables présents ont en mémoire les combats menés depuis dix ans pour un nouveau parti socialiste, souvent déçus ou trompés dans le huis clos des congrès. C'est bien le cas de Xavier, le jeune secrétaire fédéral. Que de nouveaux adhérents (plus que les élus) se soient déplacés est pour lui un discret signal que la "petite lumière espérance" s'est allumée. Dans la cité de Pascal il est bien normal de faire un solide pari sur l'avenir du socialisme. Blaise n'avait-il pas puisé son inspiration dans "Le Discours de la réformation de l'homme interieur" de Cornelius Jansen ? La réformation, déjà.