PS: surtout, ne changeons rien!

Le Parti socialiste réunissait hier ce qu’il convient de nommer son parlement, en hibernation depuis le 18 décembre quand il avait investi ses candidats aux législatives. L’effondrement subi laissait espérer un Conseil National (CN) de bilan si ce n’est de perspectives. Au lieu de cela on a assisté à la reproduction statutaire des mêmes rituels du passé.

L’intervention liminaire et crépusculaire de Jean Christophe Cambadélis posait pourtant bien la question: fallait-il s’attacher à une refondation ou à la fin de l’histoire du socialisme ? Avec cette idée que peut-être la social-démocratie avait, au cours du siècle, réussi à faire passer dans les faits et le droit ses aspirations. Elle aurait donc peut être achevé de parcourir le cycle de son destin civilisationnel comme le confirmerait sa crise à l’échelle européenne. En France c’est au moins la fin irrémédiable du « cycle d’Epinay » et de son cortège d’arrangements en tout genre. Parmi ceux-ci, Cambadélis n’hésite pas à évoquer les institutions de la V° République (qui seraient « à terre », l’élection de Macron faisant « entrer la IV° dans la V° »); et d’évoquer le point de départ de François Mitterrand créant la Convention des Institutions Républicaines avant de se lancer à l’assaut de la présidence de la République. Une opinion qui fut reprise par Emmanuel Maurel ou Guillaume Balas.

Le débat ainsi ouvert aurait pu se nouer sur ces questions ou entre Guillaume Bachelay d’une part et Stéphane Le Foll d’autre part. Pour ce dernier, la contradiction majeure est entre le regain du nationalisme-souverainisme et l’ouverture à l’Europe. Le PS aurait perdu ses électeurs, partis chez Macron ou Mélenchon, pour n’avoir pas résolu sa contradiction ouverte en 2005 lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Le choix ne serait plus entre le capital et le travail mais entre les partisans et les adversaires de l’Union Européenne.

Pourtant de débat il n’y en eut pas. Car tous les représentants des courants représentés au CN depuis les derniers congrès du parti se succédèrent à la tribune, sacrifiant à l’exercice de l’expression de « sensibilités » représentées à la proportionnelle (même si elles ne se réunissent même plus). Il y eut donc une suspension de séance à la demande de la « motion B » (la gauche du parti depuis le congrès de Poitiers). Elle aboutit au dépôt d’un amendement de la motion présentée par le Premier secrétaire qui exprimait l’incompatibilité des « préoccupations des socialistes avec une participation à la majorité présidentielle » et affirmait: « Nous ne voterons donc pas la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe ». L’amendement présenté par Emmanuel Maurel affirmait que les socialistes « se situaient dans l’opposition et voteraient contre la confiance ». Mis aux voix, l’amendement fut minoritaire et la motion laissant la porte ouverte à l’abstention des députés socialistes fut adoptée à la majorité des 200 présents (sur les 300 que compte le CN).

Ce fut donc une réunion pour rien ou presque, l’autorité statutaire de cette instance sur le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale étant plus qu’incertaine. La question de la direction collégiale n’a même pas été abordée même si Christophe Borgel a lâché au détour de son intervention que « beaucoup de camarades avaient revendiqué d’y être. » Il faudra donc attendre le prochain Conseil national le 8 juillet pour en découvrir la liste et la dite direction, surgie d’arrangements solférinesques.

Cette vitrification du débat démocratique entraîne plusieurs leçons: La représentation proportionnelle des courants est inadéquate à une quelconque refondation partisane. Les choix politiques les plus immédiats sont escamotés (seul Luc Cavournas a posé la question des rapports avec le reste la gauche et demandé la création d’un intergroupe à l’Assemblée). Les instruments de la rénovation du parti sont passés par profits et pertes. De ce dernier point de vue, la démarche « d’amis d’Arnaud Montebourg » pétitionnant pour « inventer une gauche nouvelle » ne manque pas de surprendre. Outre qu’elle surgit de nulle part sinon d’une direction de campagne qui n’a pas ouvert de discussion sur sa propre responsabilité dans l’échec du candidat aux Primaires, le texte n’est qu’une version light de celui de la campagne en question. Il esquive les sujets essentiels pour comprendre la crise des socialistes: la contextualisation de la crise contrastée de la social-démocratie européenne ; l’identification des causes spécifiques propres à l’histoire de ce parti; la définition d’une plate-forme prospective sur le travail, la transformation écologique et numérique, la souveraineté, la démocratie sociale; le traitement de la question démocratique débarrassée des instrumentalisations d’une 6° République telles que la campagne des Présidentielles en a donné le spectacle.

Finalement, la question que beaucoup de monde se pose: « faut-il rester au PS ou pas ? », est escamotée. Ce n’est pas en ne changeant rien aux pratiques, règles et programmes d’avant qu’on fera surgir du neuf.

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