Paul Alliès
Professeur Emérite à l'Université de Montpellier. Doyen honoraire de la Faculté de Droit. Président de la Convention pour la 6° République (C6R).
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Billet de blog 27 mai 2014

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Rompre

Le résultat des élections européennes mais surtout les réactions de François Hollande et Manuel Valls qui les ont suivies amènent à une conclusion: l'exécutif n'entend plus rien et n'est plus à même de reconstruire une quelconque histoire de la gauche d'ici 2017. Il faut donc rompre avec une politique comme avec un système politique qui peuvent nous conduire à un "désastre obscur".

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Le résultat des élections européennes mais surtout les réactions de François Hollande et Manuel Valls qui les ont suivies amènent à une conclusion: l'exécutif n'entend plus rien et n'est plus à même de reconstruire une quelconque histoire de la gauche d'ici 2017. Il faut donc rompre avec une politique comme avec un système politique qui peuvent nous conduire à un "désastre obscur".

Rompre avec une politique, c'est rompre avec l'austérité qui est devenue la règle ordolibérale,  à nouveau majoritaire dans les instances de l'Union Européenne. On ne voit pas comment cette politique serait aujourd'hui "redressée" tant elle s'est lovée dans les traités et la jurisprudence de la Cour de justice (véritable Cour suprême qui aggrave encore un peu plus la distance entre la politique des Etats et la contrainte normative de l'Union). Pour ce qui est de la France, la promesse d'un Pacte de croissance faite par F. Hollande en 2012 a été suivie par un alignement sur le Traité budgétaire en janvier 2013 qui empêche tout espoir de relance comme de retour à un quelconque "volontarisme patriotique" (que s'efforce d'incarner A. Montebourg de plus en plus isolé dans un gouvernement néo-libéral). La rupture avec l'euro-austérité passe par la rupture avec l'irresponsabilité politique qui est au principe de la V° République.

Rompre avec cette irresponsabilité c'est rompre avec la présidentialisation qui n'en finit pas de ronger notre système démocratique, nonobstant les tentatives de "présidence normale". C'est que les institutions sont plus fortes que les hommes que les occupent. Le sens de la communication de M. Valls ne change rien au fond: lors du changement de gouvernement,  l'Elysée n'a-t-il pas remis la main sur le Secrétariat général des affaires européennes relevant théoriquement de Matignon ? Matignon fait le travail de chien de garde d'un groupe socialiste à l'Assemblée qui reste sous-informé et sous-traité malgré ses demandes de débat. Ainsi l'abandon de la notion même de contreparties au Pacte de responsabilité (resté de manière écrasante favorable au patronat), la quasi-disparition des quatre bases du "contrat de majorité" passé par le Premier ministre lors de son investiture réduisent à presque rien les résultats obtenus pas les 41 députés abstentionnistes. On ne le redira jamais assez: cette République est anachronique et mortifère pour la démocratie. Vouloir en changer pourrait redonner espoir à un électorat désespéré. L'Italie constitue une leçon de premier ordre: le parti du Président du Conseil vient de réunir 40% des voix aux Européennes; Renzi a mené bataille au cours des dernières semaines à la fois sur la stupidité de la règle bruxelloise des 3% et sur la suppression du Sénat; oui, la suppression du Sénat sérieusement engagée chez nos voisins. Ce mélange de modernisation institutionnelle et de fermeté politique est d'évidence un carburant démocratique qui remet en marche les italiens.

C'est ce carburant qui fait cruellement défaut chez nous où c'est le renoncement qui l'emporte. Trois perspectives peuvent naître de la double rupture ici évoquée: 

D'abord la résistance des députés socialistes. Le prochain vote du collectif budgétaire sera l'épreuve de vérité. Les 41 seront-ils plus nombreux à refuser les diktats de l'Elysée-Matignon à ne vouloir rien changer de la politique économique ? C'est la reconquête au forceps d'une légitimité parlementaire qui est en cause et pourrait être un tournant historique dans la nécrose du régime.

Ensuite l'installation d'un forum des gauches. Si le PS s'émancipe quelque peu de la Présidence de la République, les conditions d'un dialogue durable avec l'ensemble des composantes de la gauche peuvent être trouvées; à condition que celles-ci renoncent à l'invective entre elles et s'accordent pour débattre de quelques questions concrètes touchant à la vie économique, sociale et démocratique des Français.

Enfin la reconstruction d'une gauche socialiste. De nombreux élus, responsables et militants n'acceptent plus ni le fonctionnement bureaucratique de leur parti ni sa soumission au présidentialisme. Différentes sensibilités, aux trajectoires et cultures différentes peuvent se rassembler dans la perspective d'un congrès dont la préparation va commencer d'ici avant la fin de cette année (et pourquoi ne serait-il pas rapproché ?).  Cette recomposition peut être victorieuse et déboucher, entre autres, sur la préparation des échéances de 2017 avec l'ensemble des formations de gauche, notamment la mise en place de Primaires ouvertes et populaires.

Il n'y a pas à désespérer : la morphologie de l'électorat de ces élections européennes est très éloignée de celle des scrutins nationaux. Les progrès en pourcentage de l'extrême-droite se nourrissent de la dissidence du peuple de gauche. Il faut donc retrouver en commun les chemins de l'espoir vers une autre République. 

(Ce billet profite du débat avec Christian Assaf, député de l'Hérault, qui a eu lieu ce lundi 26 mai au Café Citoyen de la Convention pour la 6° République à Montpellier)

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