Lettre ouverte aux 500 signataires de l’appel à des lundis sans viande

Les véritables vandales du climat ne sont pas les « viandales » comme les vomit Eymeric Caron, mais les Bill Gates, Richard Branson (Virgin), Sundar Pichai (Google), tous fans d’une agriculture biotech.

L’année 2019 commence par un appel moralisateur adressé au peuple par 500 personnalités en faveur de lundis sans viande mais ces journées sans viande ne sont pas nécessairement des journées vertes comme l’affirment les signataires. Le petit monde favorable aux biotechnologies alimentaires soutient cette initiative pour imposer ses fausses solutions. Benjamin Netanyahu promeut par exemple ces lundi sans viande pour favoriser l’essor des « fausses viandes » industrielles réalisées à partir de cellules souches. Cet appel qui collectionne les faux-semblants évite de fâcher ceux qui vandalisent vraiment la planète.

Salauds de viandistes qui affamez l’humanité !

Les omnivores seraient responsables de la famine car il faudrait davantage de calories végétales pour produire une seule calorie animale. Cette thèse a pour elle sa simplicité mais elle est fausse. Il n’existe pas de concurrence entre les besoins des animaux et ceux des humains, tout dépend du type d’élevage. Les calories consommées par la vache au pâturage ne sont pas consommables directement par les humains car nous ne pouvons pas manger de l’herbe.

Le vrai scandale c’est que se développe l’élevage industriel qui utilise davantage de productions céréales (notamment du soja) et beaucoup moins d’herbes. Le vrai scandale, c’est qu’une part croissante des productions végétales soit utilisée pour produire de l’éthanol et du bioéthanol afin de nourrir les… voitures. Le vrai scandale, c’est que nos aliments soient devenus des pétro-aliments : en 1940, une ferme produisait deux calories d’énergie alimentaire par calorie d’énergie fossile utilisée ; en 2018, elle en consomme plus qu’elle en produit. La solution qu’on veut nous imposer des biotechnologies véganes est énergivore.

Salauds de viandistes qui causez le réchauffement planétaire !

Les omnivores seraient responsable du réchauffement planétaire car, selon la dernière étude de la FAO, l’élevage représenterait 14 % des émissions de GES (gaz à effet de serre). La suppression de l’élevage n’aurait pas cependant les effets bénéfiques attendus car elle transférerait un petit tiers des émissions sur l’agriculture, puisque si nous ne mangeons plus d’animaux nous consommerons plus de végétaux ; nous perdrions également la possibilité de relocaliser largement notre alimentation puisque l’agriculture est moins relocalisable que l’élevage, pour des raisons de climat, sauf à développer les productions hors sol, en serres chauffées, alors qu’il serait facile d’interdire les transports occasionnés par les centres d’engraissement à l’étranger et de généraliser l’abattage sur place.

L’essentiel est cependant ailleurs puisque l’élevage traditionnel présente un effet positif en termes d’émissions de GES, puisque les prairies constituent des puits et non des sources de carbone, celles de moyennes montages piègent 1 tonne par hectare/an.

Le principal effort doit porter sur l’autonomie alimentaire des fermes d’élevage en privilégiant les mélanges céréales et protéagineux, en sortant les animaux plus tôt, en développant le pâturage tournant, en planter davantage de légumineuses, en revenant à des types génétiques plus adaptés aux milieux… La solution qu’on veut nous imposer des biotechnologies véganes est celle d’une fuite en avant dans un modèle productiviste responsable des méfaits actuels.

Salauds de viandistes qui assoiffez toute l’humanité !

Les omnivores seraient responsables du gaspillage de l’eau comme semblent le montrer les chiffres : 1 kg de blé équivaut à 60 litres, un kg de viande à 15 000. Ces chiffres sont justes, mais ils nous parlent de ce que les experts nomment l’eau virtuelle qui n’a rien de commun avec une eau gaspillée… On ne « consomme » pas 15 000 litres d’eau pour produire un Kg de bœuf…

Cette notion comptabilise trois types d’eau : l’eau bleue qui correspond à l’eau réellement consommée, l’eau grise qui est celle nécessaire pour traiter l’eau et l’eau verte qui représente la totalité de l’eau de pluie stockée dans le sol… Cette eau grise atteint 94 % du total lorsque l’animal est élevé en pâturage. Les animaux élevés en plein champ consomment plus d’eau verte… donc d’eau virtuelle que ceux élevés industriellement dans des élevages hors-sol… Ces chiffres ne sont donc valables que pour le bétail nourri aux grains ! Sinon le nombre de calories produit par litre d’eau est sensiblement le même pour un kg de blé et de bœuf…

La baisse mondiale de la qualité de l’eau provient d’ailleurs davantage des activités agricoles en raison des pesticides, herbicides, engrais. L’irrigation qui représente 70 % des prélèvements, affiche des taux de perte de 40 à 60 % et engendre une salinisation qui stérilise les sols et tue la faune. La vraie question n’est pas celle de la quantité d’eau virtuelle consommée par l’élevage mais celle de sa qualité à l’issue des multiples activités… Ainsi CocaCola ponctionne 30,4 milliards de mètres cube d’eau, soit plus que le quart de l’humanité et cette eau utilisée industriellement doit être ensuite traitée.

Les véritables vandales du climat ne sont pas les « viandales » comme les vomit Eymeric Caron, mais les Bill Gates, Richard Branson (Virgin), Sundar Pichai (Google), tous fans d’une agriculture biotech et adeptes des pseudo lundis vert.

Depuis toujours, je combats pour une réduction de la consommation carnée dans les pays du Nord mais cet objectif salutaires ne doit pas être instrumentalisé ni par l'antispécisme végan ni par les firmes qui promeuvent les biotechnologies et les fausses viandes à partir de cellules souches mais seulement dans le cadre d'une nouvelle alliance entre les animaux, les éleveurs et les mangeurs comme nous le défendions déjà dans Médiapart il y a un an avec Jean Ziegler, Carlo Pétrini et Josef Zisyadis.

Paul Ariès
Politologue,
auteur de Lettre ouverte aux mangeurs de viandes
qui souhaitent le rester sans culpabiliser

(Larousse, janvier 2019).

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