Le stalinisme était-il un national-bolchévisme ?

La gauche restera orpheline d'utopie tant qu'il ne sera pas capable de produire sa propre analyse du stalinisme. Le stalinisme ne fut pas seulement le triomphe du productivisme mais de l'étatisme. Il nous faut prendre très au sérieux l'hypothèse du national-bolchévisme d'autant plus que l'ouverture des archives russes prouve l'alliance de Staline et d'une certaine extrême-droite.

Ce texte est un extrait du livre de Paul Ariès Les rêves de la jeune Russie des soviets, une lecture antiproductiviste du stalinisme.
Editions Le Bord de l'eau, 2016, Préface Pierre Zarka, directeur de l'Humanité, ancien député communiste. 

 

Avant d’évoquer ce qu’on nomme le national-bolchévisme russe, il est important de rappeler que l’Etat russe est restauré par ceux-là mêmes qui voulaient le détruire, d’abord en réponse à l’extrême violence qui accompagna le développement de la disette, de la famille et de la sauvagerie en 1921-22. La pénurie réveilla notamment un vieux fond antisémite rurale et sonna le retour des pogroms, y compris au sein de la makhnovista(l’armée anarchiste). Des juifs sont volés et frappés, entassés et brûlés vifs dans des synagogues, des centaines de fillettes sont violées. Les organisations juives (alors toutes de gauche) dénombrent plus de 300000 victimes dont au moins 150000 morts. Les bolcheviks sont d’ailleurs eux-mêmes systématiquement assimilés à des Juifs. Les forces réactionnaires et le peuple dénoncent le judéo-bolchévisme. Des milliers de bolcheviks sont assassinés, sans qu’il soit possible d’établir une différence entre les crimes antisémites et les crimes suscités par la haine du rouge : oreilles, langues et yeux arrachés, membres, têtes et parties génitales coupés, estomacs éventrés, croix imprimés sur le front par le feu, personnes clouées vives sur des arbres, etc.

La jeune Russie des Soviets va être sauvée par le ralliement d’une fraction importante des anciennes élites au nouveau régime bolchevik et à son Etat fort. Le symbole de ces ralliements est le général Alexei Brusilov déclarant « Mon sens du devoir envers la nation contraint à désobéir à mes inclinaisons sociales naturelles ». Ils seront des centaines de milliers à l’imiter. Le philosophe, Walter Benjamin, alors présent à Moscou, évoquera en 1927 le fort sentiment national(iste) suscité par la peur de l’effondrement de l’Etat russe.

Le stalinisme est-il un national-bolchévisme ?
Le Congrès de 1925peut être qualifié de congrès du « national-bolchévisme » russe puisqu’il marque la victoire des thèses en faveur d’un Etat fort. Cette victoire sera déjà acquise au prix d’un renouvellement du Parti. Certains ont soutenu que Staline réinventa le Parti après 1922, avec la fameuse « promotion Lénine » qui attira des centaines de milliers d’adhérents, dont Staline reconnaîtra que 90 % étaient des illettrés politiques. «Communiste » ne veut déjà plus dire partisan du communisme mais membre du parti bolchévique au pouvoir et même le plus souvent membre de l’appareil d’Etat. Ces « communistes » participent déjà de moins en moins aux débats politiques. C’est pourquoi ils pourront dès 1924 accepter que la politique-spectacle l’emporte sur les polémiques théoriques et politiques habituelles aux bolcheviks, comme lorsque le Congrès se rendra au pas cadencé, sous la conduite d’un orchestre, devant le mausolée de Lénine pour tenir une séance…
Cette victoire sera acquise aussi au prix d’un renouvellement de l’Etat. Staline révoque 3000 fonctionnaires bolcheviks et noie, ceux qui restent, au sein d’un appareil d’Etat aux effectifs multipliés comme il noie les anciens bolcheviks au sein d’un parti fort désormais de plus d’un million de membres. Staline va faire adopter deux premières mesures emblématiques de son régime, le rétablissement de l’alcool d’Etat comme moyen de financer la nouvelle bureaucratie et la baisse des salaires des travailleurs, grâce à la généralisation du salaire au rendement, aux cotisations et souscriptions obligatoires. La conséquence est immédiate : alors que les effectifs du Parti-Etat s’envolent, ceux des syndicats, qui regroupaient plus de six millions de membres, chutent. Ils passeront à 4,8 puis à 4, puis probablement beaucoup moins par la suite. Le régime va désormais chercher ses meilleurs soutiens dans d’autres milieux.

Qu’est-ce que le national-bolchévisme ?
Les différents épisodes tragiques, qui suivirent la prise de pouvoir et qui menacèrent jusqu’à l’existence même de la jeune Russie des soviets, vont faciliter l’infiltration de thèses d’extrême-droite, au sein d’une fraction de l’appareil d’Etat et même, probablement, au sein du nouveau Parti bolchevik . Cette thèse de l’historien Mikhaïl Agursky comporte des éléments moins probants . Selon lui, les composantes marxistes et socialistes du bolchévisme russe auraient été des « camouflages historiques » d’un processus beaucoup plus important historiquement et géopolitiquement, puisque Lénine se serait placé dans la lignée d’Alexandre Herzen (1812-1870), le père d’un « socialisme nationaliste russe », rejetant l’Occident au nom d’une domination slave. C’est pourquoi, Lénine et les bolcheviks se seraient assignés le but de donner à la Russie et aux Russes le leadership de la révolution mondiale avec la construction de l’Internationale Communiste. Je pourrais rétorquer que ce chauvinisme « grand russe » marqua davantage les relations entre peuples et Etats composant la jeune Russie des soviets que celles entre Partis membres de l’IC.
Sans être donc convaincu par cet aspect de la thèse de Mikhaïl Agursky, on peut soutenir qu’à partir de la NEP, c’est-à-dire au moment où les dirigeants bolcheviks sacrifient le passage à un mode de vie communiste pour imposer à la fois un capitalisme d’Etat et un « plus d’Etat », ne pouvait que se développer un « compromis historique » entre la « bourgeoisie rouge » naissante et les anciennes élites du tsarisme quel que soit le domaine considéré. Ce compromis prendra appui sur une autre idéologie, un autre langage, que celui du communisme et permettant la promotion du capitalisme d’Etat, de l’idéologie du « plus d’Etat » et de celle du nationalisme « grand-russe » . Cet esprit « grand russe » a certes toujours existé mais il s’est incontestablement développé, dès le début des années vingt, au point que Lénine, dans son fameux testament politique (une série de notes dictées à ses secrétaires entre le 15 décembre 1922 et le 4 janvier 1923), en fera le cœur de son réquisitoire contre Staline… C’est la raison qui le conduit à demander qu’on lui retire toutes ses responsabilités au sein du Parti. Mais la critique de Lénine ne pouvait cependant que rester inféconde dès lors qu’elle ne mettait pas en cause le capitalisme d’Etat et le « plus d’Etat ».
Ce qui est certain c’est que certains dignitaires bolcheviks vont flirter dangereusement avec le mouvement et les idéologues nationaux-bolchéviques, puis avec l’idéologie nationale-bolchévique lorsqu’ils décideront de faire, avec Staline, du national-bolchévisme sans nationaux-bolchéviques, dont les principaux leaders ont été progressivement réduits au silence ou intégrés. Le PC(b)R, métamorphosé en PCUS tout comme la RSS l’a été en URSS, trouvera en effet au sein du « national-bolchévisme » une idéologie de substitution qui lui apportera les trois grands piliers nécessaires à son maintien au pouvoir: le choix d’une folie industrialiste avec le capitalisme d’Etat, la légitimation d’un « plus d’Etat » sous couvert de dictature du prolétariat et donc d’un « Etat ouvrier » et le nationalisme « grand-russe » à la place de l’internationalisme prolétarien.

Cette histoire est suffisamment dérangeante pour avoir été passée sous silence tant par les suppôts inconditionnels de l’URSS que par ses détracteurs . Le national-bolchévisme est une idéologie d’extrême-droite utilisant certains traits déformés du bolchévisme triomphant pour parvenir à ses propres fins . Ce national-bolchévisme russe est une émanation du national-bolchévisme allemand, développé après la première guerre mondiale et qui prétendait réaliser une synthèse entre nationalisme et communiste (ou socialisme). Son principal théoricien, à l’échelle internationale, sera l’Allemand Ernst Niekisch (1889-1967) .
Le courant du national-bolchévisme russe se constitue en deux moments : tout d’abord au sein d’une petite fraction de l’extrême-droite russe héritière d’une longue tradition (avec l’UPR), puis parmi des émigrés blancs qui choisiront de défendre l’Etat bolchevik d’un point de vue nationaliste et non marxiste. Les dirigeants bolcheviks seraient, selon ces deux courants, les meilleurs défenseurs de la grande Russie impériale car ils auraient su préserver l’empire russe, en instaurant l’URSS, au moment où les autres grands empires s’effondraient. La « terreur rouge » ne serait donc, à leurs yeux, qu’une façon de poursuivre le nécessaire travail de modernisation forcée déjà entrepris par Yvan le Terrible. Ce national-bolchévisme russe se mettra même parfois à rêver à la possibilité d’une domination mondiale russe (slave) grâce à l’idéologie bolchévique.

L’UPR, des nationaux-bolcheviks avant l’heure
Une sorte de national-bolchévisme était en débat au sein des milieux sociaux-démocrates russes sous le tsarisme, donc bien avant la révolution d’Octobre 17.Comment ne pas évoquer déjà le prêtre orthodoxe Gueorgui Gapone (1870-1906), organisateur de la journée du 22 janvier 1905, le dimanche rouge, proche du chef de la police secrète Zerguei Zoubatov, fondateur de l’Union ouvrière dans le but d’encadrer le peuple. Après le dimanche sanglant, il se réfugie chez Gorki puis s’exile en Suisse où il rencontre Lénine, Il adhère bientôt au parti des socialistes-révolutionnaires alors qu’il est toujours manipulé par la police du Tsar. Il sera pendu le 28 mars 1906 sur ordre des SR par un commando dirigé par Pinhas Rutenberg, socialiste révolutionnaire et fondateur de la Légion juive.
L’imprégnation des thèses nationalistes sur la social-démocratie russe se fera cependant davantage avec les proto-fascistes de l’Union du Peuple Russe (UPR), fondée au tout début du 20esiècle pour réconcilier la monarchie et le peuple. L’UPR est pro-allemande, anti-anglaise, anti-américaine, hostile aux peuples jaunes, d’un antisémitisme violent et responsable de nombreux pogroms. Ce mouvement se rapprochera des Centuries noires (ou cent-noirs), fondées lors de la Révolution de 1905 pour terroriser les militants révolutionnaires .
Ce mouvement d’extrême-droite, fortement relayé par l’église orthodoxe, bénéficiait d’un ancrage au sein des milieux populaires notamment ruraux . C’est pourquoi le POSDR débattra longuement de l’attitude à adopter envers lui bien que tous le condamnent/combattent idéologiquement sans équivoque. Ainsi Plekhanov, le père du marxisme russe, soutient qu’il faut tenir compte du fait que 80 % de ses membres sont des prolétaires avant de s’en prendre à eux . La fraction d’ultragauche « En avant ! » croit également dans la possibilité de gagner ces forces sociales « conservatrices » à la révolution socialiste . Ces proto-fascistes vont certes, dans un premier temps, combattre la révolution d’Octobre, les armes à la main, mais après la victoire de l’Armée rouge sur les armées blanches, certains rejoindront le PC(b)R ou accepteront de travailler pour lui, au sein de l’appareil d’Etat, de la Tcheka ou de l’église ralliée au pouvoir. Ainsi c’est un ancien dirigeant de l’UPR qui deviendra le Métropolite Varfolomai de l’église aux ordres du Kremlin ! (cf. : infra)
Cette question d’une infiltration d’extrême-droite au cœur du système soviétique, et notamment de son appareil d’Etat, est assez bien balisée. Ainsi Mikhaïl Agursky souligne, dans Les Cahiers du monde russe et soviétique, que le PC(b)R a attiré beaucoup d’anciens Cent-noirs, qualifié mollement de « Vendée russe », il rappelle également qu’au début du siècle, Lénine avait déjà défendu l’idée d’un « bloc contre nature »entre ces Centuries noires et les bolcheviks mais qu’il n’avait pas été suivi par le Ve congrès du POSDR tenu en mai 1907.

« Ceux qui rentrent »
L’autre courant nationaliste qui contaminera bien davantage l’Etat bolchevik se développe au sein de l’émigration russe sous le nom des menovekhisme, ce qui signifie« ceux qui rentrent », « ceux qui reviennent » après leur exil . Le principal penseur de ce courant est Nikolaï Oustrialov (1890-1938), juriste, professeur à l’Université, ancien membre du parti Cadet représentant les intérêts de la bourgeoisie libérale avant la révolution d’Octobre, rallié aux armées blanches, ancien chef du service de presse de l’amiral Koltchak, réfugié en Chine après leur défaite devant l’Armée rouge, etc. Oustrialov dénoncera pourtant assez vite les forces contre-révolutionnaires pour, ce qu’il nomme, leur soumission à l’étranger (en fait pour leurs accointances présumées avec la franc-maçonnerie internationale qu’il vomit plus encore que les bolcheviks russes). Ce juriste est un ultranationaliste qui publie dans des revues successives comme Les problèmes de la grande Russie, Le matin de la Russie ou L’aube de la Russie. Il défend l’expansionnisme russe contre l’Occident et la nécessité de construire un Etat absolutiste, fut-il provisoirement aux mains des bolcheviks de Lénine. Il soutient donc que la révolution bolchévique est « authentiquement russe » et,qu’en tant que « nationaliste », on ne peut s’y soustraire plus longtemps. En 1920, il fonde avec un groupe d’anciens cadets la revue Okno (La fenêtre), soutenant l’idée d’une convergence non seulement possible mais nécessaire entre les conservateurs nationalistes et les bolcheviks adepte d’un Etat fort. Des conférences sont organisées dans les milieux de l’immigration russe notamment à Paris et un bulletin Changement de jalons(SmenaVekh) est publié depuis Prague . Les disciples d’Oustrialov prirent le nom de Smena-Vekhists (« ceux qui rentrent ») puis une fois rentrée, ils utiliseront celui de nationaux-bolcheviques. L’année 1921 est décisive puisque Oustrialov soutient la NEP de Lénine car, dit-il, elle créerait la possibilité d’une restauration complète du capitalisme.
Lénine, qui suit personnellement ce dossier, envisage d’orchestrer le retour d’Oustrialov à Moscou dans l’espoir de faire revenir en Russie une partie des élites mais aussi de courtiser celles qui, bien qu’étant restées, boycottent le régime. Il fait reproduire des articles de SmenaVekh dans La Pravda et finance secrètement un quotidien de l’émigration, Nakanune, lancé depuis Berlin. Trotski exige que chaque bibliothèque dispose d’un exemplaire de cette prose.
Cette éventualité d’un retour massif des émigrés blancs sur une base nationaliste est assez forte pour être débattue en mars 1922 au XXIe congrès. Lénine lui consacre même une part importante de son rapport politique :« Je voudrais, à ce propos, traiter la question suivante : qu'est-ce que la Nouvelle politique économique des bolcheviks? Evolution ou tactique? C'est ainsi que la question a été posée par les gens de la SmiénaViekh ; ils représentent, comme vous le savez, un courant qui a pris racine parmi les émigrés russes à l'étranger, courant social et politique ayant à sa tête des cadets marquants, certains ministres de l'ancien gouvernement de Koltchak, des hommes ayant acquis la conviction que le pouvoir des Soviets bâtit l'Etat russe et qu'il faut, par conséquent, le suivre. «Mais quel est l'Etat que bâtit ce pouvoir des Soviets? Les communistes disent que c'est un Etat communiste, assurant qu'il s'agit là de tactique : les bolcheviks circonviendront les capitalistes privés dans une passe difficile pour, ensuite, arriver à leurs fins, comme ils le prétendent. Les bolcheviks peuvent dire ce qui leur plaît, en réalité, ce n'est pas une tactique, c'est une évolution, une dégénérescence intérieure. Ils aboutiront à l'Etat bourgeois ordinaire, et nous devons les soutenir. L'histoire va par différents chemins.» Ainsi raisonnent les gens de la SmiénaViekh. Certains d'entre eux se posent en communistes, mais il y a des hommes plus francs et, entre autres, Oustrialov. Je crois qu'il a été ministre sous Koltchak. Il n'est pas d'accord avec ses amis et déclare : «Vous pouvez dire ce que vous voulez à propos du communisme; quant à moi, j'affirme que, chez eux, ce n'est pas une tactique, mais une évolution.» Je pense que cet Oustrialov, par cette franche déclaration, nous rend un grand service. Il nous arrive très souvent d'en entendre, à moi surtout, en raison de mes fonctions, de doucereux mensonges communistes, d'entendre tous les jours, et, parfois, cela devient vraiment écœurant. Et voici que, à la place de ces « mensonges communistes », vous recevez un numéro de la SmiénaViekh qui dit sans détour: «Chez vous, il n'en est pas du tout ainsi, ce sont des idées que vous vous faites ; en réalité vous roulez dans le marais bourgeois ordinaire où les petits drapeaux communistes s'agiteront avec toutes sortes de belles paroles.» Voilà qui est très utile, car ce n'est plus une simple redite de ce que nous entendons sans cesse autour de nous, mais, tout bonnement, la vérité de classe d'un ennemi de classe. Il est très utile de voir cette chose écrite, non parce que c'est l'usage d'écrire ainsi dans un Etat communiste, ou qu'il est interdit d'écrire autrement, mais parce que c'est réellement la vérité de classe exprimée brutalement, ouvertement, par un ennemi de classe. «Je suis pour le soutien du pouvoir des Soviets en Russie, dit Oustrialov - bien qu'il soit un cadet, un bourgeois, bien qu'il ait soutenu l'intervention armée -, je suis pour le soutien du pouvoir des Soviets, parce qu'il s'est engagé dans une voie où il roule vers le pouvoir bourgeois ordinaire.» C'est une chose très utile et qu'il faut, me semble-t-il, prendre en considération. Quand les gens de la SmiénaViekh écrivent ainsi, cela vaut beaucoup mieux, pour nous, que de voir certains d'entre eux se poser presque en communistes, de sorte que, de loin, on risque de ne pas s'y reconnaître : croient-ils en Dieu ou en la révolution communiste? Ces francs ennemis sont utiles, disons-le carrément. Les choses dont parle Oustrialov sont possibles, disons-le sans ambages. L'histoire connaît des transformations de tous genres : en politique, compter sur la conviction, le dévouement et autres excellentes qualités morales, n'est guère sérieux. Les excellentes qualités morales sont le propre d'un petit nombre ; or, l'issue historique est décidée par les masses immenses qui, lorsque le petit nombre n'est pas de leur goût, le traitent parfois sans excès de politesse. II y a eu beaucoup d'exemples semblables. Aussi faut-il saluer cette franche déclaration de la SmiénaViekh, L'ennemi dit une vérité de classe en signalant le danger que nous courons. L'ennemi voudrait que cela devînt inévitable. Les gens de la SmiénaViekh expriment l'état d'esprit de milliers et de dizaines de milliers de bourgeois de tout acabit ou d'employés soviétiques participant à notre nouvelle politique économique. Là est le danger essentiel et réel. Et c'est pourquoi il faut réserver l'attention principale à cette question : qui, effectivement, l'emportera ? J'ai parlé de compétition. Il n'y a pas d'attaque directe contre nous, on ne nous prend pas à la gorge. Nous verrons ce qui en sera demain, mais, aujourd'hui, on ne nous attaque pas les armes à la main ; et néanmoins la lutte contre la société capitaliste est devenue cent fois plus acharnée et périlleuse, car nous ne voyons pas toujours nettement où est l'ennemi qui nous combat, et qui est notre ami» .

Faut-il rapprocher cette tentative de Lénine d’instrumentaliser le national-bolchévisme russe de la situation allemande du début des années vingt ? On sait que le dirigeant de l'Internationale Communiste, Karl Radek, chargé par le Kominterm d'organiser la révolution bolchevique en Allemagne, tentera vainement un rapprochement avec les corps-francs, notamment lors de l’occupation de la Ruhr, en 1923, par la France et la Belgique. Le chef des corps-francs, Léo Schlageter, capturé et exécuté par l'armée française, et qui sera le premier héros du national-socialisme, bénéficie d’un curieux hommage de Radek, non pas seulement en Allemagne mais devant l’IC à Moscou : « La majorité du peuple allemand est composée d'hommes qui travaillent et qui doivent lutter contre la bourgeoisie allemande. Si les milieux patriotiques d'Allemagne ne se décident pas à faire leur la cause de cette majorité de la nation et à constituer ainsi un front contre le capital de l'entente et le capital allemand, alors le chemin suivit par Schlageter serait le chemin du néant ».Warren Lerner, biographe de Radek, évoque l'action de ce dernier en ces termes : « En 1923, Karl Radek tenta d'utiliser le parti nazi naissant pour détruire la République de Weimar et favoriser la révolution communiste. Radek fourni aux nazis leur premier héros, Schlageter, fusillé dans la Ruhr par les Français et fit un discours célèbre à sa mémoire, approuvé par Staline et Zinoviev. Radek exprimait la conviction, partagée par les chefs du Komintern, que « l'écrasante majorité des masses nationalistes appartient non au camp des nationalistes, mais aux camps des ouvriers, que des centaines de Schlageter rejoindraient le camp de la révolution. Hitler de son côté, faisait part à ses camarades de sa conviction qu'un communiste pouvait toujours faire un bon nazi, mais qu'un social-démocrate ne le pourrait jamais ».
De nombreux émigrés blancs reviendront donc en Russie dans la foulée de la NEP et feront même de belles carrières sans être spécialement inquiétés. Ainsi Korovine, un des proches d’Oustrialov deviendra conseiller de la délégation soviétique chargée, en 1945, de négocier le statut de l’ONU.

Le débat sur le national-bolchévisme russe au sein des bolcheviks
Cependant, dès 1925, des dirigeants bolchéviques mettent en garde. Ainsi Zinoviev accuse ouvertement, dans La Pravda, Oustrialov d’être l’idéologue de la nouvelle bourgeoisie soviétique. Boukharine qualifie cette doctrine « nationale-bolchévique » de plus dangereuse encore que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires car pouvant déboucher sur un « césarisme fasciste ». Staline est donc obligé de tergiverser mais sa critique d’Oustrialov reste très modérée : « Le Smenovekhovstvo est l’idéologie de la nouvelle bourgeoisie, qui s’est développée et rapprochée petit à petit du Koulak et de l’intelligentsia administrative (…) selon elle, le parti communiste doit se régénérer et la nouvelle bourgeoisie doit se consolider, et, dans le même temps, (..) Nous devons (…) à l’aide d’un « César » qui serait issu, soit des milieux militaires soit de l’administration (…) nous retrouver dans la situation d’une république bourgeoise ordinaire. Telle est celle nouvelle idéologie qui tente de mystifier notre intelligentsia administrative, et pas seulement elle mais des cercles proches de nous… Où est l’auteur de cette idéologie ? Il travaille chez nous dans les transports (PA : il enseignait l'économie des transports au sein de l'Institut des ingénieurs en transport de Moscou). On dit qu’il travaille bien. Je pense que s’il travaille bien, il peut bien penser à la dégénérescence de notre parti. Chez nous, il n’est pas interdit de rêver et il peut bien rêver tout son content dans son coin. Mais il faut qu’il sache que s’il s’agit d’une régénération, il doit en même temps apporter de l’eau à notre moulin soviétique. Sinon cela ira mal pour lui ».
Quant à Trotski, il analysera ouvertement le stalinisme comme un Oustrialovisme, lors du Comité Central du PC(b)R du 23 octobre 1927 : « la fraction dirigeante exécute un ordre social donné par Oustrialov, c'est-à-dire par la petite et moyenne bourgeoisie qui relève la tête. A l'encontre des politiques de la vieille bourgeoisie émigrée au déclin, Oustrialov, politique intelligent et clairvoyant de la nouvelle bourgeoisie, n'aspire pas à la Révolution, aux grandes secousses, il ne veut pas non plus « sauter les étapes ». La marche oustrialoviste actuelle, c'est le cours stalinien. Oustrialov mise ouvertement sur Staline. Il exige de Staline le châtiment de l'Opposition. En excluant et en arrêtant les opposants, en lançant contre nous une accusation essentiellement thermidorienne au sujet de l'officier de Wrangel et du complot militaire, Staline exécute l'ordre social d'Oustrialov. ». Trotski aurait même déclaré, en 1929, lors de son expulsion d’URSS : « C’est la victoire d’Oustrialov ! »…

La victoire de l’oustrialovisme avec Staline
Staline deviendra de plus en plus adepte du national-bolchévisme, ce qui explique, comme nous le verrons, son attitude envers l’Italie fasciste et l’Allemagne de Hitler, notamment dans le cadre du pacte germano-soviétique . AinsiIsaïe Lejnev, expulsé d’URSS en 1926 en raison des thèses ultra-nationalistes de son journal,La Russie nouvelle, est rappelé en URSS par Staline, qui le fait admettre immédiatement au sein du PC(b)R et lui accorde la direction de la section artistique et littéraire de La Pravda. Isaïe Lejnev s’en prendra aux vrais communistes commele grand écrivain Isaac Babel (cf : infra) lequel ne pourra poursuivre son travail de recherche pour publier Le Tchékiste.
Staline saura toujours s’entourer de dirigeants au passé très douteux… non seulement d’anciens nationalistes mais des personnages comme Andrei Vychinski , ce menchevik de la première heure qui avait lancé en 1917 en tant que Président d’un tribunal de district un mandat d’arrêt contre Lénine le suspectant d’être un agent allemand, rallié à l’Etat bolchevik au lendemain de la guerre civile, deviendra le procureur des « grands procès » de Moscou, célèbre pour ses sentences : « Je demande que ces chiens enragés soient fusillés tous jusqu’au dernier » (24 aout 1932).
Les nationalistes russes justifieront leur alliance avec l’Etat bolchevik en reprenant la célèbre formule de Lejnev qui déclarait en 1922 que : « l’impérialisme russe, le messianisme russe, le bolchévisme russe sont des phénomènes grandioses de même nature ». Au-delà des ralliements individuels, l’idéologie nationale-bolchévique jouera un grand rôle dans la survie de l’Etat bolchevik (durant des décennies) en créant les conditions d’une hégémonie : « Dès le début de la révolution bolchevique, il s’est trouvé beaucoup de gens qui l’ont perçue comme une révolution véritablement russe, qui sert les objectifs véritables du peuple russe, et qui plus est,comme un événement extraordinaire dans son histoire, y compris son histoire spirituelle » .
Cette reconnaissance de la révolution bolchevique et de son Etat fort comme constitutifs d’une force nationale a été largement répandue comme l’a montré Galia Ackerman dans son étude sur les mouvements extrémistes en Russie . Telle fut en effet la perception de nombreux SR de gauche déboussolés, de narodniki (populistes) de gauche comme Alexandre Tchaïanov, d’intellectuelscomme Alexandre Blok, Serguei Essenine, Evgueni Zamiatineréunis autour du recueil Les Scythes, du poète Nikolaï Kliouïev (1884-fusillé en 1937), d’écrivains mystiques comme Andrei Biély ou Maximilien Volochine qui soulignait dans un poème que «Les commissaires incarnent l’esprit de l’autocratie», etc. Selon eux, l’Etat bolchevik devait être défendu (y compris dans ce qu’il avait de pire) car il était un instrument providentiel et temporaire faisant de la Russie le centre messianique du monde. De son côté, l’Église orthodoxe russe finira par accepter l’Etat bolchevik car « il n’y a pas de pouvoir qui ne vienne pas de Dieu » .

Ces nationalistes soutiendront l’Etat bolchevik dans la mesure où disparaissaient l’idée d’un dépérissement de l’Etat et d’un nouveau mode de vie communiste. Oustrialov, jouant sur les mots, parlait de « nationalisation d’octobre » afin de dire que la révolution d’Octobre irait dans le sens d’une révolution nationaliste. Cette thèse sera partagée par Vassili Choulguine, le grand idéologue des blancs, député nationaliste et monarchiste auquel le Tsar Nicolas II avait remis son acte d’abdication, qui, de retour d’un voyage clandestin en URSS en 1926, déclarera : « Quand je suis parti en Russie, je n’avais plus de patrie. A mon retour, j’en ai une ! ». Ce leader réactionnaire publiera en France en 1927 La résurrection de la Russie soviétique (Payot) dans lequel il considère l’Internationale Communiste comme un instrument de la politique nationale russe, un outil pour l’élargissement des territoires soumis à Moscou. Au fond, ironise-t-il « Les bolcheviks pensent avoir créé une armée socialiste qui se bat au nom de l’Internationale, mais c’est une absurdité [...] En réalité, ils ont restauré l’armée russe [...] Le drapeau de la Russie unie fut hissé par les bolcheviks » .
Vassili Choulguine décèdera en URSS en 1976 à l’âge de 98 ans.
Nous savons déjà que le ralliement des nationaux-bolchéviques aux bolcheviques eut pour cadre le choix d’un « plus d’Etat » au service de la NEP. Nous savons aussi qu’il servira d’argument aux ex-officiers reprenant du service. Cette thèse connaitra cependant son plus grand retentissement sur le terrain économique en parallèle à l’affirmation d’une nécessaire discipline de fer (sic). Piotr Savitski, l’idéologue du courant eurasien, développera ainsi une théorie économique dite de la « patronacratie » qui sous prétexte de défendre le pouvoir économique prônait la reconnaissance de la toute-puissance des chefs. Piotr Savitski soutiendra l’URSS en tant que puissance impérialiste car, disait-il, l’URSS évoluerait nécessairement vers un pouvoir non européen marqué par l’orthodoxie et finirait par rejeter « l’internationalisme prolétarien ». Il expliquait en 1921 dansTournant vers l’Orientque l’URSS se trouvait au cœur d’un troisième continent à égale distance de l’Occident et de l’Asie… Ces auteurs, tous foncièrement anticommunistes, soutenaient,cependant, l’URSS et son Etat car ils voyaient, en eux, la continuation du projet impérial russe.

Contrairement aux fantasmes des nationaux-bolchéviques d’aujourd’hui, tant Russes que Français, qui glorifient le rapprochement des années vingt/trente et vénèrent toujours les figures emblématiques de Staline et d’Oustrialov, le jeu du PC(b)Rétaitpurement tactique et ne témoignait pas d’une réelle convergence. Le seul objectif était d’obtenir le ralliement des anciennes élites au régime. Ce jeu de dupes avec les nationaux-bolchéviques doit donc être analysé comme une pièce maîtresse dans le cadre de la question des specy qui divisa le Parti . C’est pourquoi Lénine n’hésitera jamais à qualifier le groupe d’Oustrialov d’ennemi de classe et ce mouvement figure,d’ailleurs, au sein de La Grande encyclopédie soviétique au titre des « dérives antisoviétiques ». Trotski en fera l’emblème du stalinisme. Zinoviev est celui qui a vu le danger le premier.
J’avoue être plus circonspect face à l’attitude de Staline envers Oustrialov. Je crois que le « génial caucasien », selon la formule du Lénine d’avant 17, avait compris, avant les autres, que le système bolchévique ne pourrait construire un capitalisme d’Etat sans prendre appui sur une idéologie ultranationaliste . Cette dérive n’était pas pour déplaire au Staline, auteur d’un ouvrage sur la nation, rédigé, certes à la demande expresse de Lénine mais que ce dernier se gardera bien ensuitede citer,tant il était intellectuellement insatisfaisant et idéaliste (au sens d’une approche idéaliste « anhistorique », non matérialistede la nation). J’avoue cependant qu’il est très curieux que ce même Lénine ait accordé le poste de Commissaire du peuple aux nationalités à ce même Staline…Nous verrons tout le mal qu’il en fera dans le traitement de la question géorgienne .
Cette dérive national-étatique (national-bolchévique) de Staline lui vaudra sa condamnation politique par Lénine qui demandera de l’écarter du Secrétariat du parti, mais il était trop tard et la bombe promise par Lénine n’explosera pas. Seuls Kamenev et surtout Zinoviev comprendront que le principal danger que cette idéologie faisait courir au système était de permettre à une nouvelle classe dominante d’assurer son hégémonie au sein même du nouvel appareil d’Etat. Zinoviev publiera en 1925 dans La Pravda un réquisitoire accusant Oustrialov d’être l’idéologue en chef de la nouvelle bourgeoisie rouge antirévolutionnaire. Boukharine dénoncera également cette idéologie comme plus dangereuse encore que l’étaient celles des mencheviks ou des socialistes-révolutionnaires car elle risquait de déboucher sur un véritable « césarisme fasciste ».
Staline saura jouer la carte « nationale-bolchévique »face à chaque difficulté. Ainsi, en 1925, il l’utilise pour faire passer sa thèse du « socialisme dans un seul pays », c’est-à-dire l’abandon de l’internationalisme prolétarien au profit de la défense prioritaire (sinon exclusive) des intérêts de la « Grande Russie » (sic). Ainsi, en 1927, c’est encore en instrumentalisant cette carte nationaliste qu’il réussit une sorte d’union sacrée pour faire taire ses derniers opposants : « Je viens de recevoir la nouvelle que le gouvernement conservateur anglais a décidé de rompre avec l’URSS. D’aucuns menacent le parti de guerre et d’intervention. D’autres de scission. Il se forme une sorte de front unique de Chamberlain à Trotski » . Kroupskaïa (mal informée ?) souscrit à cette thèse stalinienne : « L’Union soviétique est menacée d’une agression armée et dans ces conditions il faut (…) que notre parti forme un bloc solide et que la masse qui l’entoure serre également les rangs ». Même Trotski, pourtant victime désignée de cette campagne nationaliste, soutient que l’Opposition bolchevik combattra pour la patrie socialiste, bien qu’il refuse toute idée d’union sacrée avec Staline. En 1938, Staline utilisera encore cette carte nationaliste en inventant le faux complot du groupe de Toukhatchevski afin de liquider au sein de l’Armée rouge ceux qui s’opposaient (ou pouvaient s’opposer) au pacte germano-soviétique .

Vers la signature du pacte germano-soviétique
Les connexions entre le courant nationaliste (qualifié de national-bolchevik) et les intérêts de la classe dirigeante (nouvelle et ancienne ralliée) permettent de mieux comprendre pourquoi Staline choisit de décapiter l’Armée rouge à la veille de la Seconde guerre mondiale en faisant fusiller 40000 à 60000 officiers. Ces derniers furent accusés d’être en lien avec le « groupe Toukhatchevski », du nom du maréchal russe le plus célèbre, complot qui n’a bien sûr jamais existé sauf dans la tête de Staline, lequel soutenait éliminer tous ceux au sein de l’Armée qu’il soupçonnait de ne pas accepter son rapprochement avec Hitler .
Le maréchal Toukhatchevski n’a strictement rien d’un homme sympathique, Commandant en 1920 la marche sanglante sur Varsovie, puis en 1923 l’écrasement de la révolte de Cronstadt, auteur de crimes de guerre contre son propre peuple en ayant utilisé des armes chimiques contre des paysans. Toukhatchevski se pense comme le Bonaparte de la révolution russe. Staline l’avait même ouvertement accusé en 1930 de tramer un coup d’Etat. Trotski donnera à cette occasion raison à Staline qui choisira finalement de maintenir Toukhatchevski dans ses fonctions, avant même de le promouvoir en 1936 au rang de Maréchal de l’URSS. On a longtemps pensé qu’Hitler aurait dupé Staline en fabriquant un faux laissant croire que Toukhachevski était un agent allemand. Cette fable intoxiqua le gouvernement français comme le confiera le 18 juin 1946Léon Blum devant une Commission d’Enquête parlementaire. Churchill reprendra ces accusations contre les chefs de l’Armée rouge dans ses mémoires. Les historiens ont établi depuis que c’est Staline qui informa le Président Tchèque Bénès, via La GPOU, pour que Benes l’informe officiellement, lui permettant ainsi d’éliminer les militaires hostiles à sa politique pro-Hitler. Staline s’appuya sur un groupe d’anciens officiers tsaristes vivant à Paris, et agents doubles au service de Berlin et de Moscou… dont le général Skobline. Cette décapitation de l’Armée rouge tend à prouver que Staline savait que les militaires étaient opposés au pacte germano-soviétique comme les communistes et qu’il ne pourrait l’imposer qu’en prenant appui sur des courants anticommunistes c’est-à-dire issus de la mouvance nationale-bolchévique. Le prix à payer (sans aucune difficulté par Staline) fut le retour des thèses judéophobes au sein de l’Armée rouge et du Parti, retour rendu possible par l’élimination de Zinoviev et de Kamenev qui seuls auraient pu s’y opposer. Anna, la sœur de Lénine, suppliera Staline de rendre public l’ascendance juive de Lénine pour combattre le retour de l’antisémitisme, mais Staline refusera.Cet antisémitisme des anciens cent-noirs et des nationaux-bolchéviques sera l’un des soubassements du pacte germano-soviétique, qui ne fut donc pas seulement une tactique de Staline face au refus de l’Angleterre et de la France de s’allier avec lui contre Hitler, mais un choix politique cohérent. Hitler déclarera : « Ce n’est pas l’Allemagne qui deviendra bolchévique mais le bolchévisme qui se transformera en une sorte de national-bolchévique » .
La victoire des alliés sur le nazisme ne met pas fin aux tentations judéophobes de Staline comme le prouve le montage en janvier 1953du « complot des médecins-terroristes » dans lequel neuf sommités de la médecine russe, dont six d’origine juive, se virent accusés d’être des « assassins en blouse blanche », à la solde de l’étranger et d’une institution philanthropique juive . Ce procès devait être le prélude à un pogrom débouchant sur la déportation des Juifs en Sibérie, mais Staline décèdera(le 5 mars 1953) avant de le mettre en œuvre .

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.