Merci, Monsieur le préfet de police, d’avoir fait évacuer les quais de Seine

Louanges au préfet de police qui a de nouveau fait évacuer les voies sur berges à Paris samedi 6 mars 2021 juste avant le début du couvre-feu de 18 heures, contribuant ainsi de manière décisive et pédagogique à la lutte contre l’actuelle catastrophe sanitaire qui menace, par sa gravité, la santé de l’ensemble de la population française.

Monsieur le Préfet de police,

Depuis votre nomination le 20 mars 2019 à la tête de la préfecture de Paris, il m’est, en ma qualité de résident dans la région parisienne, régulièrement donné la chance, parfois sur le terrain en suivant diverses manifestations les samedis d’avant l’état d’urgence sanitaire, d’admirer la vigueur et la constance de votre doctrine énergique en faveur du maintien de l’ordre public. Vous avez, je crois, respecté la lettre du droit de manifester tout en encadrant très intelligemment sa pratique par une stratégie policière dissuasive à l'égard des manifestants actifs ou potentiels, dont le raffinement a été jusqu'à multiplier des gardes à vue préventives. Vous êtes demeuré insensible aux protestations de fâcheux – heureusement de moins en moins nombreux – assises sur de déplorables calculs politiciens ou totalement déconnectées des réalités. J'ai le sentiment que vous poursuivez avec bonheur dans cette voie sous état d'urgence sanitaire, alors que notre gouvernement a besoin d’une solidarité absolue et de la cohésion de la Nation en ce temps où elle traverse une crise d'une ampleur inédite depuis la Seconde guerre mondiale.

Je vous rassure d’emblée : ma confiance lui est indéfectiblement acquise, « quoi qu’il en coûte » aux principes républicains éventuellement malmenés en état d'urgence sanitaire, ce n’est pas le sujet puisqu’il faut impérativement faire barrage à la fois au coronavirus et à l’accession des extrêmes (autres que l’actuel gouvernement) aux plus hautes responsabilités publiques. Monsieur le Président de la République a promis le 13 avril 2020 qu’on reverra tôt ou tard – disons tard, désormais – les « jours heureux » des premières années de son quinquennat jupitérien d’avant-covid et je lui fais d'ores et déjà crédit de la réalisation de cet engagement : c’est un homme de parole comme nul ne peut le contester à l'expérience des quatre années qui viennent de s'écouler – sauf les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, que ces ingrats replongent dans l'obscurité de leur anonymat après le quart d'heure de célébrité warholienne qu'ils doivent à la sagesse disruptive du président de la République, ou M. François Bayrou qui tout d'un coup se déchaîne dans le seul but de continuer d'exister dans les médias avec sa lubie de la proportionnelle aux législatives et du respect de la parole politique donnée, comme quoi il faut toujours se méfier de ses amis. Au demeurant, nul mieux que Lui sait parfaitement de quoi il en retourne, pas seulement parce qu'Il dévore de manière compulsive les dizaines de milliers d'articles composant la littérature scientifique sur le coronavirus ainsi qu'a bien fait de le révéler Monsieur le président de l'Assemblée nationale le 24 février 2021 sans flagornerie aucune, mais surtout parce qu'Il préside depuis un an désormais tous les conseils de défense qu’Il veut avec qui Il veut quand Il veut où Il veut y compris dans le bunker (bien aéré pour éviter les contaminations) de l’Elysée ce qui témoigne à coup sûr qu'Il est vraiment le chef de la guerre au virus, et qu’Il a déjà lui-même facilement vaincu le covid-19 en décembre 2020 sans nécessiter la moindre hospitalisation à la différence de ce loser de Donald Trump.

Permettez que je déplore dès l’abord de cette trop longue lettre un tantinet décousue – j'essaie de canaliser au mieux le fil de pensées rendues désordonnées par ce que le pape François de retour d'Irak a qualifié le 8 mars 2021 de « mois de prison » imposés par de pesantes mais nécessaires restrictions sanitaires – que même le très fidèle Conseil d’Etat a cru pouvoir mettre son grain de sel sécuriphobe dans vos combats quotidiens pour la sauvegarde de la sécurité et la tranquillité des parisiens, lorsque, saisi par certains des militants islamogauchistes qui gangrènent notre société ainsi que le relèvent à juste titre ces lanceurs d'alerte que sont Madame la ministre Frédérique Vidal et Monsieur le ministre Jean-Michel Blanquer, il a considéré pour la seconde fois, le 22 décembre 2020, que vous persistiez à faire un usage manifestement illégal de drones dans la surveillance de la voie publique. Certes, il pourrait vous être difficile dans ces conditions de donner des leçons de légalité à vos administrés, mais je sais votre ténacité et je compte beaucoup sur vous pour que vous continuiez à utiliser – avec la discrétion qui s’impose – ce procédé indispensable au maintien de l’ordre, surtout en ces temps de couvre-feu, et pas seulement pour couvrir des manifestations heureusement de plus en plus rares. De toutes façons, la loi « sécurité globale » vous offrira bientôt la possibilité de mettre le droit en accord avec votre pratique, et je vous prie à cet égard de remercier l’un des promoteurs de cette loi, l’excellent député Jean-Michel Fauvergue qui s’y connaît en sécurité, la preuve il a dirigé le RAID et il vend désormais des formations rémunérées en management et sécurité, à la différence de cette communauté réduite aux acquêts de droits-de-l’hommistes (ou du moins ce qu’il reste d’adhérents à la Ligue des droits de l’homme, au fait, je ne sais pas si cette association sera concernée par le contrôle des subventions organisé par la future loi « contre le séparatisme », mais à toutes fins utiles je m'autorise à suggérer que cela serait indispensable : on ne peut quand même pas utiliser l’argent public pour critiquer l’action de l’Etat, ce n'est certainement pas ainsi que l'on conforte les principes républicains).

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J’aurais aimé demeurer un de vos admirateurs avec toute la discrétion requise d’un très obéissant administré, mais voilà, je me suis senti ce dimanche 7 mars 2021 à 6 heures du matin, heure de levée du couvre-feu, une irrépressible envie de vous écrire cette lettre. J’en ai achevé la rédaction avant 18 heures, car alors je me précipite au lit pour pratiquer en mode « amish » un couvre-feu au carré dans ce redoutable cluster quotidien qu’est le huis-clos de mon domicile, peut-être par excès de zèle républicain mais dans la mesure où on ne paye désormais plus les ex « premiers de cordée » en applaudissements (il faut dire que les soignants sont réticents à se faire vacciner !), cet auto-confinement strict et préventif est ma contribution personnelle à la lutte contre ce virus qu’on finira bien par terrasser puisque même les Chinois s’en sont débarrassés.

C’est que je n’ai pas pu dormir dans la nuit de samedi à dimanche, à cause des images qui ont été diffusées relativement à la valeureuse action de nos Compagnies Républicaines de Sécurité sur les quais de Seine, vers 17h, à quelques encablures de la Bastille qui dit-on fût prise par le peuple 220 années auparavant (j'ai, sans verser dans le complotisme, de plus en plus de mal à croire aujourd'hui que ce n'était pas une fake news avant l'heure, vu à quel point le peuple français est moutonnier). Deux ou trois rangées de CRS ont assaini dans un calme absolu et en un temps record ce qui était devenu le plus important cluster de France en extérieur, avec un courage exemplaire puisqu’ils n’étaient même pas casqués alors que parmi la foule d’anonymes qui osaient déambuler en bordure de Seine dans des conditions sanitaires indignes, il pouvait potentiellement y avoir des « gilets jaunes » déguisés en civil (on les reconnait facilement : ils détiennent tous des téléphones portables dans le but de diffuser en direct sur Twitter et Facebook les images de visages non-floutés de policiers sur la voie publique).

Ce qui m'a abasourdi n’est évidemment pas la présence massive de ces CRS en rangées bien ordonnées sur ces étroits espaces de détente dont le français moyen ne soupçonne pas la dangerosité en ce temps de pandémie et auxquels il serait préférable d'interdire l'accès à l'instar de la remarquable initiative du maire de Nice pour le cluster géant à ciel ouvert de la Promenade des Anglais où le covid se diffuse plus sûrement que l'air marin ; non, si ces agents publics étaient sur les quais de Seine, c’est qu'ils font leur travail et exécutent loyalement les ordres de leurs supérieurs, d'ailleurs dans l’acronyme CRS, il y a le mot « républicaine » ce qui est en soi une garantie contre l'arbitraire administratif et policier. Ce qui m’a stupéfait, horrifié même au point de traverser une nuit de couvre-feu blanche (heureusement, je vais avoir plusieurs dizaines d’autres occasions de passer 12h/jour chez moi pour récupérer), c’est de voir quelques centaines de mes congénères – je ne vais pas dire mes compatriotes, quand on est citoyen on respecte scrupuleusement les lois de la République ce y compris les arrêtés de police que vos services mettent tant de soin à motiver malgré l’urgence – profitaient d’une journée certes frisquette mais ensoleillée de façon presque provocante pour se regrouper sur la voie publique parfois à plus de six, ces fous, ces meurtriers en puissance.

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Ces gens-là
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ne sont-ils pas au courant de l’évolution des chiffres des contaminations au covid-19 qui ne baissent pas depuis plusieurs mois malgré la multiplication et le sublime raffinement des mesures de salubrité publique prises par le Premier ministre puis désormais en surcouche locale par vos homologues préfets de département ? Ne savent-ils pas que le nombre de lits de réanimation, occupés au 7 mars par 973 patients covid en Ile-de-France, est limité à 1 050 pour les 12 200 000 habitants de l’Ile-de-France (soit un rapport habitants/lits de réanimation non négligeable de 0,0086%) parce que même en temps de guerre contre un virus on ne peut, d’un claquement de doigt, ni utiliser ceux vacants dans les cliniques privées car il existe quand même un principe constitutionnel de liberté d’entreprendre, ni embaucher du personnel hospitalier et ni pousser les murs des hôpitaux ainsi que le dit Monsieur le ministre de la Santé Olivier Véran de manière aussi convaincante que celle avec laquelle il assurait un an auparavant que les masques sanitaires ne servaient à rien dans l’espace public (il est depuis heureusement revenu à un peu plus de raison néolibérale par rapport au mois de juillet 2020 où il avait promis de porter, si besoin était, à 14 000 le nombre des lits de réanimation, en abandonnant cette velléité de gâcher l'argent du contribuable dans un service public hospitalier jamais rentable) ? Pas de doute, chacun de ces porteurs potentiels du coronavirus veut la mort de centaines de milliers de français – au moins 400 000, avait prophétisé le président de la République le 28 octobre 2020.

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A vrai dire, quoiqu'en ait déclaré lundi 8 mars au matin au micro de France Inter sur un mode larmoyant (« Il y avait beaucoup de parents avec des poussettes, des personnes qui se promenaient ») Madame la maire de Paris qui n'y connaît rien et qui ne cherche qu'à nuire au président de la République alors qu'elle ne fait pas le poids face à lui (au premier tour du moins) ainsi qu'en témoignent les sondages, je ne suis pas sûr que les gestes barrière n’étaient pas très majoritairement respectés par ces irresponsables, quoique leur jeunesse incite à la méfiance à cet égard ; je ne sais pas davantage si quelqu’un parmi ces écervelés s’était risqué à ne pas porter de masque sanitaire, par exemple pour boire ou fumer, et à ce stade de mes réflexions quasi-confinées je vous suggère d’étendre à nouveau, ainsi que vous l’avez déjà fait dans la passivité sinon l’approbation générale, le champ géographique et matériel de votre arrêté interdisant la consommation d’alcool (et pourquoi pas la cigarette, de toutes façons ça m'est égal, je suis non-fumeur) sur quelques-unes seulement des voies publiques parisiennes à l’extrême-centre de la capitale et à l’ingestion de tout aliment ou boisson « non-essentiel » de type pain sec ou eau plate, sous peine évidemment de 135 euros d’amende puis de prison en cas de triple récidive – il en va, faut-il le marteler, de la santé publique de l’ensemble des français. Vos agents en ont décidé ainsi, c’est donc qu’il en était ainsi, de toutes manières c’est invérifiable, et vous avez eu le bon réflexe d’agir sans barguigner et manu militari en boutant ces incubateurs à covid hors des quais de Seine, tel un berger qui guide son troupeau dans le droit chemin, avec quand même un petit embouteillage aux escaliers menant vers la sortie mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

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Vous avez comme à l'accoutumée agit en toute rigueur professionnelle surtout vu les circonstances sanitaires, je le répète, alors même que cette interdiction de fait d’accéder aux berges de la Seine ne pouvait pas être utilement contestée en justice au moment de son exécution : en état d’urgence sanitaire, il y a quand même d’autres priorités que le respect du droit à un recours juridictionnel effectif, généralement actionné au demeurant par les mêmes ayatollahs du prétoire que le Tribunal administratif de Paris et le Conseil d’Etat ont bien de la patience de remettre à leur place sans leur infliger une amende pour recours abusif au montant maximal de 10 000 euros. Modeste suggestion sur ce point : plutôt que de publier sur le site de la préfecture de police vos arrêtés la veille du jour où ils entrent en vigueur, vous pouvez aussi le faire le matin même, cela peut en toute légalité décourager les recours en justice – non, ne me dites pas merci, je suis moi aussi un serviteur de la République.

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Certes, les grincheux habituels, ces 66 millions de procureurs justement vilipendés par Monsieur le président de la République au premier rang desquels se trouve naturellement la maire de Paris (« je n'ai pas été prévenue et j'ai été choquée de ces images »), vous diront que vous auriez pu donner l’ordre à vos agents de demander, pourquoi pas poliment, à tel ou tel groupe de prendre quelque distance physique entre eux, ou éventuellement organiser un filtre des entrées et des sorties sur les quais, comme cela est désormais le cas dans les supermarchés bondés à craquer à 17h. Petite digression sur ce point : je n’ai pas la prétention d’être au nombre de ces épidémiologistes qui passent sur les chaînes d’information en continu pour prédire l’apocalypse sanitaire tant que le pays n’aura pas été strictement reconfiné (je ne devrais pas, mais en les écoutant parler d'un virus que nul ne connaissait il y a un peu plus d'un an ils évoquent irrépressiblement en moi la figure du devin d’Asterix,
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celui qu'on adore avant de le détester une fois découverte sa pitoyable mystification sous le vernis de son expertise auto-proclamée) ; je me demande quand même si faire débuter le couvre-feu à 16h ne permettrait pas de résoudre cet effet contreproductif de l’actuel couvre-feu à 18h, ou alors mieux encore par rapport aux standards de notre société de surveillance d'ajouter au couvre-feu de 18 heures des « QR code » comme pour le futur pass(port) sanitaire avec des horaires auxquels chacun de nous est autorisé à faire ses courses, ce serait rassurant, merci d’étudier ces possibilités voire de les imposer dès que possible comme il serait aussi commode de le faire, après tout, en état d’urgence sanitaire Monsieur le Premier ministre Jean Castex et vous-même avez à peu près tous les droits, sauf celui de limiter à trente le nombre de catholiques pouvant assister à la messe pour communier.

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Mais vous avez choisi la solution la plus radicale : la fermeture par évacuation de ces incubateurs à covid qu’étaient indubitablement devenus les quais de Seine une heure avant le début du couvre-feu, sur le modèle que vous aviez déjà pratiqué le week-end d’avant sans que nul ne proteste d’ailleurs ce qui par un effet de cliquet bien connu en matière sécuritaire n’a pu que vous inciter à récidiver, et je considère en ma qualité de juriste éminent et de citoyen respectueux de l'objectif constitutionnel de préservation de la santé publique qu’elle me semble parfaitement nécessaire et proportionnée à l’extrême gravité des risques sanitaires du moment. D’ailleurs, la veille, au moyen d’une vidéo là encore très pédagogique grâce notamment aux insignes de préfet que vous arboriez même si en l'occurrence ce n'est pas la fonction qui fait l'homme, vous aviez prévenu : à chacun de prendre ses responsabilités en conscience, sinon ce sera punition collective pour tous. Vous aviez prévenu ; donc pas de surprise. C'est réglo. Et toc, il fallait s'y attendre : privation collective de quai à une heure du début du couvre-feu, et ce n’est que justice car après tout la consigne gouvernementale parfaitement claire est de rester chez nous plutôt que de s’aérer, c’est devenu dangereux d’inspirer/expirer sur la voie publique et il faut vivre avec les réalités de son temps. Les promeneurs parisiens du samedi ont été humiliés en famille ou avec leurs amis, tant mieux, cela leur fera leur apprentissage ainsi d’ailleurs qu’aux français en général qui feraient bien de se faire vacciner sans tarder, car c’est à cause de leurs réticences de gaulois réfractaires que l’on ne peut toujours pas se rendre dans les salles de spectacle, les salles de sport et les cinémas – petit message à faire passer à qui de droit : ne surtout pas rouvrir les clusters à islamogauchistes que sont les universités, on ne sait jamais, avec les élections présidentielle et législatives qui arrivent, ce n’est pas le moment de risquer des contaminations dans ces ultimes lieux de contestation si vous voyez ce que je veux dire ;-) et puis les cours par Zoom(bie) ça marche très bien quoiqu’en pensent les habituels grincheux qui n’ont jamais mis un pied dans un campus.

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Monsieur le Préfet de police, j'avoue un instant fugace de stupeur voire de colère en apprenant jeudi 4 mars à 18h par la voix de Monsieur le Premier ministre si familière désormais – et rassurante voire ensorceleuse, surtout au moment que j’attends toujours avec impatience où il évoque poétiquement soit un « horizon » de sortie de crise, soit le « bout du tunnel », comme il le fait depuis octobre 2020 avec des échéances sans cesse reculées mais qui ajoutent un piquant bienvenu à ce morbide état d'urgence sanitaire –, que seul le département du Pas-de-Calais à l’instar de celui des Alpes-Maritimes et de la région de Dunkerque bénéficierait de mesures de prévention à la hauteur de la gravité situation sanitaire. Mais persuadé de l'infaillibilité de notre start-up Nation, je suis en définitive soulagé que l’Ile-de-France n’ait pas été confinée le week-end passé, comme elle l’aurait dû l’être parce que voilà, à un moment donné ça suffit, il faut bien relâcher la pression sur les services de réanimation quasi-saturés, sinon déjà saturés puisque des opérations courantes ont déjà été déprogrammées à partir de ce lundi 8 mars pour faire de la place, et que ça coûte très cher de transvaser des malades d’un point à l’autre du pays : c'est que s'il y avait eu en Ile-de-France confinement lors du week-end des 6 et 7 mars, la République n’aurait pas pu bénéficier de la masterclass de communication, de pédagogie, de civisme et de fermeté que vous avez délivrée à la France entière grâce à sa médiatisation par les réseaux sociaux. Je souhaite que les 99 autres préfets de département en prennent de la graine (vous leur en avez encore une fois mis plein la vue ce qui est bien normal car vous êtes le premier des préfets de département), ainsi d'ailleurs que votre patron Monsieur le Ministre de l'Intérieur même s'il a parfaitement réussi pour sa part son opération de promotion de la prochaine présidente de la République, à la télévision le 11 février dernier. Je parie qu'il va faire comme Monsieur le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, c'est-à-dire poursuivre son sacerdoce ministériel d'un quinquennat à l'autre, celui donc à venir de Madame Marine Le Pen, ce qui au demeurant aurait une certaine cohérence et même une cohérence certaine (pourvu qu'elle sache mieux que l'actuel locataire de l'Elysée canaliser ses diverses ardeurs).

Mais je m'égare une fois de plus, la faute je l'ai dit aux restrictions sanitaires qui m'irritent à chaque instant le système nerveux, je verrai, à supposer qu'un jour l'état d'urgence sanitaire prenne fin, s'il m'est possible de retrouver un équilibre mental personnel, très secondaire au demeurant car il faut penser collectif à l'heure où la population entière est menacée par cet ennemi aussi invisible qu'implacable et qui pullule potentiellement en chacun de nous. Revenons donc à nos moutons – aux sens propre et figuré. J’espère vivement qu’à l’instar des deux week-ends précédents, l'Ile-de-France ne sera pas confinée (suspens, suspens !) et qu'alors il fera beau et chaud pour celui des 13 et 14 mars, afin que l’on puisse établir sur pièce et sur place si votre louable intransigeance républicaine a payé, tout comme vous avez pu tarir les manifestations des « gilets jaunes » ainsi que je m'en suis félicité dès les premiers mots de cette lettre. Tiens, pour le coup, peut-être que je viendrai voir, on peut bien s'octroyer une petite folie sanitaire de temps à autre. En tout état de cause, je ne doute pas que vous saurez, à nouveau, faire prévaloir les considérations supérieures de santé publique sur les libertés de réunion et d’aller et de venir, et tant pis pour ce torchon périmé qu'est la Déclaration des droits de l'homme comme pour le bien-être mental individuel en perdition par le fait que, sans divertissement extérieur aucun, on n’a plus rien à dire à ceux avec qui on est assignés à domicile 12h/jour. A cet égard, je suis d'avis que les trois consultations de psychologues aux frais du contribuables annoncées par Mme la ministre de l’Enseignement supérieur au profit de la santé mentale des étudiants (lesquels attendent toujours les chèques promis le 15 janvier 2021, mais ce n'est pas urgent, ils pourront toujours servir l'année universitaire prochaine) soient rapidement étendues à toute la population, y compris bien sûr aux psychologues eux-mêmes conformément à l'adage selon lequel les cordonniers sont les plus mal chaussés.

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Je me permets d’exprimer pour finir un minuscule regret : que vos agents n’aient pas verbalisé au tarif réglementaire de 135 euros/personne (ce y compris les enfants de 11 ans) chacun des dangereux usagers des quais de Seine – dommage surtout qu'il ne soit pas envisageable de les placer en garde à vue préventive pour ce qui n'est qu'un manquement à une contravention, peut-être faudrait-il songer à actionner ici le délit de mise en danger de la vie d'autrui ? Je ne suis pas (encore) préfet de police, mais c’est ce que j'entreprendrai à votre place sans hésitation aucune, parce qu’il faut savoir se faire respecter et à travers soi faire respecter la loi, a fortiori si c’est une loi d’exception telle que celle qui a institué l’état d’urgence sanitaire. Vous le savez comme moi, dans le champ du maintien de l’ordre auxquels nous sommes tous deux profondément attachés, la prévention de la récidive passe aussi par la sanction pénale. Il importe certes d’être vigilant contre le risque de relâchement sanitaire collectif, mais attention à la tentation laxiste qui pourrait conduire, par un effet cliquet pervers cette fois, à se relâcher soi-même à force de tout sacrifier à la sécurité de vos administrés…

Monsieur le Préfet de police, il y a un an, le 3 avril 2020, vous aviez déclaré : « ceux qui sont aujourd'hui hospitalisés, qu'on trouve dans les réanimations, sont ceux qui au début du confinement ne l'ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple ». Vous vous étiez excusé pour ces propos, alors qu’ils ne font que refléter le bon sens : les contacts humains tuent. Votre action résolue en faveur de la lutte contre le virus sur les quais de Seine se situe dans leur exact prolongement, et nul désormais ne proteste plus contre cette évidence. Votre unique tort était d’avoir eu raison trop tôt – d'ailleurs s'il en avait été autrement vous auriez dû être démis de vos fonctions – , et c’est ce que vous êtes en train de démontrer un an plus tard. J'appelle moi aussi de mes voeux les plus ardents l'avènement d'une société du risque sanitaire et sécuritaire zéro, avec la sécurité qui serait non plus la première mais la seule des libertés.

Avec mes vifs remerciements pour l’intérêt que vous avez pris à la préservation de ma propre santé en sauvegardant celle que tant de dangereux irresponsables mettaient en grave danger à leur insu sinon de leur plein gré ce samedi 7 mars 2021 vers 17h sur les quais de Seine, je vous prie de recevoir, Monsieur le Préfet de police, l’expression de mon admiration républicaine.  

     

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