De la grève comme incident nuisant au climat de l’établissement scolaire …

Les motifs en sont essentiellement statistiques mais, depuis plusieurs années, les incidents survenus dans une école, un collège ou un lycée donnent lieu à une remontée d’information vers les administrations départementales et académiques. Ces remontées sont conduites au travers de formulaires standardisés.

La DSDEN du Loiret a fait comme toutes les DSDEN :  elle a mis à disposition des chefs d’établissements et des directeurs d’école une fiche destinée à ces remontées. Mais comment ce document a-t-il pu être diffusé alors que la grève y est considérée comme un fait de violence en milieu scolaire au même titre que des actes racistes, des atteintes aux personnes ou le port d’armes ?

Le DASEN du Loiret affirme au quotidien Libération que cette collecte de données n’est pas nominative et qu’il n’y a donc pas de risque de dénonciation des grévistes. Mais la question n’est pas là… Nous n’avons jamais pensé que ce document puisse être une enquête nominative sur les grévistes. La question est qu’il puisse être aujourd’hui considéré par les responsables d’une administration que la grève relève d’un incident perturbant la vie d’un établissement scolaire au même titre que des actes violents et illégaux (atteinte aux personnes, violences sexuelles, harcèlement, port d’armes…).

Ce qui doit constituer le fondement de la culture professionnelle des cadres d’une administration publique, c’est que ce qui fait « ordre » dans une institution, c’est la loi et ses déclinaisons réglementaires.  Or, la grève constitue un acte légal et la constitution reconnait son exercice dans le cadre de cette légalité.

Qu’est ce qui peut bien faire qu’aucune barrière ne soit intervenue pour que l’évidence des choses empêche la diffusion d’un tel document ? C’est une erreur, dit l’administration… mais comment une telle erreur peut-elle subsister à la moindre relecture ? Peut-on aujourd’hui diffuser de tels documents sans une seule relecture ?

Peut-être ne s’agit-il que de l'un de ces enthousiasmes technocrates où la volonté de cerner une réalité dans une enquête de données néglige quelque peu les dimensions réelles des choses?

À moins, qu’ici ou là, quelques vieux démons puissent encore trainer dans les placards des administrations. De ceux qui soufflent à l’oreille des responsables que si la grève est un droit, il faut bien reconnaitre qu’elle perturbe, … De là, à ce que la corrélation entre une situation de grève et un événement grave au sein de l’établissement puisse prendre figure de relation causale… Et le sous-entendu de pointer son nez : s’il n’y avait pas eu grève….

 

Et à ceux qui doutent de l’opportunité de réagir à ce qui ne serait qu’une erreur… rappelons que, justement, nous ne voulons pas, qu’au travers d’erreurs non corrigées, des glissements progressifs viennent relativiser davantage encore le principe qui devrait régir avec fermeté toute décision administrative, celui de la légalité comme seul arbitre.    

 

Ci-dessous : extraits du document

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